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Massacres à Paris (17 octobre 1961)
Brèves et filmographie
publié le dimanche 17 octobre 2021

Jeune Cinéma en ligne directe
Journal de Hushpuppy 2016 (lundi 17 octobre 2016).
Journal de Abla 2020 (samedi 17 octobre 2020).

Des massacres à Paris, il y en a eu beaucoup dans l’histoire.
Mardi 17 octobre 1961 : Massacre des Algériens à Paris.

Cf. Filmographie infra.

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Dimanche 17 octobre 2021

 

On se retrouve à 15h00 du Grand Rex, on va vers le Pont Saint-Michel.

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Les 17 octobre, le site de Jeune Cinéma les commémore chaque année depuis sa création en 2014.
Et tous les collaborateurs de Jeune Cinéma papier, né en 1964, savent que les fondateurs, Jean Delmas, Ginette Gervais-Delmas et Andrée Tournès avaient signé le Manifeste des 121, et avaient témoigné au procès Jeanson.

Cf. la filmographie sur la Guerre d’Algérie.

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Mais cette année 2021 est particulière, puisqu’il s’agit du 60e anniversaire d’un massacre, à Paris, injustifiable, juste quelques mois avant les Accords d’Évian, le 18 mars 1962, qui mirent fin à cette "guerre sans nom", comme l’appelait Bertrand Tavernier, en 1992.
Tellement injustifiable et tellement terrifiant, d’ailleurs, ce masacre, qu’il est demeuré longtemps soigneusement masqué par les autorités.

Nous, on se souvient. On était collégien ou étudiant. Seuls ceux d’entre nous qui militaient étaient au courant de la manifestation pacifiste annoncée contre un couvre-feu décrété spécialement pour les "Français musulmans d’Algérie". Elle devait partir du bidonville de Nanterre.

Cf. Vivre au paradis de Bourlem Guerdjou (1998).


 

Cette ignorance générale, outre l’interdiction par le préfet de police Papon, explique aussi, la faible mobilisation médiatique. Ce soir-là, il n’y avait pas de journaliste dans les rues, et un seul photographe, Elie Kagan (1928-1999), qui couvrait toutes les manifs du temps.
Ni la radio ni la télé ne parlèrent de la manif. Longtemps, on n’a pas eu le souvenir d’une quelconque dénonciation, on avait juste retenu le communiqué officiel du lendemain, la mort de trois Algériens et d’un flic, des "heurts". On n’était pas tellement surpris alors, vu les attentats contre les policiers, les commissariats parisiens étaient équipés de guérites en béton pour protéger les flics en faction. Il faut aussi se souvenir que l’opinion publique du moment, si elle en avait marre de la guerre qui durait depuis bientôt sept ans, était pour la paix, mais pas du tout pro-algérienne. Le putsch de Salan avait échoué, mais plus à cause de la lassitude de la population hexagonale que par un soutien politique. Le FLN restait l’ennemi, et l’OAS, créée en février 1961, n’était pas encore si mal considérée, avant les attentats de l’année suivante.

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On peut dire que le massacre du 17 octobre 1961 n’a fait hurler que les concernés, une petite frange, les signataires du Manifeste des 121 (octobre 1960), ou bien les militants qui protégeaient la nuit les domiciles des grands engagés, comme Pierre Vidal-Naquet (1930-2006) et son journal clandestin Vérité-Liberté, ou Maurice Pagat (1928-2009 (Témoignages et Documents) - mal vus par les forces de gauche.
Rappelons que le PCF dénonçait les 121 comme "des petits-bourgeois gauchistes" détournant "le travail de masse à faire au sein du contingent"…

On n’a pas de souvenir non plus de beaucoup de commentaires sur le regroupement des raflés au Palais des Sports. Benjamin Stora, au début de l’année 2021, a remis au gouvernement un rapport pour "dresser un état des lieux juste et précis du chemin accompli en France sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie". D’après lui, il y en aurait eu 14 500, des Algériens détenus dans des conditions ignobles.

Plus tard, on a commencé à repêcher des dizaines de cadavres d’Algériens dans la Seine. Jacques Panijel et le Comité Maurice-Audin commencèrent alors, très rapidement, le tournage de Octobre à Paris, terminé en février 1962.


 

Le film a été immédiatement interdit, mais il a quand même eu une grande diffusion sous le manteau, à travers les ciné-clubs complices et les associations militantes. Même tardivement, comme - souvenir personnel - en mars 1966, à la Maison de la culture de Caen. De toutes façons, l’événement avait disparu rapidement des mémoires, après les morts de Charonne en février 1962. Puis, la fin de la guerre, le 22 mars 1962, avait jeté un voile : il fallait oublier tout ça.


