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Jeune Cinéma n°371-372 - mars 2016
Édito et sommaire
publié le samedi 12 mars 2016

JEUNE CINÉMA n°371-372, mars 2016

Couverture :
Hommage à Freewheelin’ de Dylan : Charlotte Gainsbourg et Heath Ledger, I’m Not There (Todd Haynes, 2007)

Quatrième de couverture :
Numéro spécial de Jeune Cinéma : Ettore Scola (JC n°278, octobre-novembre 2002).

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ÉDITO JC n° 371-372, mar 2016

 

Les mois de janvier sont meurtriers : en dix jours, entre le 19 et le 29, Ettore Scola et Jacques Rivette ont achevé leur trajectoire.

Le second a souvent retenu l’intérêt de la revue, lorsque ses films nous semblaient le mériter - et le dernier numéro, avec son ensemble sur Out 1 : Noli me tangere, en est la preuve.
Nous reviendrons prochainement dans le détail, sans hagiographie et avec le recul critique qui convient, sur l’importance véritable de son rôle, théorique et pratique, au cours du dernier demi-siècle.

Mais c’est évidemment la disparition du premier qui nous a frappés, collaborateurs anciens et nouveaux. Tous ses films ont été abordés ici, de Drame de la jalousie (JC n° 48, juin 1970) à Qu’il est étrange de s’appeler Federico (n° 364, hiver 2015). (1)

Mais, surtout, Scola était un familier de la maison, par l’intermédiaire de Andrée Tournès, son amie de longue date.
C’est grâce à l’obstination fidèle de notre directrice que Jeune Cinéma a pu lui dédier un numéro entier (JC n° 278, octobre 2002), première monographie française consacrée à l’auteur de Belfagor le Magnifique. Qui avait tenu à participer à notre numéro hors série en hommage à Andrée - "Je me souviens de son sourire" écrivait-il.

Nous nous souviendrons longtemps du sourire d’Ettore et les rencontres italiennes d’Annecy n’auront plus la même saveur puisqu’il n’y apparaîtra plus, comme l’an passé encore.
La presse unanime a salué "le dernier des grands cinéastes italiens", oubliant que les frères Taviani et Ermanno Olmi sont, par bonheur, toujours actifs.
Télérama a même célébré le "maître de la comédie à l’italienne".
Pourquoi pas, si l’on admet que Drame de la jalousie, La Plus Belle Soirée de ma vie, Nous nous sommes tant aimés, Affreux, sales et méchants, Une journée particulière, La Nuit de Varennes, Le Bal, Passion d’amour, Le Dîner sont des films désopilants.

Dans la trentaine de titres qu’il a signés, une dizaine, guère plus, et ce ne sont pas ceux que l’on préfère, appartient au genre comique.
La paresse qui consiste à mettre dans le même sac de la comédie made in Italy des cinéastes aussi dissemblables que Scola, Germi, Risi, Comencini ou Monicelli ne cessera donc jamais ?
Scola, plus que tous ses contemporains, fut un observateur critique des espoirs, des illusions et désillusions de la société italienne. Un lecteur nous rappelle sa déclaration : "Je suis orphelin du communisme", et l’on cherche en vain un équivalent français à un film aussi poignant que La Terrasse.
S’il s’est tu assez tôt - il n’avait que 72 ans au moment de Gente di Roma (2003) -, c’est peut-être par fatigue devant la difficulté inhérente au financement d’un projet, mais peut-être aussi par manque de projet : il avait dit tout ce qu’il avait à dire et son ultime film sur la jeunesse de Fellini peut être considéré comme un zoom arrière, une façon de tirer le rideau sur son époque.

Comme le cinéma français continue après Resnais et Rivette, le cinéma italien continuera après Rosi et Scola.
Forcément pour nous un peu différent, mais toujours vivace, comme le montrent les vingt-cinq pages de ce numéro qui lui sont offertes : ce n’est pas parce que les spectateurs français n’en voient que des bribes que nous devons rompre avec notre tradition cinquantenaire de tenter chaque année d’en rendre compte. Même (et surtout) si ce n’est pas à la mode.

Comme pour nourrir la nécrologie de la proche cérémonie des César, d’autres décès sont venus obscurcir ces deux derniers mois, ceux de Michel Galabru et de Andrzej Zulawski. (2)

La filmographie de Galabru, sur le site IMDB, répertorie 286 titres. À force de le voir surgir au détour des comédies les plus ahurissantes, Le plumard en folie ou Y a un os dans la moulinette, on pensait qu’il y en avait bien le double. Il pouvait être étonnant - toute la presse a salué son premier rôle dramatique dans Le Juge et l’assassin, en oubliant son extraordinaire numéro de flic pourri, l’année précédente (1975) dans Monsieur Balboss du trop méconnu Jean Marbœuf -, il s’est souvent contenté de faire ce que l’on attendait de lui, du Galabru, et c’est dommage.

