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Durand, Claude (1938-2015)
Une vie, une œuvre
publié le vendredi 8 mai 2015

Les joies de l’homonymie

par Lucien Logette
Jeune Cinéma en ligne directe

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Claude Durand (1938-2015) est mort hier, jeudi 7 mai 2015.

Tout le monde a salué son travail d’éditeur, un des "grands" de sa génération, entre Maurice Nadeau et François Maspero.
On lui doit de nous avoir fait découvrir, en 1968, Cent ans de solitude, le genre de livre que l’on garde près de soi toute sa vie.

Mais rien, dans les nécrologies du matin, ni dans sa notice Wikipedia, n’évoque la tentation du cinéma, qui le tint, au début des années 60, avec son ami et complice Jean Cayrol.

Jean Cayrol avait collaboré avec Alain Resnais, signant le commentaire (magnifique) de Nuit et Brouillard (1956), et le scénario (également magnifique) de Muriel ou Le temps d’un retour (1963).
Entre les deux, il avait co-écrit et coréalisé, avec Claude Durand, quatre courts métrages, On vous parle (1960), Madame se meurt et La Frontière (1961), De tout pour faire un monde (1963).

Il était même passé au long métrage, toujours avec Jean Cayrol, et ce fut Le Coup de grâce (1) avec Danielle Darrieux, Michel Piccoli et Emmanuelle Riva, musique de Jean Ferrat (1965).

Cinéma "littéraire", sans doute aujourd’hui daté, et qui ne connut pas un accueil suffisant pour que l’exercice continue : Jean Cayrol retourna à l’écriture et Claude Durand à l’édition.

La fiche consacrée à Claude Durand sur le site IMDB est curieuse. Elle nous apprend qu’il n’a réalisé que deux films - Madame se meurt et Le Coup de grâce  -, mais qu’il en a monté vingt-neuf, entre 1951 - Bertrand Cœur-de-lion de Robert Dhéry - et 1974 - Vive la France de Michel Audiard. Quelle carrière !
Entre l’oubli par Wikipedia et la surabondance par IMDB, difficile de faire confiance aux sources. D’autant que, de son côté, Jean Cayrol se voit attribuer par IMDB, trois ans après son décès en 2005, les dessins des dix-huit épisodes d’une série d’animation télévisée, Oggy et les cafards.

Les machines, c’est bien, mais mieux vaut utiliser leurs ressources avec précaution. (2)

Lucien Logette
Jeune Cinéma en ligne directe (mai 2015)

1. C’est le premier Coup de grâce. Le second Coup de grâce (Der Fangschuss) est celui de Volker Schlöndorff en 1976. Il y en a même un troisième, The Fighter, en 2010, de David O. Russell. Sans compter le titre de quelques épisodes de séries télévisuelles, dont Un village français, et celui de quelques courts métrages.

2. NDLC (Les anciens lecteurs de Libé première génération se souviendront du sigle) : La "recherche" sur Internet en est encore à ses débuts. Tout chercheur traditionnel, plongé dans les archives de la BNF ou de tout autre organisme, sait à quel point les erreurs sont reproduites d’un ouvrage à l’autre. Le premier travail de recherche sur Internet est donc de recouper les informations, afin, sinon d’atteindre la vérité, au moins de poser les bonnes questions. Mais avec Internet, le reproduction est si rapide qu’elle atteint souvent des sommets de ridicule même chez des gens sérieux. Et le chercheur doit redoubler de prudence et de lenteur, deux oxymores naturels de Internet.

Récemment, nous en avons trouvé un joli exemple.
Nous mettions en ligne le compte rendu du festival d’Oberhausen 1965 issu de (Jeune Cinéma n°6 de mars 1965). Il nous fallait combler quelques lacunes de dates et de noms de réalisateurs.
Il s’agissait d’un court métrage polonais de 1964 : Avant que les feuilles tombent...
Coup de pot, on trouve immédiatement et unanimement : Pour Télérama, Allo Ciné, Première, L’Internaute et quelques autres, le réalisateur était Maciej Slesicki.
Nous avons eu la curiosité de vérifier (B, A, BA de tout chercheur scrupuleux) sur un site hyper fiable (que nous vous recommandons pour tout ce qui concerne le cinéma polonais) : Filmpolski.
Et nous avons pu constater que le petit Maciej était né en 1965.
Ce qui faisait donc de lui le réalisateur le plus précoce de l’histoire du cinéma.

Additif du 11 mai 2015 : Le festival de Douarnenez, festival sérieux qui en est à sa 37e édition, lui ne copie pas sur les autres.
Mais à cette date, les médias sérieux persévèrent.

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Certes, on n’a pas que ça à faire, à corriger les coquilles, et la vitesse est devenue la valeur majeure du temps. Next, next, next, etc.
On se demande aussi si, paradoxalement, il n’y a pas encore un certain mépris pour le Net. Puisque c’est virtuel, éphémère, vite éventé, puisque ça appartient à tout le monde donc à personne, puisque, tôt ou tard, ça va se casser la figure et qu’il faudra tout reconstruire...



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