 

Des années plus tard, après vérification dans les archives de la presse du lendemain, le mercredi 18 octobre 1961, on a pu constater que L’Humanité avait titré en Une : "Plus de 20 000 Algériens ont manifesté dans Paris. Combien de morts ?", et décrit la situation au début de la manif : "Il y avait des femmes qui scandaient des youyous, il y avait des enfants que les travailleurs algériens avaient amenés avec eux. Mais en plusieurs endroits les policiers et les CRS ont chargé et tiré. "
Un envoyé spécial de Libération (l’ancien, celui de Emmanuel d’Astier) avait essayé de pénétrer dans le Parc des expositions, où on avait parqué les manifestants (ainsi que dans le stade Coubertin et le Palais des sports), et il avait entendu des cris de douleur.
Du coup, on a aussi découvert ce que disait France Soir  : "Ray Charles pourra chanter ce soir. Après le passage du service de désinfection, le Palais des sports a retrouvé son aspect habituel".

Ce n’est qu’en 1983 que Didier Daeninckx, éveilla les souvenirs refoulés en publiant Meurtre pour mémoire, c’était une découverte pour presque tout le monde.

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Dans les années 1980 et 1990, on s’occupa sérieusement du préfet Papon et de ses hauts faits d’arme, depuis des décennies. Il fut condamné le 2 avril 1998, pour complicité de crimes contre l’humanité, mais il s’agissait seulement de son "concours actif" à la déportation des Juifs bordelais, pendant la WWII.

Pour les Algériens, une plaque en 2001 sur le quai Saint-Michel, une reconnaissance à mots couverts en 2007, "répression sanglante" dit-il, une stèle en 2019, une gerbe en 2021, avec un nom prononcé, quand même : "Les crimes commis cette nuit-là sous l’autorité de Maurice Papon sont inexcusables".
Mais toujours pas de bilan précis de la nuit infamante, ni de reconnaissance d’un "crime d’État".
Et puis, il manque probablement quelques réponses adjacentes, par exemple, qui donc conduisait les bus de la RATP, qui ont menés les raflés du Pont de Neuilly à la Porte de Versailles ? Les trains qui ont conduit les Juifs à Auschwitz, étaient-ils des trains allemands ?
Papon, lui, est mort très vieux, dans son lit, et a été enterré avec sa légion d’honneur.


 

Alors ces deux jours de 2021,tout le monde s’y met. Les commémorations huilent les bonnes consciences, c’est bien connu. Ceux qui n’ont jamais oublié ne s’en plaignent pas - même s’il est permis de ricaner en douce devant les opportunismes -, et les jeunes qui n’ont jamais su peuvent ainsi en apprendre de belles qui font leur éducation.
Quant aux responsables directs, ils sont morts, et leurs descendants idéologiques, les grands racistes tonitruants se font moins bruyants, au moins ce week-end.


 

Bonne lecture, parmi tant d’autres :

* Fabrice Riceputi, Ici on noya les algériens. La bataille de Jean-Luc Einaudi pour la reconnaissance du massacre policier et raciste du 17 octobre 1961, préface de Gilles Manceron, Paris, Le passager clandestin, 2021.

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Samedi 17 octobre 2020

 

Le 5 octobre 1961, à Paris, est établi un couvre-feu spécial pour les Nord-Africains, ce couvre-feu ciblé est discriminatoire, raciste, anticonstitutionnel, dénoncé par la gauche et le centre. Papon le sait, qui présente le couvre-feu en euphémisme : "Il est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et plus particulièrement entre 20h30 et 5h30 du matin."

Le 17 octobre 1961, à partir de 17h00, commence une manifestation pacifique, préparée en secret, hommes, femmes et enfants en habits du dimanche, silencieux et scrupuleusement désarmés, venus des bidonvilles des banlieues, défilent dans les grandes artères de la capitale, pour appeler au boycott.

Les cars et autobus de la police déboulent, rafflent les manifestants, les parquent au Parc des expositions, au stade Pierre-de-Coubertin, au Palais des sports. Forcément, il y a quelques blessés, dans les stades, dans les cars, dans les commissariats. Les sévices durent jusqu’au jusqu’au 20 octobre 2020, le Palais des sports devant être libéré pour accueillir Ray Charles.

Ray Charles au Palais des sports à Paris le 22 octobre 1961, c’est un beau concert.

Ce n’est que plus tard, quand on trouvera les cadavres flottant dans la Seine, qu’on soupçonnera qu’il y a eu un massacre, puis qu’on le dénoncera.

On rend hommage aux photographes qui ont témoigné : Élie Kagan (1928-1999) et Georges Azenstarck (1934-2020), qui vient de mourir le 2 septembre 2020

Aujourd’hui, la Ligue des droits de l’Homme appelle à un rassemblement, à 18h00 au Pont Saint-Michel à Paris, où a été apposée une plaque.

