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Virmaux, Alain (1928-2012)
Une œuvre
publié le lundi 15 juillet 2013

par René Prédal
Jeune Cinéma 352-353, été 2013

Cf. aussi Alain Virmaux reporter, avec le film sur André Delons :

Les Eaux noires, film de Nicolas Droin et Prosper Hillairet, avec la participation de Simone Delons et Catherine Delons (2014)

Avec la disparition d’Alain Virmaux s’ajoutant malheureusement à celles de 2012, Jeune Cinéma ressemble malgré lui à La Chambre verte, le film bouleversant de François Truffaut qui, à 46 ans à peine, imaginait, réalisait et surtout incarnait ce pathétique personnage traumatisé par les morts de la Grande Guerre et frappé à tout jamais par le décès de sa jeune épouse.

Qualifié de "virtuose des notices nécrologiques" par son rédacteur en chef (Jean Dasté), Davenne est exclusivement tourné vers un culte morbide qui lui sert d’éthique suprême et confère à son existence son unique sens profond. La force du cinéaste est d’avoir su dégager la réelle humanité de cette monstrueuse obsession pathologique en faisant comprendre que chacun de nous - et en particulier Truffaut lui-même - porte sa propre petite part de Davenne, exaspérée à chaque mort nouvelle qui nous touche personnellement.

On ne saurait penser que Truffaut - au sommet de sa reconnaissance - ait pu pressentir qu’il lui restait à peine six ans à vivre. Mais il avait certainement une sensibilité plus vive que beaucoup d’autres au sentiment de la mort, à sa proximité, non seulement en tant que terme de l’existence, mais comme son accompagnement quotidien. Davenne meurt, non de peur de sa propre mort, mais étouffé par son angoissant rapport avec la mort des autres, qui le fascine et le terrifie à la fois : il aurait voulu que les morts soient comme les vivants, mais quant à lui, il n’a pu que vivre, au contraire, comme les morts.

Alain Virmaux a su inversement nourrir de manière féconde Jeune Cinéma d’une relecture vivifiante du passé du 7e art.
Rien n’est moins nostalgique en effet que ses chroniques, plaçant ses souvenirs personnels en regard de l’Histoire avec passion et non vénération. Il ressuscite avec entrain, au lieu d’enterrer sous l’encens des pompes funèbres, des pans entiers oubliés en commentant des tas de livres écrits aujourd’hui, aussi bien par d’anciens témoins et acteurs publiant leurs mémoires que par de jeunes historiens leurs thèses. Ce croisement des regards, des générations et de la nature même des ouvrages étudiés garantit la présence d’une érudition de bon aloi qui fournit une connaissance nécessaire à la création artistique tout autant qu’à la fréquentation cinéphilique du cinéma.

On pourrait dire en fait qu’Alain et Odette Virmaux nous étaient venus tout droit de la littérature en 1990 (Jeune Cinéma n°199, avec la mise au point de quelques détails relatifs à Jean Vigo).
En effet, tous deux sont alors de grands spécialistes d’Antonin Artaud et du surréalisme, auxquels ils avaient déjà consacré, chacun de leur côté ou ensemble, dans les années 70-80, des essais qui font autorité, plusieurs fois épuisés, réédités et traduits à l’étranger (chez Seghers, Klincksieck, Belfond, Oswald, Rougerie, PUF, La Manufacture, Le Rocher…).

