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Carol (2015)
de Todd Haynes
publié le mercredi 13 janvier 2016

par Patrick Saffar
Jeune Cinéma n° 366-367, été 2015

Sélection officielle au Festival de Cannes 2015
Cate Blanchett : Prix de la meilleure actrice

Sortie le mercredi 13 janvier 2016

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Cela n’a pas manqué : il s’agirait à nouveau (selon Libé) pour Todd Haynes d’ausculter "l’impensé" de Douglas Sirk.
Pourtant, peu de films plus "pensés" que ceux de Sirk !.

Mais Carol, dégagé des ornières de ce ready made à distance qu’était Loin du paradis, vaut infiniment mieux que cela.

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Nous sommes toujours dans un film au look retro (les années 50) mais en même temps dans un film pleinement d’aujourd’hui (tout juste d’un léger hier, compte tenu des mœurs galopantes de la représentation cinématographique), avec scène d’amour entre deux femmes filmée sans détour.

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Adapté d’un roman de Patricia Highsmith publié (sous un pseudonyme) en 1952 (1), Carol, tout en subtilités et suggestions, filme un "coup de foudre" prolongé entre une grande bourgeoise mal mariée (Cate Blanchett) et une jeune vendeuse (Rooney Mara), survenu dans le rayon jouets d’un magasin new-yorkais.

On admirera, entre autres exemples de son art, la manière dont Todd Haynes, par le biais du montage, met en route la mécanique même du désir (le petit train électrique) et son interdit (le plan subjectif sur les gants de Carol, où elle entend la sonnerie de fermeture du magasin).

Tout au long du film, c’est un jeu de reflets et de vitres qui signale autant la compartimentation d’une société de classes, et les différents blocages qu’elle impose, qu’une réalité comme déjà filtrée par le souvenir (les nombreux regards "à rebours" de la jeune fille, qui, par ailleurs, pratique la photographie).

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Carol est d’ailleurs construit sur un flashback et, comme chez Mankiewicz.
Une même scène est filmée selon un double point de vue : l’irruption d’un homme assez fruste lors d’une rencontre entre les deux femmes, perçue tantôt sur le mode anecdotique, tantôt comme le "viol" d’un affect, soit sur le mode du sensible, qui est bien la dominante de ce beau film.

Patrick Saffar
Jeune Cinéma n° 366-367, été 2015

1. Patricia Highsmith (1921-1995) a publié ce roman sous le pseudo de Claire Morgan, en 1952. Elle a nié en être l’auteure jusqu’en 1989.

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Aux États-Unis :
* Claire Morgan, The Price of Salt, Coward-McCann, New York, 1952.
Texte censuré.
* Claire Morgan, The Price of Salt, Naiad Press, New York, 1984.
* Patricia Highsmith, Carol, Bloomsbury, New York, 1990.

En France :
* Claire Morgan, Les Eaux dérobées, traduction de Emmanuèle de Lesseps, Calmann-Lévy, Paris, 1985.
* Patricia Highsmith, Carol, Librairie générale française, Paris, 1991.

Carol. Réal : Todd Haynes ; sc : Phyllis Nagy d’après The Price of Salt de Patricia Highsmith ; ph : Ed Lachmann ; mont : Alfonso Gonçalves ; mu : Carter Burwell. Int : Cate Blanchett, Rooney Mara, Sarah Paulson, Kyle Chandler (Grande-Bretagne-USA-France, 2015, 118 min).

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