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Taj Mahal (2015)
de Nicolas Saada
publié le mercredi 2 décembre 2015

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection Mostra de Venise 2015

Sortie le mercredi 2 décembre 2015

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Le film de Nicolas Saada reconstitue la prise d’otages par des islamistes pakistanais, en novembre 2008, à l’intérieur du Taj Mahal Palace and Tower de Bombay.

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Comme Made in France de Nicolas Boukhrief, trop brûlant, il aurait pu voir sa sortie retardée.

Le distributeur a choisi de la maintenir, et c’est un pari à double tranchant.
Le public, saturé depuis quinze jours d’images saignantes authentiques dispensées par tous les écrans domestiques, ira-t-il voir cette violence figurée, bien moins dérangeante ?

La fiction, confrontée à chaud à une réalité similaire, souffre forcément. On est au cinéma, face à des personnages, on sait qu’ils vont s’en sortir. Rien à voir avec les vidéos artisanales des attaques du Bataclan ou de Saint-Denis, frappées au sceau de l’événement brut. Les chiffres auront tôt fait de conclure.

Le premier film de Nicolas Saada, Espion(s), en 2009, était fort intéressant, bien que moins ambitieux.
Quel était son but avec ce nouveau film ?

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Dénoncer le terrorisme ?
Manifestement, le résultat est faible, traité au niveau du huis clos singulier.

Reconstituer un événement spectaculaire, genre La Tour infernale ?
Peut-être, mais alors pourquoi ces 22 minutes de travelogue dans Mumbai et de découverte des suites du Taj Mahal - et cet incendie presque escamoté, que l’on ne perçoit que de l’intérieur d’un placard, d’une salle de bains ou d’un balcon ? Si le désir de spectaculaire se résume à quelques plans de fenêtres en flammes et à des détonations, à quoi bon ?

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Monter un suspense - la si jolie et fragile Stacy Martin va-t-elle échapper à la mort ? Comme on devine qu’elle va s’en sortir, l’angoisse ne nous étreint guère.

Montrer les conséquences du traumatisme dans son activité quotidienne ?
Si ça consiste à ne pas pouvoir emprunter un trottoir roulant à la correspondance de Gare du Nord, la perte du sens de la vie courante est surmontable.

En outre, les gesticulations des parents à l’extérieur, surjouant l’inquiétude (on est désolé pour Gina McKee, actrice excellente par ailleurs), ne sont guère convaincantes, pas plus que la technique froide de l’interprétation de la jeune fille : jamais on n’a l’impression que sa vie se joue.

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Et puis, se payer Alba Rohrwacher pour deux plans de moins d’une minute, pourquoi ?

La justification d’un tel projet n’apparaît pas, ni sur le plan théorique (convaincre que le terrorisme, c’est pas beau), ni sur le plan formel (on est dans le suspens mou, loin de Piège de cristal).

À part ça, Bombay-Mumbai est joliment filmé, mais qui s’en soucie ?

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe (novembre 2015)

Taj Mahal. Réal, sc : Nicolas Saada ; ph : Léo Hinstin ; mont : Christophe Pinel ; mu : Nicolas Godin. Int : Stacy Martin, Louis-Do de Lencquesaing, Gina McKee, Alba Rohrwacher, Frédéric Épaud (France-Belgique, 2015, 91 mn).

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