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Riefenstahl, Leni (1902-2003)
Brève
publié le mardi 26 juillet 2016

Jeune Cinéma en ligne directe
Journal de Hushpuppy (mardi 26 juillet 2016)

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Toute cette année, l’année 1936 a 80 ans.

On la "fête" pour des tas de raisons, l’anniversaire de Ken Loach, de Jan Nemec, ou de Georges Perec, celui de Une partie de campagne, celui de ce Front populaire inespéré et ses bienfaits…

C’est l’occasion de rappeler le tour de France de l’exposition 36/36, les artistes fêtent les congés payés.

On la "commémore" aussi, cette année 1936, parce que c’est le début de la guerre d’Espagne, le 18 juillet.

Le 1er août 2016, on n’aura rien à dire, et pourtant.

C’est ce jour là qu’ont commencé les Jeux Olympiques, XIe Olympiade (1er-16 août 1936).
Tout y était, ce fameux "esprit", ces principes fondamentaux de l’Olympisme moderne, conçu par Pierre de Coubertin en juin 1894, développement harmonieux de l’humanité, société pacifique, dignité humaine, tout ça.

C’est que ces JO de 1936, ils ont eu lieu à Berlin et qu’on connaît la suite.

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Leni Riefenstahl (1902-2003) était une artiste, belle, bourrée de talents divers, et reconnue dans les années 30.
Toujours aussi talentueuse mais compromise avec le nazisme, elle fut rejetée après 1945.
Sans jamais devenir vraiment une paria tricarde.
Rien ne l’a pas empêché de continuer son travail de création tous azimuts, et elle a réorienté sa carrière vers la photographie, avec des expositions universellement admirées dans les années 70.
Plus elle approchait de ses cent ans, avec une chance et une résistance exceptionnelles, et plus les cinéphiles et les critiques du monde entier se sont intéressés à son œuvre, découvrant de très belles choses.

Dans les années 90, on peut même dire qu’elle a mondialement triomphé.
Pas de justice immanente pour les centenaires.
Le documentaire Leni Riefenstahl, le pouvoir des images (Die Macht der Bilder : Leni Riefenstahl) de Ray Müller (1993), qui la montre déformée par les liftings et toujours aussi énergique, fut primé aux Emmy Awards et diffusé au MOMA.

On la connaît d’abord en tant que réalisatrice, même si on n’a pas toujours vu ses films.

On a entendu parler de son documentaire de propagande Le Triomphe de la volonté (Triumph des Willens, 1934), commandé par Hitler, et qui fut couronné à la Mostra de Venise de 1934, puis présenté à l’exposition universelle de 1937 à Paris.

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On a aussi entendu parler du court métrage qu’elle a produit en 1944 : Arno Breker, Harte Zeit, starke Kunst de Hans Cürlis & Arnold Fanck, 13 minutes consacrées à l’œuvre monumentale du sculpteur Arno Breker (1900-1991), artiste officiel du régime nazi, pour qui, plus tard après la guerre, Cocteau ou Dali ont bien volontiers posé.

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L’INA nous raconte le vernissage de l’expo en 1942, à l’Orangerie, à Paris.

En 1936, c’est Les Dieux du stade (Olympia), en deux parties : Fête des peuples (Fest der Völker) et Fête de la beauté (Fest der Schönheit).
Le film fut projeté pour l’anniversaire de Hitler le 20 avril 1938, et ensuite reçut quelques récompenses (Mostra de Venise, Médaille d’or du Comité international olympique, notamment).


 

Ce long préambule pour vous annoncer sa programmation, ce soir à Marseille chez Vidéodrome 2.

* À 20h30 : Les Dieux du stade de Leni Riefensthal (1938).

Naturellement, encore aujourd’hui, ce choix fait l’objet des contestations habituelles (comme on dit "suspects habituels").
Mais il est bon de rappeler que Leni Riefenstahl est depuis longtemps redevenue "fréquentable", quand on sait qu’elle a été accréditée comme photographe aux JO de Munich (1972) et invitée d’honneur aux JO de Montréal (1976).

"Lorsque des millions de personnes regardent des retransmissions de rencontres sportives (et cet été 2016, des millions de personnes regardent des retransmissions télévisées de rencontres sportives), regardent-elles vraiment autre chose, des images d’une autre nature, que celles que Leni Riefensthal tourna lors des jeux Olympiques de 1936 à Berlin ? " rétorque Vidéodrome 2.

Question récurrente et sans fond de l’engagement - ou pas - de l’art, de l’œuvre et de l’artiste. Tout spécialement du documentaire.
Et, en l’occurrence, duplicité des déclarations de Leni Riefensthal, avant, pendant, après, notamment dans ses Mémoires (1987).

Que penser par nous-mêmes, sans sombrer dans les clichés politiquement corrects, sur ces questions-bateau, nous qui lisons, par exemple, au hasard, Céline ?

On pourrait adopter la position de Émile Durkheim qui postulait que "les faits sociaux devaient être traités comme des choses". Les œuvres d’art sont (aussi) des faits sociaux.
On se laisserait glisser vers Marcel Duchamp, et ses ready-made. "Ce sont les regardeurs qui font les œuvres".
Comme eux, on détacherait les œuvres de ses émotions, elles deviendraient extérieures. Comme pôle récepteur distant, on aurait alors cet immense pouvoir de décider s’il s’agit d’un urinoir ou de Fontaine.

Pour l’œuvre de Leni Riefensthal, morte depuis longtemps et dont la vie n’est plus qu’une curiosité biographique parmi d’autres, on aurait à cœur d’aller voir par soi-même, en travaillant son innocence, l’œuvre qui lui survit.
Dépouillé soi-même, autant que possible, de tout idée préconçue.
Dépouillant l’œuvre, autant que possible, de toute gangue.

Ce qui n’excluerait nullement le travail nécessaire de reconstruction des écosystèmes historiques et des conditions de production des œuvres d’art, les deux chantiers cohabitant en bonne intelligence.

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Videodrome 2 a raison de programmer Les Dieux du stade, là, maintenant, avant les JO de Rio (5-21 août 2016).

Et c’est comme une espèce de devoir d’aller voir ce film, finalement assez rare. Il va nous donner la profondeur de champ nécessaire à une vision plus juste de cet événement : pas seulement les performances des athlètes, mais aussi la façon dont elles sont relatées et dont ils sont utilisés.

Videodrome 2, 49 Cours Julien, 13006 Marseille.

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