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High Hopes (1988)
de Mike Leigh
publié le mercredi 22 juillet 2020

par Bernard Nave
Jeune Cinéma n°195, juin-juillet 1989

Sélection officielle de la Mostra de Venise 1988

Sorties les mercredis 29 mars 1989 et 22 juillet 2020

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Depuis Bleak Moments (1971), plus de nouvelles de Mike Leigh, dont on pouvait espérer une carrière prometteuse. (1) Il réapparaît aujourd’hui, après un long intervalle rempli par des films pour la télévision, inconnus de nous. Dix-sept ans plus tard, son cinéma reste aussi libre et personnel.

Au début de High Hopes, un jeune provincial paumé est recueilli à son arrivée à Londres par un couple qui vit un peu en marge. Tout les sépare de leur hôte temporaire. On croit que le film va explorer cette situation, mais, très vite, Mike Leigh abandonne ce premier personnage pour se concentrer sur le couple Cyril-Shirley.
Vingt ans après 1968, ils ne cadrent pas avec un Londres voué à la spéculation, livré aux parvenus du thatchérisme. Lui est coursier sur sa moto, elle s’occupe de l’entretien de jardins publics. La mère de Cyril, vieille dame enfermée dans son monde à elle, vit au cœur d’un de ces quartiers dévorés par la nouvelle bourgeoisie. Alors que d’autres se seraient empressés de la caser dans une maison spécialisée, le couple essaie de garder le contact avec elle.

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On se rend compte que la situation de départ n’était qu’une entrée en matière, non pas pour développer une histoire, mais pour mettre en place les personnages. Une fois qu’ils sont sur l’écran, ils existent, ils vivent au quotidien, sans drame, et sans être de simples supports d’une vision qui se voudrait réaliste.
Le regard de Mike Leigh sur ses personnages et sur l’Angleterre qu’ils représentent est en effet beaucoup plus fin, plus subtil. Certes, on voit bien où vont les antipathies du réalisateur : pour ces jeunes riches, bornés et prétentieux, incapables de comprendre leur vieille voisine, pour la sœur de Cyril et son mari, qui ont perdu tout sens des valeurs.

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Pourtant, il ne fait pas de son couple central les porte-drapeaux d’une morale alternative. Ils cherchent comment exister dans une société qui leur est devenue étrangère. Ils naviguent à vue par rapport à des repères qu’ils ont laissés derrière eux - leur visite à la tombe de Karl Marx au cimetière de Highgate n’est pas sans rappeler celle de Morgan de Karel Reisz. (2)

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Avec le dernier plan de Cyril et Shirley, montés avec la vieille dame sur une terrasse qui découvre Londres, on n’a pas vraiment une clé, mais l’image d’un groupe humain, certes fragile, mais encore réuni par une histoire, la leur. Ni optimiste ni pessimiste, High Hopes séduit par sa liberté de style. Mike Leigh y fait preuve d’une grande maîtrise à l’intérieur d’une démarche originale qui refuse les conventions pour toucher ce qu’il y a de plus profond dans des êtres en état de recherche.

Bernard Nave
Jeune Cinéma n°195, juin-juillet 1989

1. Bleak Moments (1971) est le tout premier film de Mike Leigh (Léopard d’or au Festival de Locarno 1972). High Hopes (1988) est son deuxième film. Entre ces deux longs métrages, il a réalisé 4 courts métrages et a travaillé pour la télévision (9 téléfilms).
Après High Hopes, Mike Leigh a effectivement mené une carrière brillante, avec 11 films qui ont été régulièrement sélectionnés et récompensés, à Cannes, à Venise, à Berlin.

2. Morgan (Morgan : A Suitable Case for Treatment) (1965) de Karel Reisz est sorti en 1966.
Cf. aussi "Permanence d’un personnage : le mal adapté", Rencontre avec Karel Reisz (1926-2002) à propos de son œuvre (1955-1979), in Jeune Cinéma n° 122, octobre 1979


High Hopes. Réal, sc : Mike Leigh ; ph : Roger Pratt ; mont : Jon Gregory ; mu : Andrew Dickson. Int : Philip Davis, Ruth Sheen, Edna Doré, Lesley Manville, David Bamber (Grande-Bretagne, 1988, 112 mn).



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