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Amour (Szerelem) (1970)
de Károly Makk
publié le jeudi 22 décembre 2016

par Jean et Ginette Delmas
Jeune Cinéma n° 56 de juin-juillet 1971
Jeune Cinéma n°61 de février 1972

Sélection du festival de Cannes 1971

Sorties les mercredis 26 juillet 1972 et 21 décembre 2016

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Károly Makk est un cinéaste de la génération moyenne qu’on gagnerait à ne pas ignorer en France, mais dont le style est habituellement très différent.
Sans doute a-t-il cette fois tenu à se soumettre avec respect au "scénariste", écrivant à 76 ans pour le cinéma, le très grand écrivain Tibor Déry (1), qui, par ailleurs, a tant souffert pour le socialisme, puis par le "socialisme".

La totalité du film (comme un néo-Kammerspiel) repose en milieu clos sur trois personnages : une vieille femme percluse, étrangère au présent, au bord de la tombe, une jeune femme qui brave sa propre tristesse pour sauver la sérénité de la vieille, un personnage longtemps absent - fils et mari - dont les "lettres d’Amérique", fabriquées à Budapest pour un mensonge pieux, alimentent la conversation entre les deux femmes.
Très statique, le film repose sur la délicatesse du sentiment, sur l’envoûtement incantatoire d’une bonté. À la fin du film, c’est la même bonté qui, cette fois, ne murmure plus mais chante pour les retrouvailles de la femme et du mari libéré de prison.
L’action est datée de 1953. C’est un souvenir mélancolique des années noires qui ne dit rien de plus que ce qu’il veut dire - rien de moins non plus -, et que savent rendre vivant deux admirables interprètes, Lili Davras et Mari Törőcsik.

Jean Delmas (Festival de Cannes 1971)
Jeune Cinéma n° 56 de juin-juillet 1971

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Amour de Károly Makk est l’un des films les plus beaux - et l’un des plus sévères -du récent cinéma hongrois.

Très lentement, le film nous laisse entrer dans le drame : au temps de Staline et de Rakozy, un homme est en prison. Cette approche sur la pointe des pieds est d’abord un infini respect de l’intimité des êtres, mais elle nous fait aussi participer à des situations qui devraient, en ce temps, rester blessures secrètes.

Autour de cet homme, un triple amour.
Celui de la jeune épouse pour la vieille mère à laquelle elle lit (fabriquées par elle) des "lettres d’Amérique" où le fils parle bonheur et réussite, dont elle préserve ainsi la sérénité pour les derniers jours à vivre.
Celui - nourri d’illusions mais sans dérision - de la vieille femme pour son enfant.
Et, bien entendu, celui de la jeune femme de l’homme arraché à elle - amour secret tendu comme une corde silencieuse et prête à vibrer - qui vibrera d’un son si grave quand, lui, reparaît enfin, sorti de prison, quand tous les deux, en tâtonnant, reprennent pied dans la vie.

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Quadruple amour peut-être, s’il faut ajouter l’amour de Károly Makk pour Tibor Déry, le bonheur qu’a pu être pour lui, et pour d’autres, la sortie de prison de Déry : il fallait sans doute beaucoup d’amour pour traduire visuellement avec tant de gravité fidèle un scénario (le second) écrit par le grand vieil écrivain.
Dans le recherche d’un style sévère, Bresson n’a sans doute jamais été aussi loin : on le dit, par habitude, "janséniste", mais il s’offre et nous offre des "divertissements" que les Jansénistes (les vrais) ne se seraient pas offerts, et que Makk et Déry laissent sur le côté de leur chemin.

Pour aimer Amour, il faut sans doute avoir reconnu que l’amour et le cinéma ne sont pas toujours (ou pas seulement) coup de foudre ou bonheur des sens.
Qu’ils peuvent être aussi attente et patience, lente découverte du moindre frémissement d’un visage, de la moindre ride, de l’éclair fugitif ou de l’ombre dans un regard.

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La Hongrie produit une vingtaine de longs métrages par an.
Les sept films choisis pour cette semaine (2) s’échelonnent sur environ un an et demi. Nous pouvons raisonnablement considérer qu’ils sont assez représentatifs de la production hongroise en ce qu’elle a de meilleur et de plus accessible pour nous.

Parmi les auteurs, certains sont bien connus du public français : Zoltán Fábri, Miklós Jancsó, István Szabó. (3)
D’autres le sont moins ou pas du tout : tels Péter Bacsó, Pál Gábor, Pál Sándor (4)
Les uns ont derrière eux un passé déjà long de cinéastes, d’autres - les deux derniers par exemple - nous présentent un second long métrage.

Tous sont des auteurs : ils ont leur style, leur inspiration propre, une personnalité affirmée.
Pourtant, on peut se demander si, au travers de cette diversité, on ne retrouve pas une certaine unité ou, tout au moins, disons, un certain air de famille. (5)
[…]

Ginette Delmas (Semaine du cinéma hongrois, Paris, février 1972)
Jeune Cinéma n°61 de février 1972, pp. 32-34

1. Tibor Déry (1894-1977).

2. Semaine du cinéma hongrois à Paris, février 1972.

3. Zoltán Fábri (1917-1994) ; Miklós Jancsó (1921-2014) ; István Szabó (né en 1938).

4. Péter Bacsó (1928-2009) ; Pál Gábor (1932-1987) ; Pál Sándor (né en 1939).

5. Cf. aussi Cinéma hongrois dans Jeune Cinéma : n°46 (avril 1970) ; JC n°50 (novembre 1970) ; JC n°56 (juin-juillet 1971) ; JC n°108 (février 1978) ; JC n°116 (février 1979) ; JC n°118 (avril-mai 1979) ; JC n°147 (décembre 1982-janvier 1983) ; JC n°258 (novembre 1999) ; JC n°275 (mai 2002).

Cf aussi les festivals :

* Le festival de Budapest 1997 et 1998 : JC n°246 (novembre-décembre 1997) ; JC n°252 (novembre-décembre 1998).

* Le festival de Eger : Eger 1999, JC n°258 (novembre 1999) ; Eger 2000, JC n°268 (mai-juin 2001) ; Eger 2001, JC n°275 (mai 2002) ; Eger 2002, JC n°282 (mai 2003) ; Eger 2003, JC n°289 (mai-juin 2004) ; Eger 2004, JC n°296-297 (été 2005) ; Eger 2005, JC n°303-304 (été 2006) ; Eger 2006, JC n°312-313 (automne 2007) ; Eger 2007, JC n°315-316 (printemps 2008) ; Eger 2008, JC n°322-323 (printemps 2009) ; Eger 2009, JC n°329-330 (printemps 2010) ; Eger 2010, JC 338-339 (juillet 2011).

* Amour (Szerelem). Réal : Károly Makk ; sc : Péter Bacsó d’après le roman de Tibor Déry ; ph : János Tóth ; déc : Jozsef Romvári ; mu : Andras Mihály. Int : Lili Darvas, Mari Törőcsik, Iván Darvas, Erzsi Orsolya (Hongrie, 1970, 95 mn).



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