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Féminicides, viols et harcèlements
publié le samedi 23 novembre 2019

par Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma en ligne directe

Journal de Ellis & Neck 2019 (samedi 23 novembre 2019)

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Samedi 23 novembre 2019

 

Ce qui pourrait suffire à définir le mieux le patriarcat, plus que la hiérarchie et l’exploitation, c’est peut-être la haine du féminin, plus même que la haine des femmes mêmes, avec lesquelles il y a toujours pu avoir des arrangements.
Une haine viscérale et composite faite de jalousie, de désir, de fascination, et de terreur sacrée. Un tourment originel et social quasiment métaphysique, codifié, mais jamais dépassé.

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Entre les pieds bandés des Chinoises (et même les corsets européens), les colliers des femmes girafe de Birmanie et d’Afrique du Sud (qu’on coupe si elles sont adultères), l’excision et les horreurs de l’infibulation surtout en Afrique, mais ailleurs aussi dans le monde, l’infanticide ou l’avortement sélectif des filles, les viols si peu sexuels et toujours actes de domination même hors des guerres, jusqu’au très rigolo "Bats ta femme chaque matin, si toi, tu ne sais pas pourquoi, elle, elle le sait", on ne sait quoi privilégier comme exemplaire.

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Que le meurtre fasse partie des évidences du bon fonctionnement dudit patriarcat, ça va de soi. Après tout, elles ne font pas la guerre, il faut bien qu’elles aillent à d’autres fronts. Et puis, elles aiment sûrement ça, dans les pornos, elle disent Non, Non !, mais on voit bien que c’est pour fouetter le sang des vigoureux étalons, servitude volontaire, on ne tue bien que ce qu’on aime, tout ça.
La rue a toujours été plus dangereuse que le sweet home.
Mais, comme dans les polars, les meurtriers sont à rechercher d’abord dans l’entourage domestique proche.

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Que les femmes soient les premières à relayer et perpétuer ces coutumes de domination, et les maltraitances attenantes, ne fait que confirmer cette haine, tant il est vrai qu’il est extrêmement aisé à tout humain(e), quel que soit son genre, de se haïr soi-même.
Le patriarcat a été ébranlé plutôt en Occident, et depuis peu à l’échelle de l’histoire. À part Penthésilée et ses copines, et Lysistrata, Dahut peut-être plus tard, la moitié du ciel, longtemps démunie d’âme, masochiste par formation donc par définition, a mis du temps à désobéir.

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La découverte d’une règle parfaitement douce du service militaire, en 1968, n’en finit pas de nous épater : pour une naissance, on donnait à l’heureux père 10 jours de congé si c’était une fille et 11 jours si c’était un garçon. Cette coutume cynique et grotesque en dit long sur la nécessité du symbolique pour maintenir une domination qui, peut-être, parfois, pouvait sembler fragile aux dominants eux-mêmes.

C’est que pour combattre "l’ennemi", on a besoin de symbolique.
La "chose innommable" , à conquérir, à asservir, contre quoi se défendre, plus que les humaines réelles et leurs liens physique avec la Nature, c’est le chaînon manquant parce que dénié, le grand mystère qu’aucun dieu ni aucune religion n’a jamais suffi à éclairer.
Femme et Nature, même combat, c’est à la fois une niaiserie, une évidence, et un paradigme éludé dans les zones floues de l’allégorie.

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Que le féminisme se soit épanoui dans la période où la civilisation industrielle atteignait son pic, c’était peut-être, aussi, comme un signal, une première alerte. Les faits sociaux, non prévisibles et à peine compréhensibles par les chercheurs, et non maîtrisables par les individus, s’apparentent toujours plus ou moins à des faits terriens versus divins.

Que le féminisme reprenne aujourd’hui, alors que l’inquiétude (climatique, sociale, technologique, morale) s’amplifie de jour en jour, est certainement un avertissement et devrait être un branle-bas.

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Car il y eut une vague splendide au début des années 70 du 20e siècle, qui fit progresser l’humanité en général, sous les quolibets bien entendu, et pas mal de dérobades et d’hypocrisies qui se prolongèrent longtemps.

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L’avant-dernier progrès en date des révoltes, un grand bond en avant, c’est cette fameuse "libération de la parole", à partir de l’automne 2017 (Me too et Balance ton porc). L’affaire Strauss-Kahn, en 2011, n’avait entraîné que la parole d’une femme seule, Tristane Banon, quolibets too, "y avait pas mort d’homme", hein, elle connut la défaite des précurseures.

L’apparition de nouveaux mots, donc de nouveau concepts, est capitale.
Ce que les vieux mâles français appelaient la galanterie, ou la jalousie et le meurtre passionnel, c’est devenu le "harcèlement", ou le "féminicide" (femicide selon l’OMS) qui reste encore à être précisé, avant de le rejoindre dans la Loi.

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Bon, en France, on en serait à 137 féminicides labellisés, 121 fin octobre 2019, selon les sources et les définitions.

À Paris, aujourd’hui, à l’appel du collectif Nous toutes, les femmes sont dans la rue, à partir de 14h00 : Stop aux violences sexistes et sexuelles.

Parcours à Paris : Départ de l’Opéra, puis le boulevard des Italiens, la place de la République et le boulevard Voltaire jusqu’à la place de la Nation où un concert est prévu.

Dans toute la France.

Relayées notamment par :

* Le Huffington Post.

* Le Monde.

* France info.

* France Culture.

On ose espérer que les hommes aussi seront là, c’est évidemment leur intérêt.
Pas tous. Beaucoup sont irrités, agressés, en crise d’identité, atteints dans leur virilité, surtout les vieux.
Tant pis pour eux.
L’histoire avec une grande hache, l’horreur de la chair, le culte du muscle primitif, les tentations prométhéennes, ils ont eu tout le temps de comprendre que c’était non seulement très stupide et terriblement dangereux, mais aussi parfaitement démodé.

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Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma en ligne directe

Post Scriptum :
Ce samedi 23 novembre 2019, près de 50 000 participants à cette manif, de tous genres.
Comme au bon vieux temps du féminisme première manière et jusqu’aux années 80, même.
Les bonnes nouvelles sont rares ces temps-ci, c’est bon de souligner cette sorte d’avènement.

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