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45 ans (2015)
de Andrew Haigh
publié le mercredi 27 janvier 2016

par Théo Kayan
Jeune Cinéma n°369-370, décembre 2015

Sortie le mercredi 27 janvier 2016

Sélection du festival de Berlin 2015, 65e édition.
Ours d’argent de la meilleure actrice pour Charlotte Rampling et et du meileur acteur pour Tom Courtenay.

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Andrew Haigh est un jeune réalisateur, ancien assistant-monteur de Ridley Scott sur des films tels que Gladiator ou La Chute du faucon noir.

A-t-il construit sa cinématographie en réaction ?
Déjà dans ses deux premières œuvres : Greek Peter et Week-end, on notait un souci de concision, une simplicité, une humanité délicate.

Il en va de même pour 45 ans, son troisième film, qui est dans son approche, sa forme, son rythme et son découpage, tout l’inverse d’une œuvre de Scott : économie de plans, lenteur assumée et justifiée, très peu de valeurs rapprochées, à hauteur d’humains.

Haight préfère filmer ses comédiens ensemble, sur de longues séquences, laissant au montage le soin de fabriquer des ellipses élégantes.
C’est une approche parfaitement cohérente pour son histoire : un couple de septuagénaires, Kate et Geoff, est sur le point d’organiser son quarante-cinquième anniversaire de mariage. Pendant les préparatifs, Geoff reçoit une nouvelle : le corps de Katya, son premier grand amour, disparu cinquante ans auparavant dans les glaces des Alpes, vient d’être retrouvé. Cette nouvelle va alors bouleverser le couple et modifier doucement le regard que Kate porte sur son mari…

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Un sujet que Andrew Haight traite tout en délicatesse, avec une écriture ciselée : la scène où le mari raconte l’accident, qu’il a toujours tu, est un bijou de narration.
De plus, cette finesse de scénariste est accentuée par une mise en scène maîtrisée, subtile, aboutie : la scène de sexe est non seulement originale, mais d’une vérité saisissante, alors que, bien souvent, on ne pense qu’à l’équipe technique, hors champ qui entoure le lit - certainement pas ici.

Grâce à la combination d’un bon scénario et d’une mise en scène inspirée, les comédiens explosent.

Charlotte Rampling fonctionne à plein régime, dans la retenue, l’intériorité, le feu sous la glace. On sent que son engagement dans cette histoire est plus que sincère, profond.

Quand à Tom Courtenay, il est tout simplement ahurissant, dans le rôle de ce mari falot, fragile, secret. Dans la scène finale où son émotion le submerge, on est prêt à tout lui pardonner.

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Leur Ours d’argent commun de meilleur acteur et meilleure actrice à Berlin n’est pas usurpé. Il ne s’agit pas d’un film sur la vieillesse, mais plutôt d’une interrogation existentielle sur les choix que l’on fait, les amours que l’on vit, la remise en question ininterrompue du sentiment amoureux.

La fin se veut ouverte - pas sûr que ce soit tout à fait le cas.

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Et ce n’est d’ailleurs pas le seul petit bémol.
Le film est tiré d’une nouvelle et il peine à changer de rythme.
On se surprend au cours de l’histoire à attendre du nouveau, car nous saisissons bien vite ce qu’il va advenir des personnages.

Donc quand la fin arrive, on peut la voir comme un deuil, devant la certitude que les personnages ne pourront pas s’arracher à une pareille pesanteur insondable.

Théo Kayan
Jeune Cinéma n° 369-370, décembre 2015

45 ans (45 Years). Réal, sc : Andrew Haigh ; ph, mu : Lol Crawley ; mont : Jonathan Alberts ; déc : Sarah Finlay. Int : Charlotte Rampling, Tom Courtenay, Geraldine James, Dolly Wells (Grande Bretagne, 2015, 95 mn).

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