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Minamata (1971)
de Noriaki Tsuchimoto
publié le vendredi 20 avril 2018

par Jean Delmas
Jeune Cinéma n°66, novembre 1972

Festival de Pesaro 1972, inédit en France

Cf. aussi le témoignage de Noriaki Tsuchimoto (1928-2008).

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Dans le film de Noriaki Tsuchimoto, Minamata. Les Victimes et leur monde, on retrouve la même beauté que dans les films de Shinzuke Ogawa, due à la seule présence de l’homme, la même bonté aussi. (1)

Il y a maintenant 17 ans, dans ce village de pêcheurs, des composés de mercure, déversés dans la mer par une usine chimique, répandaient une maladie terrible qui s’attaque aux fonctions motrices du cerveau.

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La maladie laissait derrière elle des dizaines de morts, des infirmes, des enfants nés, irrémédiablement malformés. Longtemps la compagnie polluante réussit à étouffer le scandale, en niant "la maladie de Minamata" comme telle. Le film, vu par 220 000 spectateurs, contribua sans doute à briser le silence. (2)

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À travers une enquête que la peur rend difficile, le film est le constat du mal, faite par des hommes qui ne parviennent pas à s’abstraire de ce mal, ni à s’arracher aux victimes.
Il est aussi un constat de la vie. Un vieux pêcheur de poulpe, au parler et aux gestes savoureux, des femmes qui préparent l’appât avec autant de minutie attentive et raffinée qu’elles font leur propre cuisine (car "si le poisson vient manger, c’est parce que c’est bon"). On pense d’abord que c’est un hors d’œuvre inutile dans un film qui est d’abord politique, mais on comprend vite que c’est cela qui donne vie à ce film politique.

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Car il l’est, politique, ce film.
Pour la première fois au lieu de parler sur la pollution - cataplasme de mots que nous connaissons bien - on nous montre des hommes qui luttent contre les responsables de cette pollution. Ce responsable, ce coupable a un nom : Société Chisso.
La caméra est là pour dénoncer et se battre.

La longue approche qui permet le constat suffirait pour en fair un très beau documentaire. Les propos sages et drus des pêcheurs, l’intelligence constatée dans le regard d’un enfant qui n’a plus d’autre moyens de l’exprimer, l’explosion de joie narquoise chez les victimes à l’idée qu’en se cotisant pour acheter des actions, on pourrait avoir droit à la parole à la Chisso, tous ces traits d’humanité accumulés pourraient en faire un des grands documentaires de l’histoire du cinéma.

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Mais il y a là, de surcroît, comme dans les films de Ogawa, une volonté et un art de convaincre avant de porter à l’action. L’enquête est coupée par des inserts sur la solidarité qui se développe à travers le Japon. Et, quand le témoin du film est bien dans le coup, explose alors le finale avec le procès de 1971.

Les victimes avec leurs grands chapeaux blancs font bloc dans la salle, les hymnes bouddhiques sont ponctués par les clochettes frénétiquement agitées, puis les prières se font tocsin, le tribunal est pris d’assaut, et advient la débandade des hommes de la Chisso et de leurs complices.

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Tant de films dits "politiques" faits à travers le monde, tant de bavardages sur la pollution, ne pèsent pas lourd devant ceux de Ogawa et de Tsuchimoto, parce qu’ici la politique n’est pas application laborieuse d’un catéchisme "idéologique", mais faits vécus par des hommes, vie quotidienne et action pour des jours meilleurs mêlées.
Et parce que ces faits sont revécus par les cinéastes, lié à leurs vies, solidaires de leurs actions.

Jean Delmas
Jeune Cinéma n°66, novembre 1972
Festival de Pesaro, septembre 1972

1. Cf. Entretien avec Shinzuka Ogawa et Sur trois films de Shinzuka Ogawa.

2. L’usine pétrochimique de la compagnie Shin Nippon Chisso était installée à Minamata, sur l’île de Kyushu, au sud du Japon et déversait ses déchets, métaux lourds et mercure, dans la mer depuis 1932. Les premiers cas de la maladie de Minamata furent enregistrés en 1956. Bilan officiel : 13 000 personnes dont 900 morts. L’État japonais indemnisa une partie de la population. La fermeture du site dura deux ans (1966-1968) et l’entreprise fut condamnée par la justice. La baie de Minamata a été partiellement dépolluée.

Minamata. Les Victimes et leur monde (Kanja-san to sono sekai). Réal : Noriaki Tsuchimoto ; ph : Kôshirô Ôtsu (Japon, 1971, 105 mn). Documentaire.



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