Jeune Cinéma n°369-370 - décembre 2015
Édito et sommaire
publié le dimanche 27 décembre 2015

JEUNE CINÉMA n°369-370, décembre 2015

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Couverture :
Die dritte Generation (La Troisième Génération) (Reiner Werner Fassbinder, 1979).

Quatrième de couverture :
Joan Blondell téléphone pour le plaisir des amateurs n° XXXII.

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ÉDITO JEUNE CINÉMA n° 369-370, décembre 2016

 

Plusieurs semaines durant, le cinéma est passé au second plan de nos activités.
La réalité, sous sa forme la plus sinistre, a gouverné notre quotidien.
Mais une réalité qui était revêtue de tous les attributs du spectacle : au temps des radios et du papier, l’information ne nous parvenait que détachée, lointaine, quelle que soit sa gravité. L’événement était vécu à travers une narration, donc comme vidé de son réel sensible. Les chaînes TV d’informations ont bouleversé la perception, en introduisant le temps immédiat. La chose ne date pas d’hier, mais, dans notre souvenir, de plus de vingt ans : ce sont les deux heures de poursuite par la police de la voiture d’O.J. Simpson, filmées en direct, le 17 juin 1994, et regardées par plusieurs millions d’Américains. Depuis, il y a eu le 11 septembre 2001, et toute ses suites. On n’en est pas encore au sketch de Woody Allen dans Bananas, lorsqu’un présentateur annonce aux spectateurs qu’ils vont pouvoir assister à un assassinat en direct, mais ça ne saurait tarder.

Car les moyens de captation étant ce qu’ils sont aujourd’hui, rien ne s’y oppose.
Les images les plus impressionnantes des massacres du 13 novembre 2015 ne sont pas celles enregistrées par les caméramen de la télévision, mais les vidéos filmées par les témoins : une femme suspendue par les bras à une fenêtre du premier étage du Bataclan et dont on redoute la chute (on souhaiterait être certain que, quelque part, on ne l’attende pas), ça efface le mieux agencé des films-catastrophes.
Les frontières de la spectacularisation du réel reculent un peu à chaque nouveau drame. On s’étonne que, dans leur folle intelligence médiatique, les stratèges de l’État islamique n’aient pas encore filmé, outre les décapitations, leurs attentats pour les répandre en direct sur la Toile, multipliant ainsi l’effet de sidération - le snuff-movie à l’échelle planétaire. Un peu de patience.
Et si on relisait Guy Debord, notre trésor national ? Pas tellement son chapitre "La marchandise comme spectacle", les jeux sont faits. Mais celui sur "La séparation achevée" et "le mouvement autonome du non-vivant". Et pendant qu’on cherche sur le rayon situationniste, les thèses émises en 1979 par Gianfranco Sanguinetti dans Du terrorisme et de l’État vaudraient certainement d’être revisitées.

Nous voici bien loin du cinéma.
Ne craignons rien, il a repris le dessus - le spectacle n’attend pas.
Il faudrait être depuis six mois dans une station orbitale, et encore, pour avoir échappé à l’annonce de la sortie de Star Wars. L’Empire a frappé, fort : des stations du métro parisien transformées, des rames entièrement décorées, il s’en est fallu de peu que les monuments de la capitale n’abandonnent le tricolore pour être repeints aux couleurs de Disney.
Faute d’avoir révisé, nous nous sentons perdus : cet épisode numéro 7, Le Réveil de la Force, va se situer à quel moment du cycle ? Avant, pendant, après ? Il paraîtrait que Carrie Fisher, Harrison Ford et Mark Hamill ont quitté leur laboratoire de cryogénie et font partie du voyage. Tant mieux. Dans quel ordre faut-il revoir les films ?, telle est la grave question (en tête de liste des 511 millions d’occurrences sur Google) que se posent les habitants de la planète.

Et si on faisait l’impasse sur le conditionnement ? Si l’on négligeait ce cinéma survendu et prémâché pour aller revoir quelques rééditions, par exemple, La Blonde ou la Rousse de George Sidney, histoire de saluer le centenaire de Frank Sinatra, ou Elle et lui de Leo McCarey - et si Deborah Kerr, pour une fois, ne ratait pas son rendez-vous avec Cary Grant ?

Pas plus que d’habitude, nous ne nous livrerons au petit jeu des dix ou vingt meilleurs films de l’année. Que chacun puise dans ses souvenirs pour établir sa liste, forcément plus juste que celle d’experts autoproclamés. Il y aura bientôt le prix Louis-Delluc, puis les bilans des revues et des hebdomadaires, puis les Lumière, les César, les prix du Syndicat de la Critique, les Golden Globe, les Oscars, on en oublie. Tous ceux qui le méritent, et certains qui le méritent moins, recevront une médaille ou un bel objet d’art. Le spectacle a besoin de se rassurer quant à sa nécessité, pourquoi l’en empêcher ?