Mais côté cinéma, ils avaient aussi présenté et annoté la réédition en cinq volumes de La Revue du cinéma (1928-1931 et 1946-1949) chez Lherminier en 1978-80, écrit Un genre nouveau : le cinéroman (éd. Edilig, coll. Médiathèque, 1983) et publié trois ouvrages qui occupaient déjà dans ma bibliothèque une place de choix : Philippe Soupault, écrits de cinéma, 1918-1931, éd. Plon 1979, réédité coll. Ramsay Poche Cinéma, 1988 ; Les Surréalistes et le cinéma, éd. Seghers, 1976, rééd. coll. Ramsay Poche Cinéma, 1988 ; Colette au cinéma, éd. Flammarion, 1975 (tous les écrits de Colette pour et sur le cinéma). Réédité avec de nombreux ajouts sous le titre Colette et le cinéma (éd. Fayard), je le recevrai en 2004 amicalement dédicacé par Alain Virmaux.
Entre temps, ils avaient encore publié notamment un précieux Dictionnaire mondial des mouvements littéraires et artistiques contemporains (éd. du Rocher, 1992), puis dirigé le beau Dictionnaire du cinéma mondial : mouvements, écoles, tendances, courants, genres (Rocher, 1994) que les rédacteurs de Jeune Cinéma connaissent bien puisque un grand nombre y ont collaboré.

Personnellement, j’entre en contact avec Alain Virmaux début 1997 (après le décès brutal de son épouse l’année précédente), à l’occasion de ma participation au colloque CNRS "Patiences et silences de Philippe Soupault", organisé par Jacqueline Chénieux-Gendron à la BnF, l’année du centenaire de la naissance du poète.

Chargé d’analyser l’activité de Soupault en tant que critique de cinéma, je devais m’appuyer évidemment sur le recueil de ses écrits réunis par les Virmaux chez Ramsay.
Mais dans la mesure où ce volume ne comportait que les textes antérieurs à 1931 et qu’un second volume était prévu, dès 1979 (puis annoncé à nouveau lors de la réédition de 1988), pour les textes postérieurs à 1931, je m’enquis de ce qu’il était advenu de ce second tome fantôme près de trente ans après.
Alain Virmaux m’expliqua les vicissitudes d’une publication indéfiniment repoussée par les éditeurs craignant de ne pas rencontrer le public et, fort généreusement, m’offrit de me prêter le tapuscrit (il n’était pas alors question de disquette, encore moins de CD ou de clé USB !).
Dans ma communication, je pus ainsi faire des citations d’articles pratiquement inconnus des cinéphiles de 1997 !
En contrepartie, j’obtins ensuite que Virmaux puisse inclure certaines critiques de 1931-1934, brillamment annotées comme il en avait l’habitude, dans les Actes du colloque, ce qui fut fait.
C’est dans ces circonstances que je le rencontrai donc à deux reprises dans un café parisien, toujours disposé à mettre aimablement au service de la recherche son savoir et ses compétences.

Pour honorer sa mémoire, nous avons entrepris de relire, avec un plaisir mêlé de tristesse, les chroniques d’Alain Virmaux de ces dix dernières années, soit plusieurs contributions par numéro depuis l’été 2003.
Pris comme point de départ de notre corpus, les n°286 et 287 donnent exactement le ton de ses préoccupations : trois comptes rendus détaillés de livres sur Léonce Perret, Dimitri Kirsanoff et Henri Calef (éditions Association française de Recherche sur l’Histoire du Cinéma, L’Harmattan et Les Indépendants du 1er siècle de Périgueux) et une analyse de la série télévisée Les Thibault.
Pas de critiques d’Actualités ni de participation aux ensembles généraux qui forment l’essentiel de chaque livraison de Jeune Cinéma. Il y aura des exceptions, mais c’est alors parce que le sujet de certaines chroniques aura quelques fois réclamé davantage d’espace pour s’exprimer et qu’il y aura eu glissement à l’intérieur du sommaire.
Effectivement, Virmaux aura régné (non sans partage mais en conservant toujours la prééminence) sur la rubrique Livres, auxquels s’ajoutent expositions, cycles cinéma muet, curiosités historiques de toutes sortes, rapports avec la littérature en général et le surréalisme en particulier…

Tout un programme certes, mais qui ne manque pas d’une solide cohérence, d’autant plus que cela semble s’inscrire à contre-courant du titre de la revue.
Or, paradoxalement, mais justement grâce à la constance indéfectible et la ferme pérennité du sillon consciencieusement labouré et ensemencé par Alain Virmaux (certes encouragé par Lucien Logette partageant beaucoup de ces passions), ce qui n’aurait pu rester que chemins de traverses (tracés avec des éditeurs confidentiels et des artistes oubliés) constitue bel et bien un des axes forts de Jeune Cinéma, une de ses originalités fondamentales, aucune autre publication cinéphilique ne témoignant sur la durée d’une telle attention aiguisée par une immense culture pour ces domaines à tort négligés.
Tellement que l’on se demande aujourd’hui comment nous allons devoir nous en passer.

