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Twist à Bamako (2021)
de Robert Guédiguian
publié le mercredi 5 janvier 2022

par Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 5 janvier 2022

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Reconstituer la naissance de la République du Mali en 1962, on se dit que l’idée est baroque, alors que, sur ce chapitre, la destruction récente du foyer Bara de Montreuil qui abritait un bon millier de Maliens semble un sujet plus urgent à traiter par un cinéaste militant. Mais, depuis le tout début, on est attentif au cheminement de Robert Guédiguian, on a vieilli avec lui, et comprendre son regard et les méandres de son œuvre est un véritable enjeu. Depuis quelques années, il avait choisi plutôt la pesanteur que la grâce qui faisait le charme de ses premiers films. Après La Villa qui nous avait désolés, il semblait pourtant que Gloria Mundi était comme une sorte de repentir de la direction empruntée (1). On attendait son prochain film avec confiance, au train où vont les choses, de nouveaux constats et de nouvelles pistes étaient possibles. Gloria Mundi était désespérant, mais Robert Guédiguian n’avait jamais été désespéré, et l’Afrique, pourquoi pas.

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Pour Twist à Bamako, il a déclaré avoir eu l’idée du film après avoir vu l’exposition des photographies de Malick Sidibé, Mali Twist, en 2017 (2). "Cette histoire de jeunes gens idéalistes qui veulent créer un État socialiste, après l’indépendance, tout en dansant le twist et le rock’n’roll, ça ressemble à ma propre histoire", disait-il.

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On allait donc voir un film historique avec son poids de sens, et savourer aussi la joie et la légèreté de la jeunesse, emportée par le mouvement. Hélas, le film, conçu pendant la période "Villa", semble être de la même eau, lourde.

D’abord, insister sur les débuts de la révolution socialiste de Modibo Keita, en 126 minutes, pour montrer la régression islamiste actuelle, c’est prendre un tracteur pour cultiver un jardin ouvrier.

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Et puis, les acteurs sont maladroits, ils ânonnent le discours des missionnaires en campagne. Certes ils étaient écrits dans la langue de bois de l’époque, mais ils étaient animés par la foi révolutionnaire, ce qui n’est pas le cas des comédiens d’aujourd’hui. Toutes les scènes collectives, réunions des dirigeants, ou des patrons et des commerçants, sont plombées. La manifestation est filmée comme avant l’invention du reportage.

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L’antagonisme de l’ancien et du nouveau, on l’a déjà vu sous forme d’imagerie chez Dziga Vertov ou Alexandre Medvedkine, mais c’était justifié par l’événement, ce qui n’est pas le cas dans une vision historique. Et même les cinéastes staliniens, Leonid Trauberg ou Grigori Alexandrov, ne chaussaient pas d’aussi gros sabots.

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Le drame final de l’histoire d’amour aussi est pesant, alors que les deux personnages, Samba et Lara, étaient, plutôt joliment, l’expression métaphorique de l’alliance naturelle de l’amour et de la révolution. Quant à l’exactitude de la reconstitution, elle est bâclée. Accrocher au mur d’une chambre d’ado l’affiche "Otis Redding Story" (qui date de 1972) ou mettre les Beach Boys en fond sonore, c’est assez désinvolte. Enfin, coller, sur le même mur, l’Affiche rouge du groupe Manouchian - à Bamako, en 1962 ! -, c’est la preuve d’une vanité certaine dans l’autocitation. Pas encore pour cette année…

Sol O’Brien
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Les deux films, La Villa (2017) et Gloria Mundi (2019) ont été sélectionnés à la Mostra de Venise.

2. Fondation Cartier : Malick Sidibé, Mali Twist (20 octobre 2017-25 février 2018).


Twist à Bamako (aka Mali Twist). Réal : Robert Guédiguian ; sc : R.G. & Gilles Taurand ; ph : Pierre Milon ; mont : Bernard Sasia ; mu : Olivier Alary & Johannes Malfatti ; déc : Mahamoudou Papa Kouyaté & Oumar Sall ; cost : Anne-Marie Giacalone, Mame Fagueye Ba & Abdou Lahad Guèye. Int : Alice Da Luz, Stéphane Bak, Issaka Sawadogo, Saabo Balde, Ahmed Dramé, Bakary Diombera, Ben Sultan, Alassane Gueye, Diouc Koma (France-Canada-Italie-Sénégal, 2021, 129 mn).



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