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Maestà, la Passion du Christ (2015)
de Andy Guérif
publié le mardi 17 novembre 2015

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 18 novembre 2015

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Destinée à orner le dôme de la cathédrale de Sienne en 1308, la Maestà, œuvre monumentale du peintre Duccio di Buoninsegna, représente, d’un côté de la toile, la Vierge, de l’autre la Passion du Christ.
Au cours du 18ee siècle, elle fut découpée et dispersée en vingt-six tableaux.
Andy Guérif filme, en un long plan séquence et un unique cadrage fixe, l’assemblage des vingt-six panneaux de la Passion en un tableau vivant.

Le résultat est stupéfiant d’invention, de travail, d’astuces, de drôlerie.
L’œuvre apparaît d’abord vidée de ses personnages ; seuls sont visibles des paysages et des intérieurs, peints en couleurs verdoyantes et dorées ; peu à peu, au fil du récit, des silhouettes remplissent les cases et s’animent devant les décors. Les vêtements sont taillés et cousus dans les formes et les tons de la peinture primitive italienne. Devant la Crucifixion, la foule se rassemble, pleure et se lamente. Un seul panneau s’anime, alors que l’ensemble reste vide. Puis certains personnages se déplacent d’une case à l’autre, d’un étage à l’autre, et s’immobilisent soudain dans la position de l’image peinte. Tandis que, plus haut, deux apôtres consolident le tombeau du Christ, le choc cocasse du marteau perturbe les lamentations de la foule.

Ce qui est remarquable et assez nouveau dans le genre du film sur l’art, où de nombreuses expériences similaires furent tentées depuis les années cinquante, c’est la radicalité du parti pris. D’abord le choix du plan séquence, évacuant tout autre forme de divertissement ou de curiosité : l’œil suit le trajet des personnages d’un panneau à l’autre, s’attarde sur la scène, fait quelques écarts, l’oreille attirée parfois par la bande son extrêmement présente et comique, puis revient à l’action en cours, la trahison de Judas, la Cène, la prière sur le mont des Oliviers…

Le travail est énorme, à tous les niveaux, mise en scène, construction des décors et des perspectives, direction des figurants, composition des espaces, confection des costumes. La grandeur de l’œuvre et ses multiples détails peut cependant poser problème. Car l’intérêt réside dans le fait que les personnages animés montrent leurs visages et figurent différentes expressions, sans qu’il soit possible de les voir de près, le format tenant le regard à distance des scènes sans user de zoom ou de gros plan. Volonté sans doute de la part du réalisateur de garder une fidélité d’approche picturale du regard face à l’œuvre transformée.

La question récurrente posée par le film est : comment fabriquer du mouvement avec de l’immobilité ? En animant les scènes peintes, Andy Guérif impose un temps présent à l’œuvre, en actualisant les faits, il rend le déroulement du récit immédiat, ainsi la douleur du Christ sur la croix et les pleurs de la foule sont vécus en direct par le spectateur. Ce qui exprimait l’effroi intemporel rejoint soudain une sorte de modernité tragique.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe (octobre 2015)

Maestà, la passion du Christ. Réal, sc, déc : Andy Guérif ; ph : Steven Le Guellec ; mont : Cécile Pradere ; déc : Simon Grossin ; mu : Gwenaël Labartha. Int : Jérôme Auger, Mathieu Bineau, Jean-Gabriel Gohaux, Paul Beneteau (France, 2015, 60 mn).

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