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Bologne 2014 au jour le jour
Brèves
publié le samedi 28 juin 2014

Samedi 28 juin 2014

BOLOGNE, Il cinema ritrovato.

Au programme : L’année 1914.
Donc, naturellement, la naissance de Charlot.
Et puis aussi : Wellman, Fredda, James Dean, etc.
Et, alors que les vitrines des librairies de Bologne sont thématiques "Grande Guerre", Il cinema ritrovato focalise sur "Cent ans de pacifisme".

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D’abord, le matin, récupérer son badge et son sac.
Cette année, le sac est noir ou blanc, avec la silhouette de Charlot et l’image du badge, c’est Francesca Bertini (1892-1985).
Nous aimons, nous adorons les divas du muet. Elles sont faites exactement pour ça, d’ailleurs, être adorées.

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Et puis passer voir les DVD en vente. Il y en a de très rares, introuvables ailleurs, et ils filent vite. Autant qu’ils arrivent chez nous.

Par exemple Sangue bleu , mélodrame de Nino Oxilia (1914), avec justement la Bertini. La Contessa Mira, abandonnée par son mari, qui tombe dans la déchéance et devient "geisha" (ce qui est plus facile en temps d’orientalisme et plus convenable que prostituée), ça ne se manque pas.

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Ceux qui ont décidé de se faire tous les Wellman, choisissent Beggar’s of Life (Les Mendiants de la vie) (1928), et retournent au cinéma le Jolly. Ils ont raison, c’est peut-être là qu’on préfère Louise Brooks.

Mais c’est bien de retrouver ses marques à la Cineteca, le cœur des choses.
Sa tour, qu’on dirait conçue par De Chirico, et ses deux salles, Mastroianni et Scorsese, le plaisir de passer de l’une à l’autre, de s’asseoir de temps en temps, entre les deux dans les fauteuils bleus, de sortir de la climatisation dans la cour sous le soleil de plomb. D’y voir en général quelques festivaliers qui tiennent "salon" à la buvette.

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Et puis, le samedi, il y a "Il mercati della terra", qui s’étend, d’ailleurs de plus en plus. Cette année, c’est Peter von Bagh et Costa Gavras qui font l’ouverture.
Peter von Bagh est directeur artistique du festival (et accessoirement celui du festival de cinéma du Soleil de minuit, créé par Aki Kaurismaki à Sodankylä, en 1986).
C’est un réalisateur important et méconnu parce que peu de ses films ont pu être vus en France. Nous reviendrons sur son œuvre.

On commence avec la fin du programme "100 anni di Charlot"- oui, on sait on aurait dû arriver plus tôt.


 

Au programme, aujourd’hui : les comiques muets que "Chaplin avait vus", "Il comico et le ballerine", avant de créer Charlot, présentés par l’inoxydable Mariann Lewinsky, et accompagnés au piano par Stephen Horne.

Pour ce que Chaplin a vu (ou a pu voir), avant 1914, c’est une excellente idée.
Dans ces petits courts métrages (de 2 à 5 minutes), on distingue d’innombrables racines : un pas de danse de Tatiana Karsavina, avec son flambeau (1909), un rétablissement de justesse et un clin d’œil des frères Dionnes, trapézistes épatants (1912), les acrobaties des sœurs Dainefs (1902) et l’esprit de tous les Max Linder, amant ou mari, qui se "débrouille" à Vincennes, rue du Bois.
Au piano, Gabriel Thibaudeau. On est toujours content de retrouver Thibaudeau le Québécois, chaque année, à Bologne.
Cette année, on avait eu de ses nouvelles, le 30 avril 2014, à Paris, à Bercy où il inaugurait la rétrospective Jean Epstein. Un superbe ciné-concert, La chute de la Maison Usher, sur une musique composée et dirigée par lui et interprétée par l’Octuor de France.

