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Messa Guerillera (2017)
de Florent Tillon & Hélène Magne
publié le mardi 25 avril 2017

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

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Florent Tillon de Tarnac, après avoir longuement visité Detroit, Mich., (1) LA ville emblématique du collapse qui vient, a pris son bâton de pèlerin, pour accomplir, avec Hélène Magne, son Tour de France à lui, celui du compagnonnage (2), et son devoir sacré de formation et d’apprentissage.

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Il nous transmet ce voyage matériel et moral d’ouvrier et commence par nous dire, comme ses ancêtres : "Soyez de ceux qui construisent l’avenir !"
Et il faut apprendre le métier.

Les étapes de son voyage se font à travers quatre personnages réels, qui quittent le Plateau de Millevaches pour aller à la rencontre des camarades, aux marges de leur royaume, à Rennes, à la ZAD de Nantes, à Villier-Le-Bel, à Tours, dans des "moments" essentiels de notre temps. (3)

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Ces quatre-là, Florent Tillon les apppelle des "modèles", comme Robert Bresson, pas d’acteur, pas de rôle, pas de technique, ils ne jouent pas et ne simulent rien.

Il y avait d’autres lieux, d’autres groupes, d’autres chemins à visiter, la bande des quatre ne les verra pas tous (4). Les lieux / les moments visités aussi, à leur façon, sont des "modèles".

Ce qu’ils accomplissent, ce n’est rien d’autre que ce trajet que chaque humain, même quand il ne le sait pas, effectue quotidiennement, ce va-et-vient entre les terrifiants pépins de la réalité et les sommeils avec rêves incorporés, ce trajet obligatoire qui le maintient en vie. Ce trajet aussi, qui désormais passe de plus en plus par les écrans, un devenir-machine qui ne perd pourtant rien de son sentiment lyrique.

Le film de Tillon & Magne n’est pas un documentaire, ce n’est pas non plus un roman de formation, ce n’est pas plus un inventaire. C’est un oratorio profane.

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Pas de pathos mais une fusion, une sorte de Chant de la Terre, cent dix ans après Mahler. Avec son sentiment tragique de la vie, apppliqué aux résistances les plus matérialistes.

Dans Messa guerrillera, le romantisme révolutionnaire - toujours crépusculaire, il advient dans les âmes après que la révolution a échoué - rejoint la joie désinvolte, l’éternelle jeunesse du surréalisme. Le "Sentir le vent qui souffle sur les plaines", qui parsème le film, évoque le "Il y aura toujours une pelle au vent dans les sables du rêve" de André Breton.

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Le film s’ouvre sur une brume matinale et se termine par un soleil couchant.

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Le parcours est accompli.
Ils ont sans doute perdu, tôt ou tard, ils le savent. Et "l’avenir qu’il faudrait construire", ils le cherchent en vain.
Ils ont perdu. Face à toutes les polices des corps et des esprits. Dans "le bleu de toute l’éternité", aussi.

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Mais qui a jamais gagné ?
À chaque jour suffit sa peine et demain est un autre jour.

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Detroit, ville sauvage de Florent Tillon (2010).
Le film est visible sur Internet en 4 parties.

2. Le compagnonnage, réseau de transmission des savoirs et des identités par le métier a été inscrit en novembre 2010 par le Comité intergouvernemental de l’UNESCO sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

3. On se souvient d’une brochure crypto-situ de Daniel Denevert, parue en octobre 1971, puis éditée anonymement à Paris en janvier 1972, Pour l’intelligence de quelques aspects du moment.

4. On pense à l’ouvrage Mauvaise Troupe coll., Constellations. Trajectoires révolutionnaires du jeune 21e siècle, Éditions L’Éclat (2014).


Messa Guerillera. Réal : Florent Tillon & Hélène Magne (France, 2017, 145, mn). Documentaire.
Film disponible sur la Media Library, du 21 avril au 29 juillet 2017, pour les accrédités DOCM. 



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