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Nomadland (2020)
de Chloé Zhao
publié le vendredi 18 juin 2021

par Bernard Nave
Jeune Cinéma n°408-409, été 2021

Sélection officielle de la Mostra de Venise 2020. Lion d’or.
Oscar du meilleur film 2021

Sortie le mercredi 16 juin 2021

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Remarquée pour ses deux premiers longs métrages, Les chansons que mes frères m’ont apprises (Songs My Brothers Taught Me, 2015)) et The Rider (2017) (1), Chloe Zhao confirme tout le talent qu’elle affichait. Avec Nomadland, elle engrange Lion d’or à Venise et plusieurs Oscars. Déjà, chez certains esprits chagrins, un tel succès suffit à la dévaloriser. Il suffit de s’installer dans le film pour, non seulement en éprouver la richesse et la beauté, mais aussi comprendre combien il tutoie les sommets du cinéma, celui des John Ford, des Terrence Malick, pour ne citer que ceux que l’on peut convoquer sans se forcer.

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Nomadland puise dans les grands thèmes américains en arpentant une histoire et en suivant des personnages de notre temps. Une ville du Nevada, Empire, vidée de ses habitants quand l’usine d’exploitation du plâtre disparait. Le nom du lieu est déjà un symbole. Le personnage principal, Fern, qui a perdu son mari, choisit de partir à bord d’un van qu’elle a aménagé pour pouvoir aller sur les routes, un peu comme les Okies de John Steinbeck à la recherche d’emplois temporaires. Ici ce ne sont pas les récoltes, mais les chaînes d’emballage chez Amazon. Nous sommes au 21e siècle et la misère n’est plus celle des années 30.

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Comme le dit Fern, elle n’est pas homeless, mais houseless, et son choix de vie correspond à quelque chose de plus diffus, de l’ordre du désir de se fondre dans un monde plus fluide, plus proche de la nature, de l’autre. Les quelques moments où elle pourrait trouver de la stabilité, une chambre chez sa sœur, une relation avec un homme qui l’aime, la mettent mal à l’aise et la renvoie à la route. Non pas tant celle d’un road-movie que l’impulsion vers un horizon sans cesse repoussé.

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Le regard de Chloé Zhao sur son personnage se double d’un regard sur l’actrice, une formidable Frances McDormand, qui elle-même semble dialoguer avec la caméra, dans une connivence toute en subtilité. Toutes deux se confrontent à une réalité, celle d’autres personnages incarnés par des non-professionnels qui, certes, ancrent le film dans le social, mais le fait accéder aussi à des hauteurs proprement poétiques.

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Quand Linda, une autre houseless, raconte les paysages merveilleux qui peuplent sa mémoire, on ne peut que les imaginer. Il faut croire à la force de la fiction qui plus tard conduit Fern à s’immerger elle-même dans ces paysages : les falaises envahies de nids d’hirondelles, la rivière aux eaux pures dans laquelle elle se baigne nue.

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Chloé Zhao, partie sur la route de ces Américain(e)s des marges, prolonge ce qu’elle avait si bien filmé dans ses films précédents avec les Indiens. Elle se place au ras du réel, de manière quasi documentaire tout en embrassant une perspective plus large. En ce sens, elle se permet de cadrer large pour capter la beauté et la laideur dans un même mouvement. Pour retrouver aussi l’innocence primordiale de l’émerveillement devant les lumières, les paysages. Magnifique séquence de Fern déambulant dans les recoins des ravinements des Badlands. Dans de tels moments de grâce, on sait que le cinéma est encore bien vivant, capable de nous embarquer loin. Sur une route sans fin, celle que parcourt le van de Fern dans un ultime plan.

Bernard Nave
Jeune Cinéma n°408-409, été 2021

1. Les chansons que mes frères m’ont apprises (Songs My Brothers Taught Me, 2015)) est le premier long métrage de Chloé Zhao. Sélectionné par la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2015, il était en lice pour la Caméra d’or. Le film est sorti en salle à l’automne 2015.
The Rider (2017), sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2017, a écumé les festivals du monde. Il est sorti en France dans les salles en 2018


Nomadland. Réal, sc, mont : Chloé Zhao, d’après le livre Nomadland : Surviving America in the Twenty-First Century de Jessica Bruder ; ph : Joshua James Richards ; mu : Ludovico Einaudi. Int : France McDormand, David Strathairn, Linda May (USA, 2020, 108 mn).



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