Surréalisme et Cie

Sujet principal des préoccupations littéraires des Virmaux, le surréalisme constitue également le fil rouge des recherches cinématographiques.
Un projet Dali-Disney (n° 296-297, été 2005), l’édition de Portes, cahier de collages inédit de Georges Sadoul remettant en question l’image austère de l’historien communiste par cette jeunesse surréaliste fort bien contextualisée (n° 333-334, automne 2010) ou le DVD "Brunius, cinéaste surréaliste" permettent à Virmaux références, précisions, allusions finement ciselées menées à partir d’une connaissance sans faille (n° 347-348, automne 2012).
À plus forte raison le coffret DVD "Surréalisme et cinéma", éditant deux moyens métrages emblématiques du mouvement, L’Invention du monde de Michel Zimbacca et L’Imitation du cinéma de Marcel Mariën (n° 336-337, printemps 2011).
Enthousiasmé par les bonus, Virmaux se livre à une longue étude érudite et passionnante. On sent sa jubilation devant ces raretés, perdues ou inconnues, témoignages de l’histoire d’un mouvement artistique pour lui fondamental.
Il en profite pour révéler, réévaluer, tisser des liens avec d’autres de ses chroniques évoquant Breton, Artaud, Man Ray ou Eluard comme lorsque, de l’exposition La Subversion des images au Centre Pompidou en hiver 2009 (n°328), il extrait Segundo de Chomon, pionnier concurrent de Méliès, mais pour parler aussi d’Eli Lotar et d’Artaud. Celui-ci intervient encore dans le texte sur l’Irlande de Flaherty qu’écrit Virmaux à propos de L’Homme d’Aran analysé par Frédéric Sabouraud (n° 344-345).

Mais Virmaux aime en outre, hors du surréalisme historique, suivre les prolongements modernes de cet état d’esprit, qu’il pense retrouver par exemple chez Dominique Noguez.
En linguiste gourmand, il souligne le brio avec lequel l’auteur présente l’anthologie de ses textes 1980-2000 sous le titre, dandy en diable, de Cinéma &, avec le fameux signe typographique très anglais désigné en France par le terme d’esperluette (n°331-332, été 2010).
Plus tard il s’amusera du canular de Noguez, inventant un cinéaste belge Paul Vanderstrick, dans sa foutraque Véritable histoire du football (et autres révélations) conçu dans le style Dada (n°340-341, automne 2011).

Sa passion pour les sujets abordés n’empêchait jamais Virmaux d’exercer pleinement son esprit critique, relevant toute erreur, soulignant les oublis, les fautes (rarement qualifiées "de frappe") en correcteur d’épreuves vigilant et professeur exigeant.

Rarissimes sont les auteurs sortant sans égratignures de son examen sévère.
En fait, il est friand de livres sur le cinéma qui lui apportent quelque chose, mais il est très difficile, justement, de lui apprendre quoi que ce soit. D’où son malin plaisir à en apprendre à l’auteur de l’ouvrage lui-même !
Mais s’il note sec et ne passe rien, il est généralement in fine plein de mansuétude et n’est pas avare de félicitations contrebalançant sa rigueur.
Praticien de la tradition universitaire classique consistant à profiter de la rédaction d’un compte rendu de lecture dans une revue "savante" (c’est-à-dire scientifique) pour aller encore plus loin que l’auteur du livre, Virmaux se régale de fournir de nouveaux renseignements complémentaires aux question du Film d’Art et de la novellisation (n° 324-325, été 2009) ou au cinéma futuriste (n° 321), car un bon livre d’histoire doit posséder d’après lui deux dimensions : produire des connaissances et contribuer à élargir le champ d’analyse.
Aussi Virmaux discute-t-il du fond du sujet, qu’il s’agisse du Groupe Octobre, de Vigo ou de l’abstraction (dans le seul n°314, décembre 2007), se livrant parfois à une véritable enquête sur certains hommes de cinéma oubliés : ainsi Jacques Viot (n° 312-313, automne 2007).

