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Guevara, Juan Martín (né en 1943) (e)
Entretien avec Nicole Gabriel & Nicolas Villodre (2018)
publié le samedi 3 février 2018

Rencontre avec Juan Martín Guevara

Sur quelques représentations de Ernesto Rafael "Che" Guevara (1928-1967).*

Jeune Cinéma n°385-386, février 2018, à paraître.

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Merci à Alicia Bonet-Krueger et au Colectivo argentino por la memoria

Cf. aussi la filmographie.


 

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L’exposition à la Mairie de Paris

 

Je me suis rendu au vernissage de l’exposition (1), en compagnie de Jean Cormier, de Alicia Bonet-Krueger et d’autres amis. Il y avait un ensemble de dessins sur l’expédition à moto, d’autres, sans rapport avec une quelconque séquence de sa vie, il y avait quelques tableaux (2), plusieurs revues d’époque, mais pas une documentation aussi vaste qui puisse justifier un catalogue.

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La moto exposée est du même modèle que celle d’Ernesto, une Norton 500, mais la moto originale n’existe plus. En fait, elle est tombée en panne lorsqu’il se trouvait avec son compagnon Alberto Granado au Chili. Ils l’ont alors vendue. Évidemment, on ne sait pas qui l’a achetée, si elle a été démontée et mise en pièces détachées ou pu être récupérée. Plus de traces. On en a fait des répliques. Je ne sais pas si le numéro de la plaque est le bon. Celle présentée à Paris est donc une réplique.

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Le mythe

 

Je dirais que les mythes ne surgissent pas spontanément. Les mythes, ce sont les sociétés qui les créent.
Il y a un moment où le mythe cesse d’être humain. Il est inutile de lutter contre un mythe. Ce qu’il faut faire, c’est lui redonner de l’humanité, du contenu. Que pensait-il ? Le Che était un homme. C’était un révolutionnaire, un dirigeant, un homme. Avec ses qualités et ses défauts, faute de quoi il demeure situé dans la stratosphère.

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Les stars

 

La star est plus fugace que le mythe.
Deux des images les plus connues au monde sont celle du Christ et celle du Che. Personnellement, j’aime bien Marylin. Je me souviens en particulier du film Una Eva y dos Adanes. (3)
Mais les deux images dont je parle continuent de grandir et il n’y a aucun moyen d’empêcher cela. Plus on critique le Che, plus il reste au faîte. Plus on le traite de sanguinaire, d’assassin, de communiste, il est là, sur des drapeaux, des T-shirts et des tatouages comme celui de Mike Tyson (4).

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Films sur le Che

 

Nous avons vu le film de Jean Cormier & Pierre Richard (5) qui est très bon parce qu’il aborde des choses peu connues, voire inconnues et contient des entretiens uniques.

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Diarios de motocicleta (6) est excellent et traite du voyage de mon frère avec son ami Alberto Granado.
C’est une fiction avec deux acteurs principaux, l’un argentin, l’autre mexicain (7).
Mais quand on voit le film, on sait déjà que l’un des deux va devenir le Che ! Du coup, on le regarde avec un certain a priori, en devinant ce qui va suivre. La seule critique que je pourrais faire, c’est que le personnage d’Ernesto, puisqu’il allait devenir le Che, est traité avec un peu trop de... soin, par rapport à Granado.
Mais le film est vraiment bien. D’autant qu’Alberto Granado y a apporté son concours et qu’il a été réalisé sur la base des écrits d’Ernesto. La mise en scène et le jeu des comédiens est formidable.

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Il y a eu aussi un film avec Omar Sharif (8) qui s’en prend à la Révolution cubaine et au Che, c’est un film qui cherche à insulter le Che.

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Le film avec Benicio del Toro (9) est très bon, et très documenté. Ma seule réserve, c’est que, lorsqu’il traite de la dernière partie, en Bolivie, l’acteur ne s’est pas appuyé sur des archives. Mais pour tout le déroulement antérieur, on voit qu’il s’est rendu à Cuba, qu’il a parlé avec Aleida, la femme d’Ernesto. Il m’a également interrogé. Autrement dit, il s’est documenté et il a pu faire du bon travail. Le long métrage est en deux parties.