The Hitler Gang de John Farrow (1944), avec Robert Watson dans le rôle de l’étriqué de la moustache, diagnostiqué hystérique dès 1920.
C’est un des meilleurs films antinazis hollywoodiens de la période, inaugurée en 1942 par la série Pourquoi nous combattons.
En 1940, le film français de Alexander Ryder, Après Mein Kampf, mes crimes, était encore prématuré.
Le film de Farrow décrit la montée au pouvoir, émaillée de crimes infects, d’une petite frappe paranoïaque, un polar noir avec voyous cyniques et tueurs cruels, historiquement correct et documenté.
Dans la chronologie, il est un bon prélude à La Chute de Olivier Hirschbiegel (2005), qu’il relativise.
Dans la collection, il figure quelque part entre Le Dictateur de Chaplin (1940), une satire imaginaire mais référencée, et Hitler un film d’Allemagne de Syberberg (1978), une tentative de catharsis impossible.

Piazza Maggiore, c’est à 21.45 désormais.

La magie de la Piazza bondée comme un samedi soir, San Petronio toute rénovée, le vent tiède.

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Puis cette émotion sans pareille devant le petit trailer qui inaugure chaque projection du soir. Celui de 2014 ne nous déçoit pas.


 

Puis La Fureur de vivre.


Dimanche 29 juin 2014

BOLOGNE, Il cinema ritrovato.

L’après-midi, deux Wellman : You Never Know Women (1926), accompagné au piano par Antonio Coppola. Et The Man I Love (1929, mais parlant).

Le soir, en cas de mauvais temps, les projections sur la piazza Maggiore sont impossibles et un repli est prévu au cinéma l’Arlequin.
Ce soir, le ciel de Bologne est d’un rose inquiétant, et les chaises, habituellement prises d’assaut, restent vides.

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Mais après quelques gouttes, la séance commence quand même.
Maudite soit la guerre de Alfred Machin (1914), le premier film pacifiste.

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Suivi de : En dirigeable sur les champs de bataille (1918), "Live computer soundtrack". Musica di Edison Studio.

Les ruines vues de l’aérostat, avec une musique électronique vagabonde, et inspirée, aussi figurative que l’ancienne "musique concrète" de Pierre Henry. Le ciné-concert est interrompu par l’orage qui s’est décidé. On se réfugie à regret sous les arcades.

La découverte du jour :

Ned med vaabnene ! (1914) - en français, Posez les armes !
On connaissait son réalisateur, Holger-Madsen, grâce aux divers hommages jadis offerts par Bologne à Valdemar Psilander et à Asta Nielsen.

Le film, avec intertitres danois, est à peu près incompréhensible, histoire de famille dont les sœurs ont épousé des militaires - et la guerre éclate, évidemment. Guerre non située ; il y a des falaises, des collines, la mer, manifestement les scènes de bataille ont été tournées ailleurs que dans le plat pays.
Mais celles-ci sont extraordinaires, dignes de Naissance d’une nation : chevauchées, mitraillades, attaques et replis, le déroulement classique des guerres à l’ancienne, mais réalisées avec une vraisemblance étonnante. Les blessés s’effondrent en gros plan, s’entassent dans des bâtiments de fortune (dont l’un sera écrasé par une bombe).
Des plans remarquables : la caméra embarquée sur le toit d’un wagon, cadrant les corps allongés dans les wagons qui la précèdent ; un homme, cherchant son fils, ouvre une porte : un cadavre lui roule sur les pieds, en contrechamp, des dizaines de blessés et leurs infirmières, tous endormis (ou morts), figés comme les gazés des Vampires de Feuillade ; un cheval mort, en plan rapproché, couché sur son cavalier, illustration rêvée pour La Route des Flandres.

Ah, que la guerre est jolie !


Mardi 1er juillet 2014

Dixième anniversaire de la mort de Marlon Brando.
C’est à Bologne qu’on a appris sa mort, Il y a dix ans aujourd’hui.

