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Une vie cachée (2018)
de Terrence Malick
publié le mercredi 11 décembre 2019

par Patrick Saffar
Jeune Cinéma n°395, été 2019

Sélection officielle, en compétion au Festival de Cannes 2019

Sortie le mercredi 11 décembre 2019

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Inutile, cette fois, de reprocher à Terrence Malick sa (forcément lourde) métaphysique : elle est consubstantielle à l’écriture de ce film, qui, après diverses tentatives quasi-expérimentales, devait marquer chez ce réalisateur un retour à la narration.
Une vie cachée est donc à prendre ou à laisser.

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La trame, inspirée de faits réels, évoque le sort de Franz Jägerstätter, un paysan autrichien qui, alors qu’il vivait "au-dessus des nuages" avec sa femme et ses trois filles, refusa d’être enrôlé dans l’armée du IIIe Reich.
Alors que dans un film comme Knight of Cups, le style de Malick, sa manière particulière de fragmenter les scènes et d’arracher des morceaux de monde, nous paraissaient tourner à vide, il se trouve ici en parfaite osmose avec sa vision propre.

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Un exemple parmi d’autres, l’utilisation des voix off, sortes de phylactères virtuels issus d’illustrations du Moyen Âge, qui semblent émaner de ces créatures de Dieu (Franz et sa famille) et, qui naviguant entre remémoration (du Paradis terrestre) et prémonition (celle de la décapitation / décollation de Franz) participent à cette recréation de l’unité du Tout à laquelle Malick paraît vouloir tendre.

D’où également l’importance de la lumière qui concourt à la splendeur du Monde - le film paraît citer Days of Heaven (2) -, et s’infiltre aussi bien à travers les embrasures de la prison. Le mot même de forteresse auquel le film a recours, désigne d’ailleurs aussi bien la geôle dans laquelle l’objecteur de conscience est enfermé que la présence de Dieu.

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Mais le sujet du film est moins la question du Mal que l’acte de rébellion individuelle accompli par Franz, lequel peut paraître "en soi" inutile, mais n’en possède pas moins sa finalité. C’est cette finalité que le film, Une vie cachée, a pour vertu de mettre à jour.

Patrick Saffar
Jeune Cinéma n°395, été 2019

1. Knight of Cups (2015), sélection officielle en compétition à la Berlinale 2015.

2. Les Moissons du ciel (Days of Heaven, 1978) est le deuxième film de Terrence Malick. Sélection officielle en compétition du Festival de Cannes 1979, Prix de la mise en scène ; Oscar 1978 de la meilleure photo pour Néstor Almendros et des meilleurs costumes pour Patricia Norris.


Une vie cachée (A Hidden Life). Réal, sc : Terrence Malick ; ph : Jorg Widmer ; mont : Rehman Nizar Ali, Joe Gleason, Sebastian Jones ; mu : James Newton Howard. Int : August Diehl, Valerie Pachner, Matthias Schoenaerts, Bruno Ganz (Allemagne-USA, 2018, 173 mn).



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