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Chronic (2015)
de Michel Franco
publié le mercredi 21 octobre 2015

par Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma n° 366-367, été 2015

Sélection en compétition officielle du festival de Cannes 2015
Prix du scénario Cannes 2015

Sortie le mercredi 21 octobre 2015

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La filmographie internationale commence à être longue, des films qui traitent principalement ou évoquent la fin de vie et les intervention non-divines. (1)

Les fictions et les documentaires qui la nourrissent ont évolué au long des années, en nombre et en sujets, et ont gagné même les séries populaires.

Chronic est le troisième film dont le personnage principal - avec ses états d’âme - est "l’accompagnant", et le premier qui montre la déchéance de "l’accompagné".

Dans les deux premiers : Thomas de Miika Soini (2008
), le héros ne se remettait pas de son geste d’amour et, dans Miele de Valeria Golino (2013), la militante, se mettait à douter.

David (Tim Roth), infirmier de soins palliatifs, est un compagnon de route de la mort. C’est son métier. C’est son combat aussi.

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Ni gothique sataniste, ni romantique contemplant quelque vanité, il est du côté de la vie, jusqu’au dernier instant. Comme Miele qui nageait, lui, il court, pour évacuer les effluves de Thanatos qui lui prennent la tête.

Car, là, la vraie question est abordée - et c’est la première fois : celle de la chair - souffrante, décomposée, humiliée, celle qui se déchire et succombe.
Avant, dans les fins de vie de cinéma, la chair était abstraite et bien propre, et la maladie dite, pleurée ou hurlée, mais filtrée.
Cette fois, elle est concrète, loin de la métaphore et des mots, sous observation.
Du côté des Pietà dans la première scène d’abord, puis plus tard, du côté des linges de la nuit.
Et cela dans la plus grande délicatesse et le silence.

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Quand les mots arrivent, on apprend que David a un passé - l’euthanasie de son fils -, et véhicule de ces casseroles qui fabriquent un engrenage. Il va être confronté à une nouvelle demande, qu’il refuse avec obstination.

C’est alors que le film bascule.
Non pas dans le genre réaliste, ou l’anecdote, ou le plaidoyer, et il n’est question ni de religion, ni de morale, ni de loi.
Le film bascule vers un autre lieu du corps : l’inconscient.

Une scène témoigne de cette révolution intérieure.
David monte un escalier, avec, derrière lui, une fenêtre-vitrail, tout illuminée de soleil couchant. Image jaune, lueur quasi céleste, entrevue de Quattrocento.

À partir de là, tout ce que va faire David ne relève plus d’une décision coupable mais d’une inspiration incontournable.
Il ne s’agit plus d’un acte mais d’une mission.
"Tout ce qui ne parvient pas à la conscience se transforme en destin", disait Jung, médecin. Le parcours de David est inverse : de la conscience à l’inconscient, et à travers le miroir, la vérité.

De la culpabilité et l’expiation du premier geste, dans le monde humain réel et rationnel, légal probablement même, il parvient à un autre niveau de conscience, plus profond et plus haut à la fois, qui l’autorisera à faire quelques autres gestes, relevant d’une autre dimension. On dirait volontiers "mystique".

Le récit de Michel Franco est elliptique, assez sec même, et sans bavure métaphysique, ni relent de sacristie.
On dirait une Neue Schaslishkeit qui ouvrirait, dans la plus grande innocence, une porte vers le point sublime surréaliste.

Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma n° 366-367, été 2015

Chronic. Réal, sc, mont : Michel Franco ; ph : Yves Cape ; mont : Julio C. Perez IV. Int : Tim Roth, Bitsie Tulloch, David Dastmalchian, Claire van der Boom, Sarah Sutherland (Mexique-France, 2015, 93 mn).

1. La filmographie établie par Jeune Cinéma, comporte environ 25 titres d’avant 2000, et 46 des quinze dernières années.

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