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Passek, Jean Loup (1936-2016) I
Brèves
publié le dimanche 4 décembre 2016

Vendredi 9 septembre 2016

 

À Lisbonne, pendant tout le mois de septembre 2016, la Cinémathèque portugaise rend hommage à Jean-Loup Passek et à ce merveilleux musée du film qu’il a créé et donné à la ville de Melgaço, en juin 2005.

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En France, nous avons tous dans nos bibliothèques, "le Passek Larousse", son Dictionnaire du cinéma, première édition de 1986, trois fois révisé sous sa direction, puis réédité complètement en 2011, et là, il avait passé le témoin à Christian Viviani.

C’est lui qui a créé le festival de La Rochelle (1972-2001), et ces années de jeunesse d’un festival à succès n’ont jamais eu d’équivalent artistique.

Nous ne l’avons pas oublié à Beaubourg non plus, quand, à partir de 1978, dans sa salle Garance, le grand organisateur proposait de grandes rétrospectives incontournables.

Et puis, après tout, il nous était proche puisqu’il avait collaboré à Jeune Cinéma, à une période-clé, en 1967 et 1968. Il était à Prague l’été 68, et il nous l’avait raconté.

Et puis, au début du 21e siècle, il s’était éclipsé.

Il disait autrefois : "Je suis très portugais d’adoption. Je veux monter un musée dans un village, loin du monde. Un musée sentimental. Je veux un musée où une personne rentrera un jour de grand vent, je ne veux pas gagner de l’argent avec ça. Ce serait comme à Beaubourg : tout le monde entier." Il se définissait lui-même comme "un Français, avec un état d’esprit slave et un cœur portugais". Finalement, c’est le cœur qui l’a emporté, et le Portugal qui l’a capté.

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Cet hommage que lui rend le Portugal s’appelle

* Pela curiosidade total (5-30 septembre 2016).

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Et il comporte :

* Une exposition des d’affiches françaises et polonaises provenant des collections du musée (1er septembre-8 octobre 2016). Entrée gratuite.

* Un cycle de films.

Mais c’est ce soir que Le Portugal l’adopte véritablement et qu’il va être officiellement reconnu par tout un pays.
Les décorations, vous savez ce qu’on en pense.
Dans ce cas, présent, c’est un grand honneur que cette Medalha de Mérito Cultural qui lui est attribuée, une adoption.

* À 21h30 : Mort à Venise de Luchino Visconti (1970).
En présence de Marin Karmitz et Bernard Despomadères.

Cinemateca Portuguesa, rua Barata Salgueiro 39, 1269-059, Lisboa, Portugal.



Dimanche 4 décembre 2016

 

Jean-Loup Passek (1936-2016) est mort au cours de cette nuit du 3 au 4 décembre 2016.

Il fut un "cinéphile historique" au parcours exemplaire.
Il était difficile à aimer, c’est pourquoi nous l’aimions.

Dans les années 50, au tournant de ses vingt ans, il faisait partie de la bande de cinéphiles obsessionnels de Jean-Louis Chéray, aux mardis du studio Parnasse.

Dans les années 60, au tournant de ses trente ans, il était "critique de cinéma", et collaborait au tout jeune Jeune Cinéma, à ses débuts (ainsi qu’à Combat et aux Nouvelles littéraires, notamment). Il faut animateur militant aussi.

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En ligne du site de Jeune Cinéma, quelques traces de lui :

Par exemple, il avait rencontré Evald Schorm, en 1966.

Ou bien, il nous avait raconté un certain voyage à Prague, en 1968.

Dans les années 70, au tournant de ses quarante ans, il tournait des documentaires dans un bidonville de Massy-Palaiseau.
Puis, il spécialisa La Rochelle, en lui offrant le Festival international du film, qui, en 1972, prit la suite des Rencontres internationales d’art contemporain (RIAC). Il le dirigea de 1973 à 2001. De cette histoire, nulle trace sur le site officiel du festival d’aujourd’hui.

Dans les années 80, au tournant de ses cinquante ans, en 1978 exactement, on lui confia la salle Garance à Beaubourg. C’est alors que le cinéma s’y épanouit en des rétrospectives somptueuses et des expositions mémorables, dont nous avons gardé tous les catalogues, et aussi les petits fascicules blancs qui faisaient office de programmes, illustrés et documentés.

En 1986, c’est la Fédération Jean-Vigo qui eut droit à sa rétrospective, avec une préface de Ginette Delmas.

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Avec La Rochelle puis Beaubourg, il disait avoir fait exactement ce qu’il voulait : "résister à la loi du marché et rêver sa vie".

Il aimait aussi les livres.
Chez Larousse, le Dictionnaire du cinéma, c’est lui, assisté de Michel Ciment, Claude Michel Cluny & Jean-Pierre Frouard, à partir de 1986, avec sa fameuse couverture reliée bleue, si sobre, qu’on ne trouve nulle part sur le Net à ce jour (4 décembre 2016). On vous donne aussi la liste de ses collaborateurs.

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Et avec ses multiples résurrections et rééditions (1), la dernière sous la direction de Christian Viviani en 2011.

Parce qu’il chassait sur les même terres que Jeune Cinéma dans ses premiers temps, vers l’Est, on aime aussi citer :

* Zoran Tasic & Jean-Loup Passek, Cinéma yougoslave, Éditions de la BPI / centre Pompidou (1986).

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* Eva Zaoralova & Jean-Loup Passek, Cinéma tchèque et slovaque, Éditions de la BPI / centre Pompidou (1996).

Jean-Loup Passek était timide, il ronchonnait, il se cachait derrière les innombrables anecdotes qu’il racontait mieux que personne quand il était en confiance.
Il fut trahi et oublié, comme tout le monde.
Mais on se souvenait régulièrement de lui comme d’un homme remarquable.

Dans les années 90, au tournant de ses soixante ans :

* En 1995, Jean-Pierre Dufreigne lui tire le portrait.

* En 1997, Michel Guilloux lui fait une mini-biographie.

* En 1997 et en 1999, Bernard Payen se souvient.

Après La Rochelle, il devint portugais.
Avec ses propres archives, il fonda alors, au nord de Porto, un merveilleux petit musée en 2005, le Museu de Cinema de Melgaço.
En 2015, quand le monde entier fêtait les 120 ans du cinéma, le Museu de Melgaço fêtait ses dix ans.

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En septembre 2016, Jean-Loup Passek fut célébré par la Cinémathèque portugaise.

Jean-Loup Passek se croyait mal aimé. Mais il avait ses fidèles.

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Car qui est assez fou pour se croire "bien aimé" par tous dans les jungles et les marécages de nos villes ?

1.Première édition du "Passek", le Dictionnaire mondial du cinéma, chez Larousse, en 1986. Rééditions, toujours sous sa direction, en 1998 et 2001. Nouvelle édition augmentée, sous son patronage, en 2011, sous la direction de Michel Baptiste, Jean Gili, Lucien Logette, Daniel Sauvaget & Christian Viviani.

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