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Gloria Mundi (2019)
de Robert Guédiguian
publié le mercredi 27 novembre 2019

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle de la Mostra de Venise 2019.
Coupe Volpi de la meileure actrice pour Ariane Ascaride

Sortie le mercredi 25 novembre 2019

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Robert Guédiguian déclarait cet automne à Venise : On a l’impression que c’est la guerre. Il n’y a plus de solidarité, plus de fraternité, et même les liens familiaux souffrent. Le capitalisme mondial nous rend tous très égoïstes et narcissiques.
Cette prise de conscience, c’est une bonne nouvelle. Parce qu’après la catastrophe de La Villa, (1) qu’on pouvait craindre l’aboutissement définitif d’un système rodé depuis trente ans, le voilà reparti pour un tour.

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Non que Gloria Mundi soit toujours convaincant, où on perçoit encore quelques traces de la vieille quincaillerie habituelle, la tentation démonstratrice, des facilités "para-langue de bois", des psychologies un peu approximatives. Mais la trame romanesque semble avoir retrouvé ce qui fait son intérêt et son inscription juste dans l’époque.
Du coup, tout raté qu’il est, le film La Villa, avec sa volonté d’échapper au réel, peut apparaître comme une nécessaire transition, avant un nouvel engagement, ce qui appelle le pardon. Car Guédiguian, son truc - et cela depuis son premier film, au début des années 80 -, c’est, jamais naturaliste, le réel, justement. (2)

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Le couple Grégoire Leprince-Ringuet-Lola Naymark frôle la caricature schématique dans sa dénonciation des arrivistes modernes, peut-être parce qu’il n’est pas encore rodé.
Mais les autres personnages existent, et, ce qui est quand même signe d’une riche veine non épuisée, ne sont toujours pas usés. Le couple Ascaride-Darroussin, autant que le couple Ascaride-Meylan, ont l’épaisseur requise, et Anaïs Demoustier, figure errante dans La Villa, a trouvé sa juste place dans la famille. Jusqu’au lardon, qui, l’air de rien, tient un rôle essentiel sans mièvrerie.

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C’est que, le regard posé sur l’extérieur a évolué. Il n’est plus question d’avenir radieux, et il n’y a plus de neiges africaines à rallier. Ariane Ascaride se prononce contre la grève, Robinson Stévenin fait l’esclave chez Uber, la dimension du travail ressentie comme salvatrice (la marxiste, celle qui avait pour but de transformer le monde) s’est évaporée.
Reste la réalité terrifiante, la merde à nettoyer, le cassage de bras par les compagnons de misère et l’impasse. Que Gérard Meylan se sacrifie n’y change rien, les autres ne s’en sortiront pas. Les personnages ont perdu - ce qui, paradoxalement, ouvre des perspectives.

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Robert Guédiguian semble avoir compris que le Monde dont il fallait célébrer la Gloire n’était plus celui de Marius et Jeannette, (3) mais celui des fameuses eaux glacées du calcul égoïste et que les vieux combats n’étaient plus que d’arrière-garde.
Sa tristesse rejoint celle de La ville est tranquille (4).

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Mais, curieusement, parce qu’il semble aimer ses désenchantés jusque dans leurs turpitudes, comme parallèlement aux mouvements populaires, désordonnés et composites de ces derniers temps, il inaugure un nouvel espace, une nouvelle vision, peut-être une œuvre renouvelée. Annonçant, pourquoi pas, de nouvelles actions.

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

1. La Villa a aussi été sélectionné à la Mostra de Venise, en 2017.

2. Exception faite de son film hapax Le Promeneur du Champ-de-Mars (2005).
Dernier Été, son premier film, est sorti en 1981, au début de la décennie Thatcher-Reagan, les années de basculement vers une Réaction de grande envergure, qui, pour l’instant, semble irréversible .

3. Le titre fait penser, toutes chose égales par ailleurs, au court métrage Monde de gloire (Härlig är jorden) de Roy Andersson (1991), qui, tourné vers un passé qui ne passait pas, ne laissait aucun espoir d’aucune nature à aucun futur du genre humain.
Marius et Jeannette de Robert Guédiguian est sorti en 1997.

4. La ville est tranquille est sorti en 2000.


Gloria Mundi. Réal. Robert Guédiguian ; sc : R. G. & Serge Valletti ; ph : Pierre Milon ; mont : Bernard Sasia ; mu : Michel Petrossian ; déc : Michel Vandestien ; cost : Anne-Marie Giacalone. Int : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaïs Demoustier Robinson Stévenin, Grégoire Leprince-Ringuet, Lola Naymark (France, 2019, 105 mn).



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