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Je veux être actrice (2015)
de Frédéric Sojcher
publié le mercredi 20 janvier 2016

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 20 janvier 2016

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Le titre n’utilise pas le conditionnel : "Je voudrais être actrice", mais le présent : "Je veux être actrice", pour, vraisemblablement, insister sur le caractère déterminé de Nastasjia, la gamine qui porte ce prénom en raison justement de l’admiration que son père voue à Nastassja Kinski, fille de Klaus - encore une histoire de famille.

Ce père, c’est Frédéric Sojcher, auteur de nombreux ouvrages et réalisateur des remarqués Cinéastes à tout prix (2004) et Hitler à Hollywood (2011).
Ici, il filme pendant une heure sa fille qui veut être actrice. Avec son entregent et son métier, son père lui permet de rencontrer des acteurs plus ou moins célèbres, ce qui donne des entretiens passionnants.

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Devant un tel sujet, on pouvait craindre le pire.
Qui allions-nous découvrir : une chipie prétentieuse ? Un clone de Shirley Temple ? Une Mireille Mathieu enfant potiche ?

Il n’en est rien. Nastasjia est sympathique, photogénique, attachante et pas du tout prétentieuse. Elle a même parfois un petit côté Zazie (celle du métro) qui n’est pas pour nous déplaire.

Le film commence par une promenade avec son grand-père, qu’elle accuse à plusieurs reprises de faire le clown - cet âge est ingrat, on le sait. On sent bien aussi que le père ne sait pas trop comment aider cette enfant, à la langue bien pendue et qui sait très bien ce qu’elle veut. Alors même qu’il semble lui dire qu’il lui est impossible de rencontrer des stars, la voici, dans le plan suivant, avec sa mère, à la table familiale de l’immense Patrick Chesnais, en compagnie de ses enfants, pour parler de l’envie d’être comédien. Chesnais raconte, avec son humour et sa modestie légendaires, qu’il a eu, quant à lui, une sorte de révélation quasi mystique qui l’a réveillé en pleine nuit.

Nastasjia regarde toujours ses interlocuteurs avec une sorte de sympathie teintée de doute, comme si le monde des adultes ne lui semblait pas si parfait. Rien de tel que le regard d’un enfant pour vous faire perdre vos capacités, même si les questions naïves qu’elle pose à tous ces grands professionnels ne les désarçonnent guère.

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Du moins en apparence, parce qu’en fait, insidieusement, le but du film n’est pas de donner un cours à Nastasjia sur le mode du "Comment peut-être comédien ?", mais de pousser les acteurs, souvent pudiques ou trop sûrs d’eux-mêmes, à se remettre en cause et à retrouver la simplicité de leurs débuts.

Nastasjia a la grâce d’Alice (celle du pays des merveilles).
Elle est née coiffée, et la voici, sans le moindre effort, dans le monde du cinéma, à rencontrer, excusez du peu, Micheline Presle (actrice dans un film de son père), Michaël Lonsdale, Jacques Weber, Philippe Torreton, François Morel et Denis Podalydès.
Le tout sur une musique de Vladimir Cosma, qui fait même une apparition dans le film.

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En bref, un joli petit film d’apprentissage qui montre aux jeunes qu’il faut avoir des rêves et les défendre vigoureusement, même s’ils n’ont pas tous, pour démarrer, les opportunités de Nastasjia.
Mais surtout que l’apprentissage du théâtre et de la comédie est un réel travail et qu’il faut avoir la foi et la patience d’apprendre. Tout un programme.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe (janvier 2016)

Je veux être actrice. Réal, sc : Frédéric Sojcher ; sc : Catherine Rihoit ; ph : Lubomir Bakchev ; mont : Nguyen Minh-tam ; mu : Vladimir Cosma. Int : Nastasjia Sojcher, Micheline Presle, Michaël Lonsdale, Jacques Weber, Philippe Torreton, François Morel, Denis Podalydès (France-Belgique, 2015, 62 mn).

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