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Braguino (2016)
de Clément Cogitore
publié le mercredi 1er novembre 2017

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 1er novembre 2017

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Imaginez deux familles vivant dans un territoire à 700 km de toute ville, sans aucune route alentour, accessible par bateau sur le fleuve Iénisséi ou par hélicoptère. Deux familles ennemies, la première, les Braguine, installée en 1970, rejointe quinze années plus tard par les Kiline, parentes de sang mais définitivement fâchées, voisinant en plein cœur de la Sibérie orientale.

Tel est le sujet du film de Clément Cogitore dont le travail entre documentaire et fiction (1) invente des situations fantastiques dignes des plus beaux contes. Le cinéaste produit de l’imprécision, du flou, du trouble, aussi bien sur le plan de l’image que sur celui du sens. Dans l’ignorance de ce qui s’y passe comme de l’ambiguité des personnages, il faut se laisser porter par l’image et son mystère.

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Sacha Braguine, héros du film, porte une longue barbe blanche, comme les vieux-croyants orthodoxes qui, au Moyen Âge, s’enfoncèrent dans la forêt pour fuir les persécutions de l’Église et de l’État. À l’écart du monde, en bordure de la taïga qui dissimule aussi bien les frayeurs que les charmes, quelque chose d’enchanté flotte autour des Braguine.

Clément Cogitore effectua deux voyages vers ces contrées éloignées, persuadé qu’il se jouait, dans ce territoire hors du monde, une histoire particulière. Entre ces deux familles ennemies, se déroule une dramaturgie aux accents shakespeariens, où l’utopie assumée d’un monde en dehors du monde s’élabore.

La beauté du lieu et des personnes est d’autant plus prenante qu’elle est fragile. Les enfants Braguine parlent peu, ils semblent ne savoir ni lire ni écrire, ils jouent livrés à eux-mêmes sur une petite île d’où ils surveillent avec crainte la venue des enfants Kiline. Leur vie est faite de liberté et d’effroi. Ces enfants du silence ont dans le regard la frayeur de l’autre, avec la peur que celui-ci s’éloigne, les laissant seuls et prisonniers de cette "communauté impossible".

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Un rêve soudain évanoui devant le réel qui revient au galop, avec la chasse à l’ours et les scènes violentes de l’animal abattu puis dépecé, sa tête sanglante placée droite sur un billot de bois. On retrouve plus tard une des petites filles jouant dans le sable, chaussée des pattes de l’ours mort.

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Dans la lignée du conte, le film développe une narration à la fois merveilleuse, cruelle et folle dans laquelle rien n’est finalement plausible.
On peut se poser des questions sur la véracité d’une telle situation, comme sur la venue par hélicoptère des forces armées. Mais qu’importe. Clément Cogitore apporte la possibilité d’un monde, beau et rêvé, à la manière d’un peintre, libre de créer ce qu’il voit devant ses yeux.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Cf. Ni le ciel ni la terre (2015), son premier long métrage.


Braguino. Réal, sc : Clément Cogitore ; ph : Sylvain Verdet ; mont : Pauline Gaillard ; mu : Éric Bentz (France-Finlande, 2016, 49 mn). Documentaire.



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