2004, c’était l’année de la rétrospective Humphrey Jennings, et des films de Valdemar Psilander. On s’occupat déjà de Chaplin, avec le "projetto Chaplin" de Timothy Brock. La projection de Picadilly de Ewald André Dupont (1929, la grande année du cinéma), nous laissait pantois.
Et sur la piazza, justement, au programme : One-Eyed Jacks (La Vengeance aux deux visages, 1961), le western de et avec Marlon Brando, son seul film comme réalisateur.

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BOLOGNE, Il cinema ritrovato (revenons à 2014).

Fantômas I : À l’ombre de la guillotine de Louis Feuillade (1913).
Les séries, on aime ça, au point de se lever tôt le matin.

Les cinq épisodes du Fantômas de Feuillade tous les matins, jusqu’à samedi.
Lundi, on a raté Les Mystères de New York, The Exploits of Elaine, de Louis Gasnier (1914), épisode 6 The Vampire et épisode 10 The Life Current.

Pour se justifier, on a raconté qu’on aurait voulu voir ça dans l’ordre chronologique et que Les Mystères de New York auraient dû suivre Fantômas.
La mauvaise foi n’est pas un péché mortel.

Le Olimpiadi di Amsterdam (1928), avec quelques sportifs cinéphiles en shorts courts dans la salle.

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Sosialismi de Peter von Bagh (2014).
On se souvient, ébloui, de Helsinki Forever (Helsinki ikuisesti, 2008), l’entrée du brise-glaces dans la ville (Icebreaker Crowd).


 

* Sosialismi, c’est un drôle de film.
Quelle idée de faire ça aujourd’hui, on veut dire : quelle fidélité ! Mais aussi, quelle émotion !
Peter von Bagh, plus sentimental que Chris Marker, plus vagabond que Patrick Keiller.
Quelle fraicheur et quelle force !
Les citations, de Joe Hill à Brecht, sont bien rodées.
Une histoire du socialisme, via une cinquantaine de films et 18 chapitres, qui commence par la Commune et ses 20 000 morts.
Et dont on ne sait pas bien où elle finit. Bien vu.

* Hitler’s Reign of Terror de Cornelius Vanderbilt Jr (1933).

On persévère dans cet environnement malsain. Il faut le regarder en face.
Au début des années 30, les touristes qui se rendaient en Allemagne ont tous ressenti et rapporté la "mauvaise ambiance" qui régnait et s’alourdissait d’année en année. Vanderbilt Jr faisait le reporter en Europe et avait pu, grâce à son nom, rencontrer pas mal de célébrités du temps : Staline ou Mussolini notamment.
Pour Hitler, il avait pressenti l’horreur, comme tout le monde, et aussi tenté de d’alerter le monde. Hitler’s Reign of Terror, premier film anti-nazi, en 1933, prémonitoire, interdit, disparu, retrouvé, etc. est un curieux document inédit.

La découverte du jour : Razzia in St Pauli de Werner Hochbaum (1899-1946).
C’est notre première approche du bonhomme. 1932, Hambourg, son quartier chaud, de l’aube à la nuit, entre travailleurs qui partent et qui rentrent. Un marin, un dur, un tatoué, poursuivi par la police, se réfugie dans la chambre d’une entraîneuse. Coup de foudre.
Après quelques heures d’amour, ils s’installent au Kongo Bar, elle pour danser, lui pour boire. La pègre, les valseurs, la boisson, les bagarres, tout cela finira mal, la police récupérant le marin, elle, retrouvant sa chambre et son galant habituel.
Le scénario rassemble tous les poncifs du sous-genre, des Damnés de l’océan à Son homme, etc.
Et c’est remarquable, car Hochbaum est imprégné de Ruttmann et de Vertov : 62 minutes de cadrages et d’un montage inspirés, tous les personnages, quoique archétypaux, étant d’une vérité extrême.
Une actrice inconnue (décidément), Gina Falkenberg, belle comme la Valentina Cortese des débuts.
À classer parmi les grands "films de ville" de la charnière 20-30.
 

Piazza Maggiore : The Merry Widow de Erich von Stroheim (1924).

