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Tout s’est bien passé (2020)
de François Ozon
publié le mercredi 22 septembre 2021

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection officielle en compétition au Festival Cannes 2021

Sortie le mercredi 22 septembre 2021

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Le film de François Ozon, Tout s’est bien passé, c’est toute une histoire. À l’origine, il y un livre, le récit autobiographique, par Emmanuèle Bernheim, de l’euthanasie de son père. (1) Mais il y a aussi une sorte de prologue, dont il est difficile de s’affranchir, le drôle de film de Alain Cavalier, Être vivant et le savoir (2019 (2). Le cinéaste projettait de faire un film avec la romancière (3) à partir de son livre, et puis on lui avait découvert un cancer, et puis elle était morte, et Alain Cavalier, après l’avoir accompagnéee dans l’épreuve, avait réalisé un tout autre film, un de ces journaux intimes, avec une caméra numérique et sans équipe, dont il est coutumier, un essai sur la vie et la mort, plus vagabond et plus complexe que d’habitude, avec ses images en contrepoint, à partir de leurs deux expériences parallèles (4).

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Que François Ozon décide de réaliser une vraie fiction, directement adaptée de l’ouvrage original, apparaît comme une évidence. Son film vient compléter un ensemble cohérent, un témoignage écrit, une vision, une mémoire, des amitiés. Il aurait aussi bien pu précéder celui de Alain Cavalier, la chronologie réelle des deux réalisations, ici, n’a aucun sens.

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Son film est construit, riche, parfaitement dirigé, avec des numéros d’acteurs bien maîtrisés. L’évolution de chacun des personnages est décrite de façon subtile, face à ce sujet forcément périlleux. Sophie Marceau ne fait pas du Marceau, Géraldine Pailhas est égale à elle-même, présente, et Hanna Schygulla est exactement comme sont les dames de l’association suisse.

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André Dussolier, lui, a dû se faire un grand plaisir, même si on a du mal à croire possible l’amour d’un esthète aussi exigeant pour le bestiau mal dégrossi qu’interprète Grégory Gadebois.

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Quoiqu’il en soit, c’est du classique, de la qualité française dans le meilleur sens du terme.
On pourrait dire que le film de François Ozon apparaît aussi comme une solidarité et un plaidoyer.
Dans un monde qui se croit rationnel parce qu’il est en perpétuelle croissance technique, où Dieu est mort pour certains, ou dévorant et détourné pour d’autres, où, depuis longtemps maintenant, tous les trafics de la chair humaine sont pratiqués, de façon légale ou illégale, pour le meilleur comme pour le pire, l’euthanasie et le suicide assistés demeurent tabou, alors même que, en symétrique, la perspective de "l’homme augmenté" apparaît comme une utopie joyeuse et souhaitable.

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En France, fille aînée de l’Église, comme ce fut le cas pour la contraception et l’avortement où on a toujours préféré l’hypocrisie, le chemin est encore long pour parvenir au niveau de civilisation déjà atteint en Suisse, en Belgique ou au Canada, par exemple.

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Les films qui ont traité du sujet, il commence à y en avoir pas mal (5). Ils l’ont presque tous fait de belle façon, sans tirer vers une émotion inutile. Ici, la distance est encore meilleure, entre déchirement et acceptation. Aujourd’hui le film de François Ozon est nécessaire, il est même le plus important, d’abord parce qu’il est le dernier en date, mais aussi, surtout, par ce que c’est un grand beau film.

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Emmanuèle Bernheim, Tout s’est bien passé, Paris, Gallimard, 2013.

2. Être vivant et le savoir de Alain Cavalier (2019) a été sélectionné hors compétition au Festival de Cannes 2019.

3. La romancière Emmanuèle Bernheim (1955-2017) connaissait déjà le monde du cinéma, ayant collaboré avec François Ozon pour les scénarios de Sous le sable, Swimming Pool et 5×2. Elle devait jouer son propre rôle et Alain Cavalier celui du père.

4. Cet univers figurant le passage obscur vers la mort, vécu et fantasmé, lui est familier depuis longtemps : Ce répondeur ne prend pas de message (1979), Irène (2009), Faire la mort (2011).

5. Cf. la filmographie de Jeune Cinéma.


Tout s’est bien passé. Réal, sc : François Ozon, d’après le roman de Emmanuèle Bernheim ; ph : Hichame Alaouié ; mont : Laure Gardette ; déc : Emmanuelle Duplay ; cost : Ursula Paredes-Choto. Int : Sophie Marceau, André Dussolier, Géraldine Pailhas, Éric Caravaca, Grégory Gadebois, Charlotte Rampling, Judtih Magre, Jacques Nolot, Daniel Mesguich, Hannah Schygulla (France, 2020, 115 mn).



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