Quant à Zulawski, la nouvelle vision de La Jalousie (2000) sur une chaîne publique, a confirmé le peu d’appétit que nous avons toujours eu, à titre personnel, pour ses films à l’épate - exceptons-en La Troisième Partie de la nuit, sa première œuvre (1971), pour laquelle il mérite de demeurer dans nos mémoires.

L’attente des César tourneboule la petite planète du cinéma hexagonal.
On nous pardonnera de ne pas y attacher autrement d’importance, pas plus qu’au palmarès des Oscar ou aux classements de fin d’année, incapable que nous sommes déjà de nous souvenir des lauréats de l’an dernier. Mais il paraît que c’est une fête nécessaire pour le moral de la famille, des producteurs aux techniciens (dont il faut reconnaître que c’est pour eux une rare occasion d’émerger dans la lumière). Les beaux atours vont sortir des placards, certains repartiront chargés d’une belle œuvre d’art après avoir remercié leurs proches, bravo.

Nous avions salué, en décembre 2015, le nouveau directeur de la Cinémathèque française. Il n’a pas encore eu le temps d’imposer sa marque à la vénérable maison, dont la programmation d’ici l’été est irréprochable - Hou Hsiao-hsien, Jean Gabin, Raul Ruiz, Gus Van Sant, Pierre Richard, et Michèle Rosier.
Souhaitons-lui de patronner un festival Toute la mémoire du monde 2016 plus pertinent que celui concocté en décembre dernier : décréter monuments patrimoniaux Paul Verhoeven (Robocop en gala d’ouverture !) et Dario Argento, c’est prendre les cinéphiles parisiens pour des benêts. Heureusement, seulement quatre mois nous séparent de Bologne et de Il Cinema Ritrovato, d’une tout autre dimension.

Dans ce numéro d’hiver printanier, dont la diversité nous ravit - rarement un sommaire aura été aussi varié -, on remarquera que l’actualité tient une place réduite.
Non qu’il y ait moins de films notables à chroniquer. Mais une des faiblesses de Jeune Cinéma a toujours tenu à sa parution trop espacée qui conduisait à traiter de films disparus au moment où le numéro venait sous les yeux des lecteurs.

Désormais, le site de la revue, permet de compenser ce manque et de couvrir directement les films qui valent de s’y arrêter. On se réjouit de son succès croissant. Un œil sur la revue papier, l’autre sur l’écran de l’ordinateur, le lecteur de Jeune Cinéma est un amateur comblé.

1. Voir Calindex.
2. François Dupeyron est venu s’ajouter à la liste.

Lucien Logette
Jeune Cinéma n°371-372, mars 2016



SOMMAIRE JC n°371-372, mars 2016

 

Du monde entier
 

* Todd Haynes : Un cinéma impur, par Patrick Saffar.
* Carol, par Philippe Roger.
* Andrzej Wajda et la Pologne imaginaire, par Andrea Grunert.

Cinéma italien
 

* Annecy 2015, par Lucien Logette.
* Annecy 2015, par Bernard Nave.
* Rencontre avec Sergio Castellito, par Bernard Nave.
* Rencontre avec Gian Luca Farinelli, par Lucien Logette & Bernard Nave.
* Villerupt 2015, par Jean-Max Méjean.
* Pesaro 2015, par Bernard Nave.

* Carlos Saura, les années rebelles, par Gisèle Breteau Skira.
* Proche Orient : ce que peut le cinéma ? par Marceau Aidan.

Festivals
 

* Aubagne 2015, par Daniel Guffroy.

Cinéma français
 

* Le Chanteur, par Jean-Max Méjean.
* Rencontre avec Rémi Lange et Sophie Blondy, par Jean-Max Méjean.

Documentaires
 

Retour sur Jésus et l’Islam, par René Prédal.

Patrimoine
 

* Monsieur Hulot en vacances à Saint-Marc, par Daniel Sauvaget.
* Inferno 2 : Orson Welles, par Jean-Paul Combe & Vincent Heristchi.
* Notes sur Alexander Mackendrick, par Vincent Dupré.
* The Thing de John Carpenter, par Jérôme Fabre.
* Retour sur Andrzej Munk, par Robert Grélier.

Animation
 

* Les Films du Nord, par Jean-François Camus.

DVD
 

* Glanures, de Akira Kurosawa à Rodolphe Tissot, par Philippe Roger.
* Pierre Barouh, Stéphane Hessel, Buster Keaton, par Robert Grélier.

Actualités
 

* The Assassin, par Gisèle Breteau Skira.
* La Passion d’Augustine, par Jean-Max Méjean.
* Brooklyn, par Jean-Max Méjean.
* Tempête, par Gisèle Breteau Skira.
* No Land’s Song, par Gisèle Breteau Skira.
* Volta a terra, par Gisèle Breteau Skira.

Livres
 

* Nos dimanches soirs de Jérôme Garcin, par René Prédal.
* Lectures relues (Raymond Chirat, Freddy Buache, Frédéric Vitoux), par Bernard Chardère.
* Léo Malet et le cinéma de Claude Gauteur, par Lucien Logette.

JEUNE CINÉMA n°371-372, mars 2016



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