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Fille du patron (la) (2015)
de Olivier Loustau
publié le mercredi 6 janvier 2016

par Jean-Max Méjean,
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 6 janvier 2016

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Après trois courts métrages, Le Détour du Faso (2000), C.D.D. (2001), Face à la mer (2011), il s’agit du premier film de Olivier Loustau, comédien à la solide carrière.

On peut trouver par-ci, par-là, quelques maladresses, mais elle sont vite emportées par un réel souffle. La Fille du patron s’impose par un style puissant, rare pour un premier long métrage.
Et poussé par Patrick Grandperret, son producteur, Olivier Loustau a eu la bonne idée d’interpréter le rôle principal aux côtés de Christa Théret (qui se bonifie) et de Florence Thomassin (toujours parfaite, là dans le rôle d’une épouse trompée).
Le cinéaste, qu’on a souvent vu à l’écran dans des rôles toujours différents, s’empare ici d’un sujet - hélas - "à la mode" : la crise et le chômage. Il s’est immiscé dans la vie des ouvriers, au bord du licenciement et de l’oubli, dans une petite ville de province. La lumière est belle, c’est celle de l’été, ce pourrait être celle de l’insouciance, du rugby et des plaisanteries salaces entre copains.

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Mais l’horizon de l’usine de tissus noircit peu à peu, à cause de la concurrence mondiale et la vie devient un combat quotidien.
Se souvenant qu’il a travaillé dans la plupart des films de Kechiche, Loustau manie la caméra au plus près des visages, pour tenter de pénétrer au cœur de la lutte.
Le patron de l’usine vient d’engager une ergothérapeute, Alix, interprétée par Christa Théret, qui va s’intéresser de près à la manière dont les ouvriers travaillent dans l’usine. Bien sûr, elle va tomber sous le charme de son cobaye, Vital. Mais les autres ouvriers apprennent que celle-ci, déjà suspectée de vouloir supprimer des emplois, est, de surcroît, la fille du patron.

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On reconnaît ici la thématique de Ressources humaines de Laurent Cantet, et de son jeune DRH chargé de dégraisser le personnel de l’entreprise, dont son propre père.
Mais La Fille du patron chemine sur d’autres voies, alternant un humour hérité des comédies à l’italienne (selon les dires du réalisateur) et une forme de drame moderne, tout en nuances et en sincérité. Son approche, par moments, est quasi documentaire, avec un réalisme profond - avec une mention particulière pour les séquences de rugby. Le spectateur le plus récalcitrant devant ce sport compliqué et enfantin sera gagné par la faconde des ouvriers du team Tricot.

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Notons le retour de Stéphane Rideau, personnalité magnifique qui revient au cinéma en retrouvant le sport qui lui avait permis d’être découvert dans Les Roseaux sauvages de Téchiné en 1994.

En bref, un très beau film, qui permet même d’entr’apercevoir Sébastien Chabal venu féliciter les joueurs à la fin du match, comme s’il en profitait, en fait, pour féliciter les comédiens, qui le méritent bien.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe (décembre 2015)

La Fille du patron. Réal, sc : Olivier Loustau ; sc : Bérénice André, Agnès Caffin ; ph : Crystel Fournier ; mont : Camille Toubkis ; mu : Fixi Bossard. Int : Christa Théret, Olivier Loustau, Florence Thomassin, Christian Descamps, Stéphane Rideau, Lola Duenãs (France, 2015, 98 mn).

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