Plus d’une fois Virmaux se défend de "chercher des poux dans la tête", car, selon ce qu’il écrit à propos d’un ensemble collectif consacré à Casque d’or, ses remarques sont faites "non pour chicaner, mais pour le simple plaisir de disputer, de débattre". Alors, bien sûr, même impressionné par la monumentalité du Dictionnaire des acteurs français du Muet de Jacques Richard, il ne peut s’empêcher, comme il en convient lui-même, de guetter "forcément l’erreur, le faux pas, l’oubli flagrant mais excusable". Virmaux se connaît bien et, après avoir déclaré "autant avouer qu’on ne trouve à peu près rien", il égratigne quand même… il est vrai avec force excuses et compliments ! (n°344-345).

L’infatigable traqueur de curiosités historiques

Dans le seul n°329-330 (printemps 2010), Virmaux découvre avec délices les rapports d’Eugène Ionesco et du cinéma à la faveur de l’exposition Ionesco à la BnF et de son luxueux catalogue, le court métrage tourné par Claude Autant-Lara pour un film à sketches qui ne sortira jamais (La Bestiole, 1963) et une monographie de Pauline Carton.
Grand lecteur de livres de cinéma, il préfère les raretés bibliographiques, essais personnels et travaux sur le Muet ou l’époque classique (y compris le cinéma populaire), surtout ceux publiés chez de petits éditeurs (Yellow Now, Paris-Expérimental…) ou sans réelle diffusion (L’Harmattan), donc susceptibles de passer inaperçus des cinéphiles lecteurs de Jeune Cinéma.
Virmaux s’intéresse autant à l’auteur qu’au sujet du livre, profitant d’une publication de Michel Chion - Le Complexe de Cyrano - pour inviter le lecteur à découvrir toute son œuvre critique (n°319-320, automne 2008) ou démontrant l’étroite connivence de l’écrivain et de son objet d’étude (Luc Moullet, Le Rebelle de King Vidor, ed. Yellow Now ; n°326-327, automne 2009).

Parfois Virmaux est particulièrement touché par l’originalité de la démarche, et il suivra alors toutes les productions de l’auteur : Didier Blonde voit ainsi complimentée son approche davantage poétique qu’historique ou critique des images, dès Les Fantômes du Muet, puis dans son essai sur Suzanne Grandais (Un amour sans paroles, n°324-325, été 2009), enfin avec En regard (n°333-334, automne 2010), livre à tirage limité pour bibliophiles (éd. La Pionnière), analysant en trente pages onze photogrammes dont sont pointées les pertinentes correspondances.

Certes, cet amateur éclairé qualifié de "quêteur fervent" voit son travail de chercheur de cinémathèque désormais concurrencé par les bonus des DVD patrimoniaux, mais Virmaux aime justement traiter avec la même attention ses essais très personnels et des travaux historiques tels que Correspondance de Louis Feuillade et Écrits de Charles Pathé décryptés par Pierre Lherminier dans un superbe appareil éditorial, afin de se réjouir de la riche diversité d’études dont bénéficie en France le cinéma du passé.

