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Bowie, David (1947-2016) II
Une vie, une œuvre
publié le lundi 11 janvier 2016

Une génération à la mer

par Lucien Logette et Anne Vignaux-Laurent
avec PS de Olivier Varlet
Jeune Cinéma en ligne directe

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Juste après Michel Delpech, David Bowie.
Perte de sens, temps des mini-séries.

Mais ils sont si nombreux, ceux de cet âge, qui ne parviennent pas jusqu’au tournant des 70 ans, ou qui le négocient mal, qu’on ne les compte plus, puissants ou misérables, célèbres et anonymes. Ceux qui croyaient avoir des "droits", et n’ont pas eu "leur espérance de vie".

La génération qui a eu toutes les chances, et que les jeunes jalousent, est en train d’expier. Tout se paie, tôt ou tard. On le savait depuis la nuit des temps.

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Mais pour eux, ces "baby-boomers", ces "soixante-huitards", ces "droitsdel’hommistes", ces enfants du siècle, le tarif est "unique" et international. Cancer pour tous, désormais plus ou moins "longue maladie", chronique ou fulgurante.

Ceux qui savaient décoller si facilement ne se perdent pas dans les espaces infinis comme ils l’avaient rêvé, mais meurent comme des fleurs, loin de toute utopie, scotchés à leur planète, atteints du même mal qu’elle, la pourriture qui gagne.

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Ils étaient les enfants de ceux qui connurent "Minuit dans le siècle" (1)

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Ils avaient appris que "le monde est profond et plus profond que ne pensait le jour !" (2)
"Que dit Minuit profond ?" Ils ne se posaient pas la question.

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Eux, ils connurent "le grand soleil du mois de juillet" et leur prière - Lève-toi, ô grand Midi ! - (3), était exaucée.
Avec des bonus, ces merveilles que sont la perspective (les découvertes, les utopies) et l’espoir (les lendemains qui chantent).

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Un jour, les un peu plus jeunes qu’eux se mirent à chanter No Future !. Ils adorèrent.
C’était un luxe, une illusion lyrique, le frisson délicieux du côté sauvage.

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Et voilà, ça ne chante plus.

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Bowie fut de ce temps-là, exactement.
Peut-être n’avait-il aucune raison de s’attarder plus longtemps.
Il ne faut pas voir des signes partout - et culpabiliser, rétrospectivement de ne pas avoir su les décrypter.
Pourtant on pense à l’exposition itinérante Bowie qui arriva à Paris le 3 mars 2015. À ce moment-là, il savait déjà, et l’expo prend alors tout son sens (même si elle tournait depuis 2013).

Le temps est aux moments heureux, et non aux mauvais augures.

Évidemment - et cela restera doux - il fut un song-and-dance man immense.

La découverte nous venait de nos amis londoniens.
Space Oddity au début de 1970, et peu de temps après, Hunky Dory, ça vous change l’intérieur de l’oreille.
Après Young Americans, on avait un peu décroché.

Bowie a eu également une carrière sur tous les écrans, sans doute la plus fournie de toutes les rock-stars. IMDB répertorie 38 apparitions, y compris les clips et les cameos.

Quelques grands premiers rôles nous hantent : L’Homme qui venait d’ailleurs (The Man Who Fell to Earth de Nicolas Roeg, 1976), Les Prédateurs (The Hunger de Tony Scott, 1983) et, bien sûr, Furyo (Nagisa Oshima, 1983), dans lesquels il fut, à chaque fois, élégant, ambigu, efficace, remarquable.

Il fut Paul Ambrosius von Przygodski dans C’est mon gigolo (Schöner Gigolo, armer Gigolo de David Hemmings, 1979) que l’on regrette de ne pas connaître.

Il fut Ponce Pilate dans La Dernière Tentation du Christ (Scorsese, 1988).
Dans Golgotha (Duvivier, 1935), c’était Gabin. Charitablement, on peut négliger les deux.

Mais pas question d’oublier ses passages dans Absolute Beginners (Julian Temple, 1986), dans Twin Peaks : Fire Walk With Me (David Lynch, 1992) ou dans Basquiat (Julian Schnabel, 1996), dans lequel il était un le Andy Warhol le plus crédible qui soit - ce Warhol qu’il avait célébré vingt-cinq ans plus tôt dans Hunky Dory.

Depuis le début du nouveau siècle, plus grand-chose.
Christopher Nolan fit appel à lui, idée étonnante, pour représenter le physicien Tesla dans Le Prestige (2006).
Mais ce n’était plus vraiment ça - et musicalement non plus, puisque Bowie est demeuré dix ans sans rien produire.

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Blackstar, sorti en 2016, la semaine dernière, est encore trop récent pour qu’on en ait pris toute la mesure.

Peut-êtrel fut-il surtout Ziggy Stardust et Aladdin Sane, hétéronymes inoubliables.

Good bye, Major Tom ! Have a good night in the black sky ! Being seeing you ! (4).

Lucien Logette et Anne Vignaux-Laurent
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Victor Serge, S’il est minuit dans le siècle, Grasset, 1939.

2. Frédéric Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra (IVe partie), Le Chant d’ivresse, 1883-1885.

3. Frédéric Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra (IVe partie), Le Signe, 1883-1885.

4. Bowie, toujours :

Naturellement tout le monde se demande si Lazarus ne serait pas le song-testament de Bowie. Deux éléments compliquent peut-être un peu ce qui semble trop directement intelligible :

* Po Lazarus est une vieille chanson folk chantée par Woody Guthrie.
Dead or alive, it’s a hard road...

* Lazarus Effect est un film d’horreur de David Gelb (2015).

Lazarus
 


 

PS de Olivier Varlet :

Jeune Cinéma en ligne directe
Journal de Hushpuppy (jeudi 14 janvier 2016)

"À la filmographie de David Bowie, j’ajouterais Labyrinthe.
Je l’avais vu enfant, il a longtemps peuplé mon imaginaire. Quand je l’ai revu adulte, il perdu en ampleur. Mais s’il m’est devenu naïf, reste le charme de ces films faits-main où les effets spéciaux ne sont que quelques ombres et marionnettes dont le grotesque et le papier-mâché crée l’envie de rêver, de s’emporter au-delà de soi-même. Comme les chansons de Bowie, comme ses personnages plus grands que la vie.

Et impossible d’oublier les deux génériques de Lost Highway, aussi bien pour le ruban de Möbius qu’y crée Lynch que pour la folie qu’y instille le cri intérieur, retourné sur lui-même, de la chanson l’m Deranged de Bowie."

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