Depuis quelques mois, le petit monde des initiés bruissait de supputations : qui allait remplacer Serge Toubiana comme directeur de la Cinémathèque française ? Le verdict est tombé : ce sera Frédéric Bonnaud, le directeur de la rédaction des Inrockuptibles. A priori, pas vraiment notre candidat préféré, eu égard à ce que nous avons lu, vu et entendu de sa production critique, depuis vingt ans qu’il s’active sur tant de supports, publics et privés. Mais pourquoi pas ? Il s’est dit attaché au "devoir de transmission". Il est jeune encore, et l’institution est un bon endroit pour apprendre. Nous aurons vite fait de vérifier la pertinence, ou non, du principe de Peter.

Et puisque le beau terme de transmission est apparu, encore un numéro qui l’illustre et ne transige pas avec ce désir de découvertes qui anime Jeune Cinéma depuis maintenant cinquante et un ans.
Du cinéma ancien, du moderne, du français, de l’international, de l’inconnu. Tant de choses diverses que nous ne sommes parvenus à y glisser que la moitié du dossier sur le cinéma italien qui couronne d’habitude notre dernière parution de l’année - rendez-vous au début de 2016 pour les comptes rendus des festivals d’Annecy, de Villerupt et de Toulouse. 2016, une année que l’on souhaite à tous meilleure - de toutes façons, elle ne pourra guère être pire…

Lucien Logette
Jeune Cinéma n°369-370, décembre 2015

P.S. Comme chacun peut le voir, la revue ne contient que des textes et aucune de ses 152 pages n’est polluée par la publicité. Cette indépendance a un prix, qu’il faut bien répercuter de temps en temps sur les lecteurs. Depuis janvier 2011, l’abonnement était inchangé, malgré les 33% d’augmentation des tarifs postaux. Impossible donc d’y échapper : la fidélité annuelle à Jeune Cinéma vaudra désormais 48 euros - à un tel prix, c’est toujours un cadeau.



SOMMAIRE JEUNE CINÉMA n°369-370, décembre 2015

 

Du monde entier
 

* Une jeunesse allemande, par Daniel Sauvaget.
* Ermanno Olmi 2. La fiction, par Bernard Nave.
* Les prés reviendront, par Bernard Nave.
* Le cinéma d’Alexandre Sokourov, par René Prédal.
* Cinéma anglais à Dinard, par Nicolas Villodre.
* Cinéma kurde à Paris, par Marceau Aidan.

Cinéma français
 

* Out 1 : Noli me tangere, par Lucien Logette.
* Rencontre entre Pierre-William Glenn et Lucien Logette.
* Dominique Delouche, par Jean-Max Méjean.
* Rencontre entre Dominique Delouche et Jean-Max Méjean.

Festivals
 

* Cartagena 2015, par Jacques Pelinq.
* Athènes 2015, par Jean-Max Méjean.

Patrimoine
 

* Le film inconnu de Philippe Garrel, par Jean-Paul Combe & Vincent Heritschi.
* Le cinéma de Jacqueline Audry, par Philippe Roger.
* Les Misérables d’Henri Fescourt, par Nicole Gabriel.
* Salut à Barbara Stanwyck, par Jean-Louis Touchant.
* Zoom arrière à Toulouse, par Philippe Rousseau.

Musique et cinéma
 

* West Coast Jazz, par Alain Pailler.

DVD
 

* Glanures, de Louis Delluc à Roy Andersson, par Philippe Roger.
* Chronique de l’automne 2015, par Jérôme Fabre.

Le temps qui passe
 

* Le cinéma parle, anthologie 3, par Bernard Chardère.

Actualités
 

* Sangue del mio sangue, par Anne Vignaux-Laurent.
* The Other Side, par René Neufville.
* Bang Gang, par Opale Muckensturm.
* Peur de rien, par Gisèle Breteau Skira.
* Pauline s’arrache, par Jean-Max Méjean.
* Les Filles au Moyen Âge, par Gisèle Breteau Skira.
* Beijing Stories, par Jean-Max Méjean.
* 45 ans, par Théo Kayan.
* My Skinny Sister, par Jean-Max Méjean.
* Je suis le peuple, par Robert Grélier.
* Argentina, par Gisèle Breteau Skira.
* À peine j’ouvre les yeux, par Jean-Max Méjean.

Livres
 

* Lectures relues, par Bernard Chardère :
Le Cinéma et ses hommes de Henri Colpi (1947) ; Jean Renoir de Raymond Borde, Bernard Chardère & Max Schoendorff (1962) ; L’Extricable de Raymond Borde (1963).

* Le Magique et le Vrai de Christian Viviani (2015), par Patrick Saffar.

* Mes années 60 à Marseille de Henri Dumolié (2015), par Bernard Chardère.

* Brunius et le cinéma de Alain Keit, par Lucien Logette.

JEUNE CINÉMA n°369-370, décembre 2015



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