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Parker, Alan (1944-2020)
Une vie, une œuvre
publié le samedi 1er août 2020

par Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma en ligne directe

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Alan Parker (1944-2020) est mort le 31 juillet 2020.

Son image est paradoxale, qui combine un certaine chance - ses films sont des films de studios, pas des films indépendants - ainsi que d’indéniables succès publics et une reconnaissance sociale (prix et décorations), avec une réserve critique irrégulière.
Il affirma à plusieurs reprises qu’il trouvait louches les films dits "pour festivals", se contentant d’être jugés par les pairs alors que le véritable succès devait être populaire.

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Cette contradiction s’est manifestée dès le début, à Cannes, quand, après la conférence de presse de Midnight Express (son deuxième film, sur un scénario de Oliver Stone, sélection officielle au Festival de Cannes 1978 et 2 Oscars en 1979), il s’est violemment fait agresser, puis quand le film a provoqué des incidents diplomatiques avec la Turquie, mais est resté ensuite en salles à Paris pendant 10 ans, ce qui exclut le simple succès de scandale.

On peut citer aussi, presque à l’inverse, Mississipi Burning (1988) qui n’est jamais devenu un classique et n’a fait retour que ces temps derniers, boosté par l’actualité. (1)

À l’occasion de sa mort, tout le monde souligne qu’il est venu de la publicité - il faut bien commencer par un bout et elle a eu ses lettres de noblesse, cf. les commercials de Roy Andersson, son contemporain. Mais on ne remarque pas qu’il affirmait se vivre d’abord comme un écrivain, considérant ses films comme une extension. Il a d’ailleurs écrit une dizaine de scénarios de ses 14 films, en 30 ans de carrière, de 1971 à 2003.

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Bien qu’on ait vu quasiment tous ses films, il nous reste mal identifié comme réalisateur, notamment pensé comme américain parce qu’il travaillait à Hollywood alors qu’il était très anglais. Il disait : "Je raconte des histoires américaines parce que ce pays m’intrigue à cause de sa magnificence et de ces failles. Mais je préférerais faire un film à Londres et rentrer dormir dans mon lit plutôt que de loger dans un horrible Holliday Inn du Texas".

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Son nom de réalisateur demeure en retrait (il n’a d’ailleurs jamais reçu de récompense en tant que tel) peut-être aussi parce qu’il était modeste. Il disait : "Chaque fois que je suis allé à Cannes, j’ai décidé de ne jamais y retourner. Et puis, chaque fois, ma vanité l’a emporté."

* Birdy de Alan Parker (1985) reçut le Prix du Jury au Festival de Cannes 1985.


 

Son image était brouillée, probablement enfin, parce qu’il revendiquait la variété de ses projets, chacun de ses films aurait été, selon lui, une sorte de réaction au précédent. En bref, il ne se voulait pas un "auteur". Sa filmographie recèle pourtant une grande unité et il n’aura suivi qu’une seule direction : des faits de société mal repérés (torture, peine de mort, traumatismes de guerre, racisme), rythmée par des échappées musicales plus légères : Fame (1980), Pink Floyd-The Wall (1982) ou Evita (1996). Il disait : "Ma responsabilité en tant que réalisateur n’est pas de changer les mentalités mais de provoquer le débat."

Ce qu’il disait, dans L’Huma, le 23 décembre 2014.

Son film préféré à lui, c’était L’Usure du Temps (Shoot the Moon, 1982) qu’il avait réalisé au tournant de sa quarantaine et qui eut peu de succès.


 

Son dernier film, La Vie de David Gale (The Life of David Gale, 2003) sélectionné à la Berlinale de 2003, est un plaidoyer contre la peine de mort.


 

Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Mississippi Burning de Alan Parker (1988) est sorti en France le 29 mars 1989. Le film est passé de temps en temps à la télévision, et n’est ressorti que ce 15 juillet 2020, sans doute à l’occasion de l’assassinat de George Floyd par la police, à Minneapolis, le 25 mai 2020 et des manifestations Black Lives Matter, qui ont suivi.



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