La vieille ARAC, l’Association républicaine des anciens combattants, des combattants pour l’amitié, la solidarité, la mémoire, l’antifascisme et la paix, fondée en 1917, notamment par Henri Barbusse et Boris Souvarine, ça ne lui suffit pas, une plaque.

Elle demande la reconnaissance du crime par l’État.
En 2021, ça fera 60 ans, il serait temps.

Sur France Culture.

Bonnes lectures :

* Élie Kagan, Jean-Luc Einaudi & Thérèse Blondet-Bisch, 17 octobre 1961, Arles, Actes Sud, 2002.

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* Georges Azenstarck & Gérard Mordillat, Les Rudiments du monde, Paris, Eden, 2002.

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Lundi 17 octobre 2016

 

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* 17 octobre 1961 : Une manif contre le couvre-feu imposé aux seuls Algériens est réprimée. 3 morts. Circulez, y a rien à voir.

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Pourtant, c’est la "ratonnade" du siècle.
Ce jour-là et les jours suivants, des centaines d’Algériens sont massacrés et torturés à Paris alors qu’ils manifestaient dans la paix et le silence.
 

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* 17 octobre 1991 : Petite rectification, "au moins 200 victimes".
 

* 17 octobre 2001 : On commémore.
On pose une plaque, Quai Saint-Michel.

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* 17 octobre 2011 : Du nouveau dans Le Monde Diplomatique de novembre 2011.

* 17 octobre 2012 : le Président de la République déclare que "le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes."

Des crimes d’État ? Où ça, des crimes d’État ?

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* 17 octobre 2016 : 55 ans ans plus tard, la France n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans ses guerres coloniales. Aujourd’hui, la Guerre d’Algérie.

À 18h00 : Rendez-vous au Pont Saint-Michel.
Pour demander que que la création d’un lieu de mémoire, voté par le Sénat en octobre 2012, soit enfin mise en œuvre, et que les archives soient ouvertes afin que les chercheurs (et tous les citoyens) y aient accès.

No Justice no Peace ;
Les grands chefs de la planète, même illégitimes ou stupides (ce qui arrive), devraient faire un effort pour comprendre - et prendre en considération - ce slogan, le plus simple et le plus juste. C’est leur intérêt.
 



Filmographie

 

Les films qui témoignent de cet épisode post-colonial (documentaires, fictions, webdocs, longs, courts), et qui figurent dans notre Filmographie Guerre d’Algérie.

* Octobre à Paris de Jacques Panijel (1961).

* La Guerre d’Algérie de Yves Courrière & Philippe Monnier (1972)

* Mémoires en blanc de Denis Lévy (1981). Catalogue du Forum des Images de Paris.

* Les Sacrifiés de Okacha Touita (1982).

* Le Silence du fleuve de Agnès Denis & Mehdi Lallaoui (1991). Catalogue du Forum des Images de Paris.

* Une journée portée disparue de Philip Brooks & Allan Hayling (1992).

* Douce France. La Saga du mouvement beur des années 80 de Mogniss Abdallah & Ken Fero (1993).

* Mémoires d’immigrés de Yamina Benguigui (1997). Épisode 1, "Les Pères".

* Vivre au paradis de Bourlem Guerdjou (1999).

* Enfants d’octobre de Ali Akika (2000).

* 17 octobre 1961, retour de mémoire de Virginie Delahautemaison (2001).

* Dissimulation d’un massacre de Daniel Kupferstein (2001).

17 octobre 1961. Dissimulation d'un massacre from Daniel Kupferstein on Vimeo.

* Une guerre sans nom dans Paris, une nuit d’octobre 1961 de Aude Touly (2001).

* Mémoires du 17 octobre 1961 de Faïza Guène & Bernard Richard (2002).

* Témoignages d’octobre de Sébastien Pascot (2002)

* Nuit noire de Alain Tasma (2005).

* Caché de Michael Haneke (2005).

* Les Oubliés de 61 de Aude Touly (2006).

* Hors la loi de Rachid Bouchareb (2010).

* Musulmans de France de Karim Miské & Mohamed Joseph (2010). Épisode 2, Immigrés.

* Ici on noie les Algériens de Yasmina Adi (2010).

* Octobre noir, Malek, Saïd, Karim et les autres... de Aurel & Florence Corre (2011).

* 17.10.61 du Collectif Raspouteam (2011).

* La Nuit oubliée - 17 octobre 1961 de Thomas Salva & Olivier Lambert (2011).

* L’Ordre français : 17 octobre 1961 de Jean-Jacques Beryl (2013).

* Jour de pluie de Jhon Rachid (2017).

Bonne référence : Le Musée de l’immigration, et sa médiathèque Abdelmalek-Sayad



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