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Festen (1998)
de Thomas Vinterberg
publié le mercredi 14 octobre 2020

par Heike Hurst
Jeune Cinéma n°253, janvier-février 1999

Sélection officielle en compétition du Festival de Cannes 1998
Prix du Jury.

Sorties les mercredis 23 décembre 1998, 14 novembre 2018 et 14 octobre 2020

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Première séquence, fulgurante : une route déroulée comme un tapis, à la verticale. Quand l’œil s’est habitué à la luminosité aveuglante, on découvre un homme qui traîne sa valise sur cette route pleine de poussière. Après un long moment, une voiture le double, une autre s’arrête, mais il continue à pied. Beaucoup plus tard seulement, nous voyons que cet homme et ces voitures convergent au même endroit, une maison de maître, la maison familiale des conducteurs et du piéton. Ici aussi, ça grince du côté des façons et des manières. Tout le monde s’habille pour la fête, mais les habits ne cachent rien, mettent à nu les différences, révèlent que le vernis des apparences de la famille est en train de craquer.

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Festen est le deuxième film réalisé d’après Dogma 95, (1) rédigé par les jeunes hommes en colère de la cinématographie danoise.
Né en 1965, Thomas Vinterberg se soumet avec maîtrise à l’exercice de style : son direct, pas d’éclairage artificiel, caméra à l’épaule, etc. En respectant presque l’unité de lieu de la tragédie classique (tout se passe dans la maison), le drame familial peut éclater.

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Plus la maison est seigneuriale, plus il y a des horreurs enfouies, pourrait-on dire, en pastichant Adorno.
Quand le fils, en tenue impeccable, lève son verre et que tout le monde attend le discours de circonstance, il se mue en accusateur du père-patriarche dont on fête justement l’anniversaire. Il révèle les abus sexuels, le suicide de sa sœur, et sa propre incapacité d’aimer et de donner du plaisir.

Sur un ton anodin, le fils accable le père devant un auditoire hilare, qui comprend seulement petit à petit ses paroles, tellement la convention des tablées d’anniversaire anéantit les mots prononcés.

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Violence et passion, guerre des camps : pour ou contre le père, la table se divise, certains veulent arrêter le fils, les autres veulent qu’il dise tout. Le moment fort du film ne réside pourtant pas dans cette scène, malgré l’effet de surprise, mais dans l’après-discours, bien plus riche que la scène elle-même. Le ver est dans le fruit. Un film dérangeant, une réussite de mise en scène.

Heike Hurst
Jeune Cinéma n°253, janvier-février 1999

1. Cf. "Dogma 95, Vœu de chasteté" in Jeune Cinéma n°259, janvier 2000.


Festen. Réal, sc : Thomas Vinterberg ; sc : Morgens Rukov ; ph : Anthony Dod Mantle ; mont : Valdis Oskarsdottir. Int : Ulrich Thomsen, Henning Moritzen, Thomas Bo Larsen, Paprika Steen (Danemark, 1998, 105 mn).



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