Avec l’orchestre du Teatro comunale de Bologne, dirigé par Stefanos Tsialis, nous avons entonné joyeusement :

Heure exquise, qui nous grise, lentement
La caresse, la promesse du moment
L’ineffable étreinte de nos désirs fous
Tout dit "gardez moi, puisque je suis à vous" !


 


Lundi 30 juin 2014

BOLOGNE, Il cinema ritrovato.

* Oklahoma ! (1955), ce western, plein de tubes des années 50 (repris par Yvette Giraud, qui s’en souvient ?), "ritrovati e restaurati" en 8D, dans la bonne salle de l’Arlequin, ça ne se rate pas.

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On réalise, aujourd’hui, que c’est une comédie musicale très située dans l’histoire : on y trouve des idées chorégraphiques de films précédents, et des idées reprises plus tard.
Mais c’est un scénario puant, avec le malheureux Rod Steiger, le pauvre, paria donc forcément méchant, baladé par une jeune fille, qui n’a même pas l’excuse d’être belle et charmante. Un quelque chose de sournois et de très moche dans l’idéologie américaine des racines.

* La Forza e la ragione . Salvador Allende interviewé par Roberto Rosselini, en 1971. Ces deux-là face à face, c’est inattendu. C’est du lourd. On peut le revoir sur Internet.

* The Strange Death of Adolf Hitler de James Hogan (1943). Il faut suivre ce fil rouge "Hitler" proposé par le programme.

La découverte du jour :

* Deux films de Maurice Tourneur inconnus, son dernier en France, Le Corso rouge , et son premier film à New York, The Wishing Ring - tous deux donc datés de 1914.
Autant le premier (un court métrage) est empesé, drame bourgeois interprété de façon gesticulatoire par des acteurs pourtant réputés (Henry Roussell, Charles Keppens), autant le second éclate du plaisir de tourner.
L’argument est daté, un vieux roman anglais sur les malheurs relatifs du fils d’un marquis renié par son père pour mauvaise conduite qui va trouver le chemin du rachat. Ce qui pourrait donner lieu à déclarations moralistes est balayé par la fraîcheur des comédiens (Vivian Martin, qui était-ce ?), l’invention de la mise en scène (presque toujours en extérieurs) et l’humour général.
Et la caméra caracole, panoramique, joue avec les acteurs. La campagne américaine de Tourneur commençait bien - on sait qu’elle a bien continué. Un père aussi intéressant que le fils, à redécouvrir.
 

Piazza Maggiore : Salvatore Giuliano de Francesco Rosi (1962)


Mercredi 2 juillet 2014

BOLOGNE, Il cinema ritrovato.

* Fantômas II : Juve contre Fantômas de Louis Feuillade (1913)
On avait oublié qu’en réalité, on voit presque plus Juve que Fantômas dans les épisodes, au moins les deux premiers.
Ce qui frappe surtout dans celui-ci, ce sont les scènes d’extérieur et la redécouverte du Paris d’il y a cent ans, filmé au ras du bitume : on remarque les passants ou les gamins qui regardent la caméra en souriant - il y a même un enfant qui s’apprêtait à traverser le champ et qui, sans doute interpellé par un assistant, recule pour se cacher derrière un arbre, afin qu’Yvette Andreyor soit seule sur l’image.

Émotion à grimper avec elle dans le métro aérien, entre La Chapelle et Anvers, avec vue plongeante sur les immeubles, ou à retrouver la gare de Lyon quasi inchangée.
Il y a chez Feuillade (mais il n’était pas le seul à l’époque) une exaltation du paysage urbain, certainement involontaire, rues désertes ou animées, villas de banlieue qui suintent le mystère. Le tout superbement restitué par les nouvelles copies, numérisées, mais avec un respect du grain et des nuances de lumière remarquable : un régal.
 

Piazza Maggiore : Le Jour se lève de Marcel Carné (1939).
Voir les deux articles de Bernard Chardère : Marcel Carné avec ou sans Prévert :
Carné avec Prévert
Carné sans Prévert


Jeudi 3 juillet 2014

BOLOGNE, Il cinema ritrovato.

