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JC n°402-403 - octobre 2020

publié le lundi 12 octobre 2020
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Couverture : Noël Godin et Jean-Marc Rouillan dans Faut savoir se contenter de beaucoup de Jean-Henri Meunier (2015)

Quatrième de couverture :
Pour la plaisir des amateurs XXXVII. Portrait autographié de Zarah Leander (coll. Claude Blanvillain).

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ÉDITO JC n° 402-403, octobre 2020

 

Nous étions heureux de commencer ce numéro joyeusement, en annonçant la parution du Jeune Cinéma hors série spécial Bernard Chardère, rassemblant, à l’occasion de son 90e anniversaire, tous ses textes publiés dans la revue depuis le n° 1, en 1964.

Malheureusement, nous avons appris la disparition, le 1er octobre 2020, de Jacques Chevallier.
Il avait cessé d’écrire pour la revue à partir de l’été 2010, à cause d’une vision désormais défaillante (1). Mais durant les vingt années précédentes, il fut un collaborateur exemplaire - plus de deux cent trente articles entre le n° 207 et le n° 336-337 -, dont la compétence, la justesse et la qualité d’écriture faisaient de ses papiers un régal pour les lecteurs.
Maquisard alors qu’il était encore adolescent, militant à Peuple et Culture, créateur de Image et Son (2) dont il fut le rédacteur en chef, il méritait amplement les qualificatifs décernés par l’ouvrage La Critique de cinéma en France (3) : "rectitude, modestie, intelligence, rigueur et clarté" (il manquait seulement "générosité ") - il n’y avait là aucune flagornerie.
On en trouvera confirmation plus loin, où nous avons reproduit un de ses textes anciens, à propos d’un film récemment réédité. Nous étions contents d’adresser ce clin d‘œil imprévu à celui qui était resté un abonné fidèle. Le rendez-vous est raté. Mais nous reviendrons plus longuement sur cette figure remarquable, dont tous les articles seront peu à peu repris sur le site de la revue. En plus d’être un "honnête homme" versé dans bien d’autres sujets que le cinéma, il cultivait l’amitié comme un des Beaux-Arts. Forever young, il aurait eu 94 ans en janvier 2021.

À la question que nous posions dans le n° 401, à l’aube du déconfinement - "les spectateurs sauront-ils retrouver le chemin qui mène aux salles de cinéma ?" -, la réponse n’est pas nette.
Certes, ils sont revenus, lorsque le film était attendu - Tenet de Christopher Nolan -, mais pas en nombre suffisant pour satisfaire les exploitants, en particulier les indépendants. Il faut reconnaître que l’incertitude de la situation générale et l’évolution des interdits en fonction des courbes sanitaires ne facilitent pas l’envie de sortir de son repaire et d’aller découvrir le vaste monde offert par les écrans.
Il faut surtout reconnaître que les distributeurs n’ont pas grand-chose à proposer pour éveiller les désirs, les blockbusters étant renvoyés aux calendes. Si l’on considère la dernière semaine de septembre 2020, les quatorze titres nouveaux (dont cinq documentaires et deux films d’animation) et les deux reprises au programme ne risquent pas d’inciter le grand public à quitter ses écrans domestiques. Et tant pis pour les deux titres si rares de Ida Lupino, que seuls iront voir les amateurs qui savent son importance dans ce couteau sans lame ni manche qu’est le cinéma américain féminin des années 50. Alors, ce mois-ci, Last Words, Drunk, Adieu les cons, vont-ils changer la donne ? On l’espère, eu égard à la sympathie éprouvée pour Jonathan Nossiter, Thomas Vinterberg et Albert Dupontel. Sans trop y croire, hélas. Le monde a changé.

Et dans ce monde qui change, les festivals s’accrochent, vaille que vaille. Ce qui n’est pas simple, lorsque que l’on n’est pas Le Puy du fou, que l’organisation est à la merci des statistiques médicales et qu’un décret peut n’autoriser qu’un millier de spectateurs alors que quatre mille ont déjà leur billet.
Lumière 2020, festival lyonnais de référence, en fera l’expérience dans les jours qui viennent. Ce qui n’empêche pas son programme - les Dardenne, Clarence Brown, Joan Micklin Silver, parmi bien d’autres - d’être aussi alléchant qu’à l’accoutumée, même avec un masque et sans voisin de fauteuil. Mais il y a quelque chose de (provisoirement) disparu, comme nous l’avons éprouvé à Bologne et à Venise : le plaisir insoucieux de la vision collective. Si les festivals ne sont plus festifs…

Les Oscars le seront-ils ? La récente réglementation, qui conditionne l’obtention du trophée à des critères précis - rôles importants provenant d’un groupe ethnique sous-représenté ou 30% des rôles secondaires provenant de deux groupes sous-représentés ou intrigue axée sur un groupe sous-représenté -, délimite assez exactement la bêtise normative contemporaine, nouveau code Hays de la bien-pensance.
Ainsi, donc, pas de médaille envisageable pour La Passion de Jeanne d’Arc, Vertigo, À bout de souffle ou Scènes de la vie conjugale - sauf si on considère comme sous-groupes les femmes-soldats illuminées, les blondes à chignon spiralé, les vendeuses de journaux à la criée ou les femmes trompées. Et Parasite l’a échappé belle, qui ne répondait à aucun des critères énoncés, le lumpen n’étant pas dans la liste.

