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Kim Ki-duk (1960-2020)
Brève
publié le samedi 12 décembre 2020

Jeune Cinéma en ligne directe
Journal de Abla 2020 (samedi 12 décembre 2020)

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Samedi 12 décembre 2020

 

Kim Ki-duk (1960-2020) est mort hier du covid, le 11 décembre 2020.

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Cyniquement, on peut constater que le voilà débarrassé de lui-même, son corps et ses pulsions, et nous voilà débarrassés de l’éternelle question de la distance entre "homme" et œuvre. Nous ne nous intéressons qu’à l’œuvre. Pour celle de Kim Ki-duk, sa découverte ne se fit pas dans l’ordre chronologique (c’était au temps où on allait au cinéma voir des films sur de grands écrans).

La première fois, on a vu le film d’un étrange auteur, sans renommée, dans un mini cycle coréen à Paris, à l’Arlequin.

* The Coast Guard (Hae anseon) de Kim Ki-duk (2002).


 

Ensuite ce fut, en salle, à Montparnasse :

* Printemps, été, automne, hiver… et printemps (Bom yeoreum gaeul gyeoul geurigo bom) de Kim Ki-duk (2003).


 

Émerveillement devant le rythme, la simplicité, la beauté, la paix.
Ce n’est qu’en rentrant, qu’on a établi la jonction de cette méditation avec le créateur des types incertains de la frontière coréenne entre le Nord et le Sud.

* L’Île (Seom, 2000),
on l’a vu après, parce qu’on s’est mis à le suivre, lui, et pas parce que le film avait été sélectionné à Venise.


 

À partir de là, on a commencé à distinguer mieux les entrelacs des grandes lignes de cette inspiration hors du commun, à travers tous ses films qu’on ne ratait jamais, et qu’on choisissait de ne pas voir en festival. Avec lui ce fut longtemps une affaire privée, et on ne lisait pas ce que les autres en pensaient. On aimait sa relation à la peinture, ses silences, les énigmes de ses scénarios, et ses violences.

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Et puis, on s’est éloigné de lui, l’histoire privée s’est diluée au fur et à mesure de sa reconnaissance publique.

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En 2006, Antoine Coppola, spécialiste des cinémas d’Asie et lecteur de Guy Debord (qu’il ne faut pas confondre avec le pianiste Antoine Coppola bien connu des cinéphiles de Il Cinema ritrovato de Bologne ou des Giornate del cinema muto de Pordenone), l’a beaucoup fréquenté dans son village d’artistes à la frontière Corée du Sud-Corée du Nord. Il lui a consacré un film, où Kim lui raconte ses souvenirs de tournage, sa conception du cinéma indépendant, et sa position frontalière, non reconnue dans son propre pays mais célébrée dans le monde entier.
Peu de traces de ce film sur Internet, à part Lussas et sa fiche des Films documentaires.

* Kim Ki-duk, cinéaste de la beauté convulsive de Antoine Coppola (2006).

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Il faut croire que Kim ne s’était pas suffisamment dévoilé à son goût, puisque, en 2011, le Festival de Cannes, dans sa section Un certain regard, a sélectionné et récompensé une œuvre pas comme les autres :

* Arirang de Kim Ki-duk (2011).

En 2008, il s’était retiré dans la montagne, et faisait silence.
Dans cet auto-documentaire, hyper narcissique, il se filmait tout seul, dans les deux récits possibles qu’offre la solitude : les interrogations existentielles et la vie matérielle.
Sur sa vie-son œuvre, à travers un dédoublement, son ombre interrogeant son visage en un dialogue para-platonicien assez moyen, il racontait sa célébrité, ses 15 films, ses décorations, ainsi que sa vraie rencontre avec la mort au cours du tournage de Dream (Bi-mong, 2008), les trahisons qui l’avaient fait souffrir, et sa nécessaire retraite.
Sur sa vie quotidienne, il révélait un grand talent pour la construction de mécaniques de toutes sortes, de la machine à café au revolver, la partie fascinante du film.


 

On le découvrait plutôt revêche et pas poétique du tout. Dans cette étrange confession, il clamait aussi son désir de recommencer à faire des fims, - 3 ans de disparition et d’introspection, ça suffisait - ce qu’il fit, avec 8 nouveaux films (2011-2020).

Incarné ainsi, s’il avait gardé son étrangeté, il avait perdu son aura.
Destin de toutes les histoires d’amour.

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Avec ses 25 films en 23 ans, il a rejoint maintenant ses homologues au paradis des dictionnaires.

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