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Lune de miel (2018)
de Ioana Uricaru
publié le mercredi 13 mars 2019

par Laetitia Kulyk
Jeune Cinéma n° 392-393, février 2019

Sélection officielle au Panorama de la Berlinale 2018

Sortie le mercredi 13 mars 2019

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Premier long métrage de Ioana Uricaru, produit par Cristian Mungiu, avec qui la réalisatrice a fait ses études, Lune de miel aborde la question du rêve américain de manière inédite et accablante, loin de l’image idéalisée du fameux Eldorado.

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Mara, jeune infirmière, vient d’épouser Daniel, un de ses patients, peu de temps avant l’expiration de son visa. Le parcours pour l’obtention de la carte verte et l’espoir d’une vie meilleure sont très rapidement balayés par la réalité cinglante dans laquelle nous plonge brusquement la réalisatrice. Quel prix faut-il payer pour le fameux sésame ? Et pour finalement intégrer quelle réalité, loin de ses proches et repères ?

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Ioana Uricaru, vivant elle-même aux États-Unis, pose ces questions et laisse parfois perplexe tant les situations vécues sont extrêmes. L’humiliation, l’abus de pouvoir et l’exploitation de la précarité des migrants aux États-Unis sont dénoncés au travers d’un scénario efficace, porté par un casting convaincant (Mãlina Manovici, vue dans Baccalauréat, dans le rôle de Mara et le jeune Milan Hurduc dans le rôle de Dragos, son fils). (1)

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La protagoniste est souvent perdue dans le cadre, dans de larges espaces, sur des routes immenses. La présence de son fils la ramène à des dimensions humaines, à une cellule familiale protectrice, à laquelle elle souhaite donner la chance d’un avenir meilleur. Mara ne se pose pas de questions, elle est déterminée et confiante. Elle ne prend pas en compte les avis de ses amis sur place, et vend son appartement en Roumanie, seule attache qu’elle conserve encore en Europe, se condamnant quoiqu’il arrive à un non-retour. Le film utilise les ressorts du thriller et en adopte le rythme, lorsque Mara cherche à fuir la violence et les menaces qui l’entourent.

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Différents événements font basculer la réalité à un autre niveau.
Le mari accidenté et aimant, conciliant et faisant véritablement figure de père pour Dragos, change brutalement de visage quand sa femme lui avoue le chantage dont elle a été victime.

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L’employé à l’immigration qui, sous des abords professionnels et rigoureux, se révèle être un manipulateur et un pervers. Et tout le marché bien établi qui s’organise autour de ce trafic, pour trouver et documenter la faille dans le système, qui permettra à Mara de rester.

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Ioana Uricaru dresse un portrait impitoyable du système américain et des acteurs qui en abusent. La réalisatrice signe avec Lune de miel (titre un tant soit peu ironique) un premier film âpre et puissant.

Laetitia Kulyk
Jeune Cinéma n° 392-393, février 2019

1. Baccalauréat (Bacalaureat) de Cristian Mungiu (2016).


Lune de miel (Luna de miere). Réal, sc : Ioana Uricaru ; ph : Friede Clausz ; mont : Mircea Olteanu ; mu : Olivier Alary. Int : Mãlina Manovici, Milan Hurduc, Dylan Smith, Steve Bacic, Ruxandra Maniu (Roumanie-Vanada-Allemane-Suède, 2018, 88 mn).



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