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Hôtel Singapura (2015)
de Eric Khoo
publié le jeudi 25 août 2016

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 24 août 2016

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Dans la chambre 27 de l’hôtel Singapura, un jour, une pop star est morte d’une overdose. Depuis lors, le musicien n’a plus quitté cette chambre qu’il hante, observant d’un regard bienveillant les occupants éphémères, au long des décennies. L’idée est plaisante, même si elle n’est pas tout à fait neuve. Que fait-on dans une chambre d’hôtel, où on ne fait que passer ? Que fait-on à Singapour, ancienne colonie, nouvelle république, cité autonome ?
On y fait ce qu’on ne fait pas à la maison, on y parle toutes les langues, on y est à la croisée des chemins. Un chambre, sur une île, c’est un carrefour, où on entrevoit aussi bien les grands tournants de l’espace que les chevauchements du temps. Et où on décide de les emprunter, ou pas.

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Mais surtout on s’y accouple, le sexe, le plus petit dénominateur commun, c’est la paresse intellectuelle, c’est la communication élémentaire, non nécessaire mais toujours suffisante pour "faire histoire", l’origine et le socle du monde.
Le film se résume donc à une suite d’une demi-douzaine de saynètes - même pas des sketches - entre deux personnes (parfois plus, mais rarement) qui ne sont là que pour copuler. Activité intéressante mais un peu répétitive pour le voyeur, quoi qu’on en dise, sauf coups de génie des acteurs - ce qui est le fait rare de très grands réalisateurs, rares eux aussi.

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Dans la chambre 27, se nouent donc une série de petits drames mettant en scène l’adultère, l’homosexualité, la transsexualité, la frigidité, la virginité, la partouze, on en oublie sûrement dans les coins. Chacun fait trois petits tours et s’en va. Quelques personnages récurrents, quelques moments touchants - la femme de ménage qui vieillit et mourra dans la chambre, la Japonaise adultère qui revient des décennies plus tard - assurent la continuité du temps.

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Sans pour autant qu’apparaisse ce qui aurait été passionnant, l’aventure collatérale inhérente au sexe et aux corps, celle de l’esprit : l’évolution historique aussi bien des pratiques sexuelles (mais y en a-t-il ?) que celle des souterrains des pulsions - l’amour par exemple, au hasard).

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Une chambre d’hôtel presque apatride, c’est un lieu non-intime, c’est un lieu social, quasiment public. C’est là que ça devrait se voir, comment, avec le temps, ça change (ou pourrait changer dans la Singapour futuriste) et comment ça ne change pas. Dommage.

Eric Khoo explique qu’à travers ce vécu imaginaire d’un hôtel imaginaire (1), il a voulu parler de l’histoire de son pays, les ruptures de ton entre les anecdotes étant métaphoriques de cette histoire heurtée. C’était une bonne idée et il est vraisemblable que les allusions ont été comprises à Singapour. Mais, pour nous autres Occidentaux, il est très difficile de voir ce film comme un film "politique". Eric Khoo, sur ce coup-là, semble n’être qu’un allumeur.

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La plupart des critiques a contourné cette vision cul-de-sac en évoquant des références ou des pastiches, des clins d’œil aux autres réalisateurs asiatiques contemporains.
L’exercice n’est pas inutile, mais il est toujours réducteur. La position idéale d’un spectateur, devrait demeurer l’innocence absolue.
Si on refuse ces échappées, on se trouve devant un suspens très théorique : Est-ce que Eric Khoo va tenir l’exercice jusqu’au bout ? Réponse de Normand. On préférait My Magic. (2)
Joker : Eric Khoo dit quelque part que le film pourrait être un hommage à The Twilight Zone (3). Alors, évidemment, s’il nous prend par les sentiments, il a gagné.

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Le modèle réel à Singapour : The New 7th Storey Hotel (1953-2008).

2. My Magic, de Eric Khoo (2008), en langue tamoule, Sélection officielle au Festival de Cannes 2008.

3. The Twilight Zone (La Quatrième Dimension), série télévisée de Rod Serling (1959-1983).


Hôtel Singapura (In the Room). Réal : Eric Khoo ; sc : Andrew Hook, Jonathon Lim ; ph : Brian Gothong Tan ; mont : Natalie Soh ; cost : Meredith Lee. Int : Aeaw, Francis Bosco, Josie Ho, Daniel Jenkins, Kkobbi Kim, Boon Pin Koh, Shô Nishino, Gillian Tan, George Young (Singapour, 2015, 105 mn).



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