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House That Jack Built (the) (2018)
de Lars von Trier
publié le mercredi 17 octobre 2018

par Lucien Logette
Jeune Cinéma n° 388-389, été 2018

Sélection officielle Hors compétition au Festival de Cannes 2018

Sortie le mercredi 17 octobre 2018

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On préfère d’habitude ignorer certains films. Mais celui de Lars von Trier était si attendu qu’il est difficile de faire l’impasse.

Pour faire bref, disons que l’ensemble, esprit et forme, est répulsif. On retrouve toutes les ambiguïtés ressenties à l’époque de Epidemic (1) et de Element of Crime (2) qui avaient fait traiter l’auteur de crypto-fasciste.
Inutile de faire croire à un second degré ou à une mise à distance, à travers le dialogue maïeutique entre Verge (pauvre Bruno Ganz qui semble tant souffrir lors des séquences finales) et Mr. Sophistication (Matt Dillon), des "incidents" répertoriés : il y a une complaisance à montrer les faits les plus révoltants, non pour les condamner, mais pour développer la fascination devant l’horrible - comme si le cinéaste voulait prouver, à chaque limite franchie, qu’il est capable de filmer l’infilmable.

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Va-t-il oser tuer un gamin, découper les seins d’une femme ? Bien sûr.
Au nom de "l’œuvre d’art suprême" - le fait d’insérer Goebbels, Hitler ou la fameuse tentative nazie de tuer cinq personnes avec une seule balle, n’est pas innocent. Ah, la belle apocalypse… Passons sur le fait que les tortures ne soient appliquées qu’à des femmes (la chambre froide est pourtant emplie de cadavres d’hommes, mais la terreur féminine est tellement plus spectaculaire…).

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Le problème, c’est surtout que cela soit filmé de façon aussi moche (et insistante : cinq fois, la reprise du coup de cric sur le visage de Uma Thurman, absolument pas nécessaire) et aussi peu inventive - tous ces passages documentaires, William Blake, Delacroix, Goethe et son chêne, l’importance des voûtes en ogive dans la construction des cathédrales gothiques, pourquoi cette cuistrerie ? Pour donner un peu de sérieux à la chose ?

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Et cette vision de l’Enfer, qui fait regretter la naïveté des primitifs (3) et la varappe interminable dans ce gouffre ridicule ?
Pour montrer que son héros doit échapper à la justice des hommes et ne peut être puni que par le Ciel ?
Où est l’auteur de Melancholia (4) ?

Lucien Logette
Jeune Cinéma n° 388-389, été 2018

1. Epidemic (1987).

2. Element of Crime (1984).

3. Cf. L’enfer (L’Inferno) de Francesco Bertolini, Adolfo Padovan & Giuseppe de Liguoro, d’après Dante Alighieri (2011).

4. Melancholia (2011).

The House That Jack Built. Réal, sc : Lars von Trier ; ph : Manuel A lberto Claro ; mont : Molly Marlene Stensgaard & Jacob Secher Schulsinger. Int : Matt Dillon, Bruno Ganz, Uma Thurman, Sofia Gräbel, Marcia Gay Harden (Danemark-France-Allemagne-Suède, 2018, 155 mn).



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