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Ensuite, on a le film Che, un hombre nuevo (10) de Tristán Bauer, qui est un documentaire. Un excellent film, dans le style de celui de Pierre Richard.

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Enfin, vous avez La huella del doctor Guevara (11) réalisé par Jorge Denti, avec des entretiens rares évoquant Ernesto avant qu’il ne devienne le Che, lorsqu’il exerçait avant tout comme médecin au Guatemala et au Mexique.

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C’est un bon film.
Il y a aussi très nombreux autres documentaires sur le sujet.

Propos recueillis par Nicole Gabriel & Nicolas Villodre
Paris, janvier 2018

* Juan Martín Guevara, né en 1943, est le frère cadet de Ernesto Rafael "Che" Guevara (1928-1967). Quand les Guevara apprirent la mort du Che en 1967, à la une des journaux, ils décidèrent de garder le silence, d’autant qu’ils furent alors persécutés. Après cinquante ans, il vient de publier un livre de souvenirs où il présente son grand frère, de 15 ans son aîné, Ernestito avant le Che.

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Il y évoque son enfance dans les années 50 dans une famille de classe moyenne pauvre d’intellectuels engagés, et, bien sûr, les deux mois qu’il a passés à La Havane aux côtés du Comandante, en 1959, au cœur de la révolution cubaine : Juan Martín Guevara & Armelle Vincent, Mi hermano el Che, Madrid, Alianza Editorial, 2016 ; Mon frère le Che, Paris, Calmann-Lévy, 2016 ; Livre de poche, 2017.

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1. À l’occasion des deux anniversaires, le cinquantenaire de la mort du Che (le 9 octobre 2017) et les 90 ans de sa naissance (le 14 juin 2018), la Mairie de Paris a organisé une exposition, Le Che à Paris (20 décembre 2017-17 février 2018), critiquée pour la faiblesse de sa conception et qui a donné lieu à une violente polémique politicienne.

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On observera que, sur le website de la mairie, il est impossible de trouver trace de l’exposition à ce jour (3 février 2018), alors même qu’elle est encore ouverte.

Cf. aussi nos étonnements des 20 et 21 décembre 2017, sur trois jours d’inauguration prévus et disparus des écrans.

Cf. encore, à Bologne, où on n’a pas fait tant d’histoires pour l’évocation de ce cinquantenaire, avec les 8 films de Gianni Minà à la Cineteca, que nous annoncions, le samedi 7 octobre 2018.

Cf. enfin, pour complément d’information, le Cuban Art News (décembre 2017) : Paris in Havana. La Gran Espiral celebrates the 1967 Salón de Mayo (Gran espiral à laquelle contribuèrent notamment Monory, Rancillac, Reyberolle.

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2. Juan Martín Guevara veut parler du tableau de Jacques Monory, Hommage à la Commune (1971) ornant la cimaise derrière la belle moto anglaise, une Norton de 1939, sans rapport direct avec le Che.

3. Titre cubain de Some Like It Hot de Billy Wilder (1959), film sorti l’année de la Révolution cubaine.

4. Un des tatouages sur les abdominaux du sulfureux boxeur est inspiré de la photo du Che par Alberto Korda (1960).

5. Parlez-moi du Che de Jean Cormier & Pierre Richard (1987).

6. Diarios de motocicleta (Carnets de voyage) de Walter Salles (2004), produit par Robert Redford.

7. Le comédien mexicain Gael García Bernal (qui incarne l’inspecteur Peluchonneau dans Neruda de Pablo Larraín), joue le rôle du Che tandis que l’Argentin Rodrigo de la Serna, cousin éloigné de Ernesto Guevara, interprète Granado.

8. Che ! de Richard Fleischer (1969), avec Omar Sharif et Jack Palance.

9. Che de Steven Soderbergh (2008), en deux parties : L’Argentin et Guerilla, avec Benicio del Toro.

10. Che, un hombre nuevo de Tristán Bauer (2010), production cubaine.

11. La Huella del doctor Guevara de Jorge Denti (2013).



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