Virmaux s’attache au renouvellement des lectures de cinéastes que l’on croyait bien connus : Jacques Prévert (ses sept scénarios non réalisés étudiés par Carole Aurouet, n°288, avril 2004), Chaplin (réédition des dix pages d’Albert Cohen dans la NRF d’octobre 1922, n°291, automne 2004), Pagnol (deux scénarios non aboutis : Le Premier Amour, Prière aux étoiles, n°292, novembre 2004), Le Puritain de Jeff Musso, 1937 (pour esquisser un parallèle entre l’interprétation de Jean-Louis Barrault et ce qu’aurait pu faire du rôle Antonin Artaud, n°293, déc. 2004), Jean Grémillon (ses projets avortés avec Roger Martin du Gard, n°303-304, été 2006)…

Et s’il le juge nécessaire, il n’hésite pas à refaire toute l’histoire du mythique L’Ile des enfants perdus de Carné-Prévert, sans omettre ce qui avait déjà été écrit ou filmé depuis la pièce Bagnes d’enfants sur ce projet interrompu, et en signalant le film Gosses de misère de 1933 (n°300-301, janvier 2006).

Mais cette curiosité ne l’empêche pas de saluer les monographies de conception classique sur les "grands" du Muet : Antoine cinéaste de Philippe Esnault, le coffret Albert Capellani, le Jean Durand de Francis Lacassin ou le Raymond Bernard d’Éric Bonnefille (déjà auteur d’un Julien Duvivier), d’autant plus que son éditeur L’Harmattan ne saurait procurer un juste rayonnement à ses analyses approfondies de chaque film, sa documentation gigantesque, la place faite aux débats (suscités par Les Croix de bois ou Le Coupable) et l’aspect très vivant combiné à la volonté encyclopédique (n°333-334, automne 2010).
En fait il n’y a pas pour lui de grands ou de petits objets d’études.

Applaudissant les entreprises les plus folles (le Dictionnaire des comédiens français disparus, autopublié par Yvan Foucart en 2008, n°321), capable d’éplucher le Dictionnaire du théâtre français de Jeanyves Guérin, pour retrouver les très nombreuses pièces qui furent adaptées au cinéma (n°303-304, été 2006) ou des ouvrages de référence comme Le PCF et le cinéma français de Marie Laurent (n°303) et les versions françaises de films américains tournées à Hollywood entre 1929 et 1935 (n°296-297, été 2005), Virmaux organise sa collaboration à Jeune Cinéma à la manière d’un gigantesque puzzle qui construit la figure - surréaliste ? - de ses engouements, amitiés et centres d’intérêt par un jeu complexe de rapports renvoyant à ses chroniques précédentes, où il avait effleuré le sujet, analysé un livre du même auteur ou parlé d’un acteur jouant dans un autre film mais qui posait un problème similaire…
Tout se tient, se répond, des parallèles sont retravaillés, prenant sous sa plume des aspects inattendus. Il se régale de tout : de la correspondance entre le critique Denis Marion et Louise Brooks, ou de l’écrivain Henri Béraud (n°322-323, printemps 2009), des Écrits de cinéma de Benjamin Fondane, ou des points de vue des ouvrages d’Alain Weber sur l’engagement du cinéma français des années 30 et 40, se pressant au cycle "Cinéma des années 20" du musée d’Orsay en février 2008 comme il l’avait fait à celui Histoire inattendue du cinéma français, présenté par Jacques Lourcelles à la Cinémathèque à partir de 2006, ou à la rétrospective Eugen Deslaw, cinéaste à la carrière avortée après ses débuts dans la première avant-garde des années 20 (n°290, été 2004).

Mais il peut également se mobiliser pour l’avenir précaire des archives de l’Association des Auteurs de Films, si utiles aux historiens (n°289, mai 2004) ou s’intéresser (n°342-343, déc. 2011) aux démêlés du jeune Frédéric Sojcher lors de la réalisation de son premier long métrage, qu’il relate dans un livre - Main basse sur le film, 2002 - puis transforme en un court métrage - Climax, 2009.
Même une plaquette sur Andy Warhol l’interpelle car Expérimental, Avant-Garde et Surréalisme ont toujours tissé des liens indéfectibles par-dessus le temps (n°302, avril 2006).