Pas de sous-groupes ethniques ou de minorités exploitées au sommaire de ce numéro anniversaire (on compte les mois d’octobre qui nous séparent du soixantième), mais une diversité digne des quatre cent un précédents : du classique, du moderne, de l’inconnu, du différent. Personne ne connaît Jean-Henri Meunier, trop peu sont familiers avec Jan Svankmajer, nombreux sont ceux qui prennent Tatsuya Nakadai pour Takashi Shimura et inversement. Voici donc 180 pages emplies à ras bord de découvertes.

Deux ouvrages viennent de paraître, l’un et l’autre consacrés à Claude Chabrol, abordé de façon fort différente : l’un signé Laurent Bourdon, Tout Chabrol (LettMotif), encyclopédique, à l’image de son Dictionnaire Hitchcock et de son Définitivement Belmondo, l’autre, Claude Chabrol (Gremese), dû à Patrick Saffar, dont on apprécie ici les (trop rares) "divagations".
Deux approches complémentaires que nous examinerons en leur compagnie dans le prochain numéro, qui contiendra d’autres dossiers auxquels nous tenons, sur Gérard Mordillat et sur Pierre Prévert, dont L’affaire est dans le sac et Voyage surprise vont enfin redevenir accessibles – merci, père Noël.

Lucien Logette
 

1. Certains articles parus après 2010 avaient été écrits antérieurement. Son dernier article date, en fait, de sa contribution au numéro spécial hors série d’octobre 2012, dédié à Andrée Tournès (1920-2012).

2. Cf. sur le site des index des revues Calindex :
* Les articles de Jacques Chevallier entre 1957 et 2014.
* Cinéma.
* Image et son - La Revue du cinéma
* Jeune Cinéma.

3. Michel Ciment & Jacques Zimmer, éds., La Critique de cinéma en France, Paris, Ramsay, 1997.



 

SOMMAIRE JC n°402-403, octobre 2020

 

Cinéma français
 

* Les seconds longs métrages des ténors de la Nouvelle Vague, par René Prédal.
* Jean-Henri Meunier, enfant du désordre, par Anne Vignaux-Laurent.

Du monde entier
 

* Tatsuya Nakadai, l’art du minimalisme, par Andrea Grunert.

Entretien
 

* Rencontre avec Raoul Sangla, par Nicolas Villodre.

Festivals
 

* Viva il cinema !, Tours 2020, par Jenny G. Chevallier.
* Cluj-Napoca 2020, par Jean-Max Méjean.
* Angoulême 2020, par Alain Souché.

Documentaires
 

* Dawson City : le temps suspendu, par Francis Guermann.
* Paul Henley, L’Aventure du réel, par Nicolas Villodre.

Patrimoine
 

* Bo Widerberg, l’autre Suédois (III), par Gérard Camy.
* Retour sur Jean Devaivre, par Robert Grélier.
* Revoir Alice Guy, par Nicole Gabriel.
* Inferno 24 : La communion possible, par Jean-Paul Combe & Vincent Heristchi.

Animation
 

* Jan Svankmajer, le dessein inanimé, par Louis Lopparelli.

DVD

* Glanures, d’Abel Gance à Mark Rappaport, par Philippe Roger.
* Chronique de l’automne 2020, par Jérôme Fabre.
* Du côté de L’Avant-Scène Cinéma : Xiao-Yen Wang, Nicolas Castro, par Lucien Logette
* Luciano Emmer & Laura Venturi, par Nicolas Villodre.
* Mocky toujours là, par Lucien Logette.
* René Clair, Pablo Rosenblatt & Émilie Desjardins, par Robert Grélier.
* Florence Strauss, par Gisèle Breteau Skira.

Cinéma et Peinture
 

* Hector Obalk, Du Grand Art, par Robert Grélier.

Actualités
 

* Hommage à Jiri Menzel, par Nicole Gabriel.
* Maudit !, par Philippe Roger.
* Rocks, par Nicole Gabriel.
* Blackbird, par Gisèle Breteau Skira.
* Pierre Cardin, par Gisèle Breteau Skira.
* La Femme qui s’est enfuie, par Nicole Gabriel.
* Michel-Ange, par Gisèle Breteau Skira.
* Un soupçon d’amour, par Philippe Roger.
* Drunk, par Gisèle Breteau Skira.
* Tenet, par Bernard Nave.
* We Are Soldiers, par Jean-Max Méjean.

Livres
 

* Gaston Bounoure, Humphrey Bogart, par René Prédal.
* Luc Béraud, Les Lumières de Lhomme, par Lucien Logette.
* Chute du cordon ombilical, par Pierre Lhomme.
* Domonique Delouche, Les Nuits de Cabiria de Federico Fellini, par Lucien Logette.
* Charlotte Billard, Le Bateau à film, par Robert Grélier.
* Marion Carré & Valentin Schmite, Propos sur l’art et l’intelligence artificielle, par Robert Grélier.
* N.T. Binh & Jean-Paul Figasso, éds., Écrire par l’image, par Robert Grélier.
* Serge Le Péron & Frédéric Sojcher, éds., Cinéma à l’Université, par Jean-Max Méjean.
* Imprimatur pour relecture, par Bernard Chardère.
* Hervé Gauvile, Le Cinéma par la danse, par Nicolas Villodre.

Anniversaire
 

* "Lumière… Monplaisir", par Bernard Chardère.

Nécrologie

* Jiri Menzel (1938-2020), par Lucien Logette.


JEUNE CINÉMA n°402-403, octobre 2020



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