Créteil 2009
Festival international des films de femmes (FIFF)
publié le jeudi 12 mars 2015

FIFF, 13-22 mars 2009, 31e édition

Compétition officielle 2009

Palmarès 2009

par Marceau Aidan
Jeune Cinéma n°326-327, automne 2009

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Le Festival international de dilms de femmes de Créteil, 31e édition, poursuit son long et fructueux travail de recherche, de mise en valeur de films tournés pas des femmes cinéastes.

Si, depuis trente ans, les temps ont changé, le travail d’une femme cinéaste reste encore semé d’embûches, malgré les progrès accomplis en matière de réalisation.

À la fin des années 70, la place d’une femme dans le cinéma en tant qu’auteur n’était pas reconnue, d’où les initiatives des fondatrices du Festival de Sceaux, Élisabeth Trehard et Jacky Buet, en liaison avec le mouvement de femmes, après les luttes de mai 1968.

En cette année 2009, la sélection a été d’un grand intérêt, tant dans la section documentaire que dans celle de la fiction, avec un autoportrait en guise d’hommage à Anna Karina et la création d’un nouveau prix à la mémoire d’Anna Politkovskaïa, la journaliste russe assassinée en octobre 2006.

La section documentaire

Marquise Lepage du Québec, avec Martha qui vient du froid, (2008) remonte dans le temps pour aborder l’histoire récente du Canada dans une de ces périodes le plus sombre, lors de la déportation des Inuits dans les années 50. Quelques films ont été déjà consacrés à ce sujet grave, mais la particularité de celui-ci, est que nous suivons sur les lieux de cet événement dramatique - le Grand Nord québécois - Martha Flaherty, petite-fille du célèbre Robert Flaherty. Celui-ci a eu peu d’égards pour le père de Martha, enfant caché d’une Inuit. La déportation programmée des Inuits vers des régions inhospitalières, dans des espaces naturels pratiquement invivables, a eu comme effet de décimer une partie de cette minorité. Marquise Lepage par l’intermédiaire de la descendante du grand cinéaste, montre avec efficacité l’envers du décor, au-delà des images idylliques contenues dans Nanouk l’Esquimau.

Avec Slingshot Hip Hop (2008), Jackie Reem Salloum, aux origines syriennes et palestiniennes, vivant à New York, s’intéresse à une pratique sociale et artistique récente, mise en place tout d’abord à Gaza par trois jeunes Palestiniens adeptes du hip hop, puis en Israël même, chez les jeunes Arabes, jusqu’en Cisjordanie.
Ce phénomène artistique de revendications par le biais de la musique a pris une ampleur certaine. Les trois Gazaouis ont réussi avec leur groupe musical DAM, émules de Public Enemy, à faire passer le message à la jeunesse palestinienne : se servir de la musique pour proposer une alternative à l’action violente en dénonçant pacifiquement le comportement des autorités israéliennes, moyen peut-être plus efficace pour la prise de la conscience de la jeunesse face à la situation douloureuse vécue par les Palestiniens aujourd’hui.

Kommunalka (2008), premier film documentaire de Françoise Huguier, par ailleurs photographe, se situe à Saint-Pétersbourg où subsiste un mode de logement hérité de l’ex-Union soviétique, celui des appartements communautaires que l’on croyait disparu. La situation économique d’une majorité des Russes, fort déficiente, renforce la pratique de l’appartement en commun. Toutes les générations se côtoient dans leurs difficultés quotidiennes pour vivre.

La section fiction

Deux films ont particulièrement attiré notre attention.

Knitting de Yin Lichuan (2008)

Knitting, portrait de femmes chinoises, met en présence deux femmes que tout oppose et un fringant jeune homme, qui croit tout gérer.
Daping, la jeune femme, et son ami Chen-jin arrivent dans la grande ville du sud de la Chine, venant de leur lointaine campagne pour s’accommoder de petits boulots. L’arrivée dans le couple de Haili, l’ex-petite amie, va changer la donne.
Au-delà des péripéties des personnages, Yin Lichuan montre avec justesse, cette jeunesse chinoise perdue dans ses repères, isolée en milieu urbain, portant le poids de son origine rurale. L’homme sera récupéré par les gangs de la drogue tandis que les femmes vont assumer d’une manière responsable leur vie avec l’enfant qui va naître.

Clara d’Helma Sanders-Brahms (2008)

Nous connaissons bien Helma Sanders-Brahms, depuis son premier film Les Noces de Shirin, présenté à Sceaux en 1978. Son dernier long métrage, Clara est particulièrement réussi.
Elle arrive à travers un beau portrait de femme, et pas n’importe laquelle, Clara Schumann, à éviter les écueils de la biographie filmée et à nous offrir un film émouvant, proche de la réalité des trois protagonistes : Clara, Robert Schumann et le jeune Brahms. (1)
Elle aborde tous les éléments de la vie : les rapports amoureux et d’amitié mêlés, la transgression des sentiments, le problème de la création en général, ici concernant la musique. L’interprétation subtile et maîtrisée des trois acteurs, Martina Gedeck, Pascal Grégory et Malik Zidi, renforce la qualité du film.

Marceau Aidan
Jeune Cinéma n°326-327, automne 2009

1. Clara aura été le dernier film de Helma Sanders-Brahms (1940-2014), présenté aussi à Mannheim 2009.

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