* Fantômas III : Le mort qui tue de Louis Feuillade (1913)

Une riche idée aussi : Le cinéma et la mode 1 : la comtesse qui inspira Proust

* Il y aussi la restauration de Caligari .
C’est bien, c’est formidable, incontournable, c’est historique, Caligari.
Et personne n’osera dire que c’est chiant.

On tire un bord vers le MAMbo (Museo d’Arte Moderna di Bologna).

Petit rituel : acheter nos cartes postales non virtuelles.
Nos préférées : "Les funérailles de Togliatti" (de Renato Guttuso, 1972) et le "Corteo" ("Cortège" ou "Procession" de Franco Angeli, 1968).

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La découverte du jour :

* La trilogie de Hector Dimwittie(1957) : Cold Comfort, Dearth of a Salesman et Insomnia Is Good For You, avec Peter Sellers.

* Peter Sellers : C’est véritablement une découverte, puisque les trois courts métrages ne figurent même pas dans le catalogue d’Il cinema ritrovato, sans doute parce que programmés à la dernière minute - première projection mondiale le 1er mai 2014.
La trilogie Hector T. Dimwittie date de 1957 et fait partie d’un projet de 10 films, inachevé, avec comme réalisateurs James Hill et Leslie Arliss.
Les Goons sont les prédécesseurs des Monty Python.

Le "goon show" mobilisait chaque semaine les millions d’auditeurs de la BBC, déployant un humour typically british - celui de Malheur aux barbus à la puissance 5 -, décalé et surréaliste (le qualificatif est, pour une fois, approprié).
Une tentative de transposition à la télévision avait été lancée en 1956. La trilogie se place juste après cette tentative, façon de donner plus d’audience, la télévision n’étant pas encore très répandue à l’époque. Ni Spike Milligan, ni Harry Secombe, les autres goons, ne font partie du projet, Sellers étant le seul à avoir déjà une activité cinématographique.

Les trois films se présentent comme des tranches de la vie quotidienne d’Hector T. Dimwittie, falot personnage, employé de bureau inquiet ou commis-voyageur raté (d’où le détournement du titre : The Dearth – le manque - of a Salesman), empêtré dans les tourments minuscules, un coryza ou une insomnie, dont les films développent, 25 minutes durant, toutes les possibilités. Le comique est anglais, c’est-à-dire froid, "with the tongue in the cheek", comme les films prophylactiques de Richard Massingham (à suivre).
 

Piazza Maggiore : La Dame de Shanghai de Orson Welles (1947)


Vendredi 4 juillet 2014

BOLOGNE, Il cinema ritrovato.

* Fantômas IV : Fantômas contre Fantômas de Louis Feuillade (1914)

* Et puis, en lointain écho à Maudite soit la guerre (1914), où les familles dialoguaient encore à travers l’Europe (dimanche 29 juin 2014), Les Croix de bois de Raymond Bernard (fils de Tristan Bernard), d’après Roland Dorgelès, en 1932, donc en toute connaissance de cause cette fois.

On dirait un documentaire.
On y est, on est dans la tranchée, on a peur, on voit les hommes charger face aux bombes, de la viande suicidée. Désespérant, emblématique de la connerie. Les Boches, on les voit aussi, pas farauds, écrabouillés pareillement.
On n’a même plus envie de mettre de guillemets à Boches, c’est le langage de nos grand-pères. T’inquiète pas, tu l’auras ta croix, de fer, de guerre, ou de bois.
Quand on sort de l’Arlequin, on a froid partout.

La plupart des acteurs, et même des figurants, l’avaient faite, la guerre.
Ils savaient ce qu’ils jouaient, Blanchar, Gabrio, Vanel, Aimos, Artaud, Azaïs, Bergeron, Cordy, Delaitre, Galland, Labry…
Ils savaient aussi ce qu’ils chantaient, sous les obus.
Voilà l’beau temps,
Ture-lure-lure,
Voilà l’beau temps,
Pourvu que ça dure,
Voilà l’beau temps pour les amants.