Littérature et cinéma

On l’a vu (Roger Martin du Gard, Marcel Pagnol…), Virmaux s’intéresse aux tentatives cinématographiques de grands écrivains, notamment de Jean-Paul Sartre : collaboration avec Henri-Georges Clouzot pour une adaptation de La Chambre obscure de Vladimir Nabokov (n°342-343, décembre 2011), les avatars de son projet Typhus de 1943 à 1953 (n°310-311, été 2007), et donc, bien sûr, le livre de Dominique Château, Sartre et le cinéma (n°298-299, automne 2005).

À son habitude, il rectifie d’entrée bibliographie, filmographie et détails historiques, délaissant trop le vrai propos de ce philosophe esthéticien qui consiste à creuser avec justesse les rapports de la philosophie sartrienne avec le cinéma, et non à répertorier les propre tentatives cinématographiques de l’écrivain.
Virmaux salue heureusement en conclusion "un ouvrage de belle tenue", mais sa sévérité étonne ici quand on la rapproche de son indulgence pour les écrits de Jean Tulard (n°329-330, printemps 2010) qui préfère pourtant trop souvent les mauvais films aux bons.

Le cas d’Irène Némirovsky, écrivain morte à Auschwitz en 1942 et prix Renaudot posthume pour Suite française en 2004, ne pouvait évidemment que retenir son attention, car elle avait écrit David Golder adapté par Julien Duvivier en 1931. Virmaux l’aborde à deux reprises (n°326-327, automne 2009 et n°242-243, janvier 2012).
Il retrace l’historique tortueux de Donogoo, réalisé par Reinhold Schünzel d’après Jules Romains, mais s’intéresse aussi à ce que l’on appelait jadis des œuvres de pré-cinéma (parce certains pouvaient y déceler une écriture d’essence cinématographique), problématique ressuscitée par L. Jullier et G. Soulez dans Le Désir de cinéma de Stendhal s’attachant au texte Privilèges du romancier (les deux comptes rendus dans le n°305, octobre 2006).

Défenseur de la paralittérature, Virmaux présente l’essai de Jan Baetens Pour le roman photo (n°335, octobre 2010) en rappelant les précédents, notamment Alain Robbe-Grillet dans sa préface à Chausse-trappes en 1985, poursuivant ainsi son judicieux travail d’archiviste, de bibliophile, spécialiste des revues, tirages confidentiels, éditions régionales belges…

Et connaissez-vous le destin tragique de Christa Winsloe, auteur de la pièce Jeunes filles en uniforme ?
Virmaux vous le raconte (n°315-316, printemps 2008), comme il commente un beau portrait de Simone Simon vue par Colette (n°295, mars 2005) et recommande les Écrits sur l’art et le cinéma de Maya Deren édités par Paris-Expérimental (n°295).

Nul doute qu’Alain Virmaux aurait encore livré bien des chroniques captivantes comme précisément sa dernière (n°347-348, automne 2012), consacrée à Titanic, ni le premier ni le dernier film, mais celui de 1943 signé par l’Allemand Herbert Selpin passé au "Cinéma de minuit" de Patrick Brion pour l’anniversaire du naufrage (en 1912), sans doute pas le meilleur, mais celui dont l’histoire est la plus troublante.
Aussi Virmaux replace-t-il scrupuleusement la réalisation dans son contexte tumultueux. Initié par Goebbels, le tournage est pourtant interrompu sur son ordre, Selpin renvoyé, incarcéré et finalement "suicidé". Censuré en Allemagne, mais autorisé en France occupée, le film est également analysé esthétiquement et son sens évalué avec précision (l’héroïque personnage de l’Allemand) : un modèle du genre qui nous laisse tout désemparé par le point final mis au destin d’Alain Virmaux.

René Prédal
Jeune Cinéma 352-353, été 2013

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