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Solo (2019)
de Artemio Benki
publié le mercredi 30 juin 2021

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°408-409, été 2021

Sélection ACID au Festival de Cannes 2019

Sortie le mercredi 30 juin 2021

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Martin Perino est un pianiste argentin, virtuose : à 20 ans, il a déjà trois cents récitals à son actif. Victime d’une dépression en 2014, alors qu’il compose sa première œuvre, La Flor, il se fait interner à l’hôpital psychiatrique du Borda où il est diagnostiqué schizophrène paranoïaque. C’est à ce moment-là que le réalisateur Artemio Benki vient le filmer. Producteur et distributeur, celui-ci, décédé en 2020, a vu son film Solo sélectionné à Cannes 2019 dans la section Acid. (1)

Il s’agit d’un documentaire intimiste, qui s’attache, de façon bienveillante et amicale, au personnage dans ses moments les plus secrets, vers son retour à la guérison, à la vie et à la scène. Trois lieux hantent ce film, la ville de Buenos Aires, l’hôpital psychiatrique du Borda et le domicile de Martin Perino.

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Nombreuses sont les scènes tournées à la Borda, dans la salle commune aux cimaises couvertes de dessins des patients. Elles se reproduisent chaque jour, dans un climat mélancolique et émouvant. Là, dans cette pièce, Martin Perino joue avec fougue, sans s’arrêter. Son désir est inaltérable, c’est une nécessité vitale, un besoin essentiel à sa survie. Il travaille à sa seconde œuvre, Enfermaria, avec Sol, une amie, danseuse et chorégraphe. La caméra le suit dans ses humeurs, ses recueillements, ses silences, parfois dans ses angoisses, face à la menace du dehors et des autres - moments extrêmement bouleversants.

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Dans la ville, alors qu’il se promène, il demande vainement un piano pour jouer dans un festival de musique, à peine dix minutes. Le contraste entre les relations affectives, patientes et attentives du Borda, lieu où la compassion règne, et celles, rigides, de la société extérieure, lui paraît insurmontable.

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Cependant, une fois sorti du Borda, son comportement se modifie, il devient sauvage et vit seul dans la maison de ses parents, peu confortable, peu chaleureuse et sans piano, lui qui n’aspire qu’à jouer. Dans cette seconde partie, il est inquiet de son avenir, comme s’il ne croyait plus à sa guérison. Il cherche désespérément à se procurer un piano. C’est pour lui une la quête existentielle.

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Le personnage est extrêmement attachant, habité et passionné, son médecin garde de lui un souvenir affectueux et lui rend visite. Le réalisateur a su le filmer dans la lenteur, sans insistance, sans contraindre son rythme, en harmonie avec lui lors de ses errances, de son désarroi et de sa solitude. C’est réalisé comme un journal intime, avec distance et proximité à la fois. L’épisode du choix de la veste pour le concert est une merveille, montrant son rêve de quitter la grisaille et l’anonymat et de se vêtir de rose, flamboyant, pour rejoindre la scène.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°408-409, été 2021

1. Artemio Benki (1968-2021) est mort le 15 avril 2021.

* Ne pas confondre avec les films homonymes, Solo de Atif Siddiqi (2003), de Morgan O’Neill (2006), de Kasper Torsting (2007), de Ugo Giorgetti (2009), de Premysl Havlik (2012), de Marcelo Briem Stamm (2013), de Isaac Cravit (2013), de Guillermo Rocamora (2013), de Michael Artiles (2013), de Joseph Novoa (2014), de Bejoy Nambiar (2017), de Nic Cornwall (2018), de Hugo Stuven (2018).
Ni, avec les films du siècle dernier, Solo de Jean-Pierre Mocky (1970), de Tony Williams (1978), de Lyman Dayton (1984), de Norberto Barba (1996).
Ni, bien sûr, avec les innombrables courts métrages et séries homonymes.


Solo. Réal, sc : Artemio Benki ; ph : Diego Mendizabal ; mont : Jeanne Oberson ; mu : Benjamin Rozier (Argentine-Tchéquie-Autriche, 2019, 85 mn). Documentaire.



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