La découverte du jour :

* La perfetta ebbrezza de Alfredo De Antoni (1920).
Parmi les images inoubliables du jour, celle de cette sublime créature masquée, cheveux répandus, épaules et gorge nues, traversant un bal, puis un parc, poursuivie par un homme en habit auquel elle a dit son nom en passant : "Je m’appelle Mystère". Sa main est glacée, comme ses lèvres, elle avait prévenu l’homme : "Je ne t’apporterai que la mort".
Quinze minutes, c’est le seul extrait qui subsiste de ce film inconnu d’un cinéaste inconnu, avec une actrice inconnue : Rina Maggi.
Quinze minutes à placer sur la même étagère que la morte amoureuse de Gautier, les créatures de Nerval ou l’Immalie de Villiers.
De quoi tenir la journée.
 

* Teatro Comunale : On sèche la piazza Maggiore, pour aller voir Cabiria de Giovanni Pastrone (1914), somptueux peplum.
Le premier ? À vérifier. Sûrement le premier aussi accompli.

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On vous prévient : au théâtre de Bologne, il faut réserver des loges, car à l’orchestre, c’est trop inconfortable.

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Alors Cabiria est en ligne sur Internet. Mais les quelques secondes de pub obligatoires, c’est bien de les éviter. Le temps est précieux.Et, à moins que vous ayez une salle de projo à la maison, c’est toujours mieux sur un très grand écran.


Samedi 5 juillet 2014

BOLOGNE, Il cinema ritrovato, dernier jour.

* Fantômas V : Le Faux Magistrat de Louis Feuillade (1914)

* Pharaon de Jerzy Kawalerowicz (1965).

* Wutai Jiemei de Xie Jin (1964).

Xie Jin est l’auteur du film Le Détachement féminin rouge (1961).

En 2011, au Kennedy Center, à Washington, la représentation du spectacle par le Ballet national de Chine avait provoqué une grande indignation, notamment dans la communauté chinoise. C’était de la propagande communiste.

Quand le spectacle est passé au Châtelet à Paris, l’année dernière, quelqu’un avait ressenti un malaise moral, "comme devant un film de Leni von Riefensthal".
Oui, nous savons que l’ironie et le second degré sont dangereux à manipuler.
Existe-t-il même, ce "second degré" ?
Nous savons aussi combien le pied de la lettre peut être ennuyeux.

Toute chose, donc toute marchandise, donc toute création (dans notre monde mercantile) connaît, tôt ou tard, sa baisse tendancielle du taux de profit.

La métamorphose tragédie-farce, le devenir-kistch, tout comme l’émotion sincère démodée, toute ces profondeurs de champ, tous ces arrière-monde, nous les revendiquons comme des outils d’intelligence et de plaisir.

Peu nous importent les gaffes, les exclusions, et les ombres des majorités silencieuses qui, elles, savent sûrement où est le bien et le mal.

On appelait ça "bête et méchant" dans les 60’.

Bref, on ne TOUCHE pas au Détachement féminin rouge  !

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Toutes ces considérations marginales pour rappeler que Wutai Jiemei, qui lui est postérieur, d’abord bien accueilli en Chine, a ensuite été attaqué pendant la Révolution culturelle, comme une apologie des valeurs bourgeoises.
Ce film, de 1964, peut donc être accueilli aussi bien en Occident que ceux de la "cinquième génération", et ce n’est ni le New York Times ni Village Voice qui lui feront un procès politique. L’Opéra de Pékin, faut juste qu’il se tienne à sa place : le folklore.

Cela dit, à Bologne, on s’est régalé.

Piazza Maggiore : A Hard Day’s Night de Richard Lester (1964).
Le film a 50 ans. Et Richard Lester il a 82 ans et il est là, sur la scène, à côté de Peter von Bagh.

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À propos, est-ce que vous connaissez ce délicieux court métrage de Lester, The Running Jumping and Standing Still Film (1960) ?

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