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Semaine télé du 4 au 10 mai 2019
Salut les câblés !
publié le samedi 4 mai 2019

Jeune Cinéma en ligne directe

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©Nives Widauer, Monitorlove (1989-2007) I.

Humeurs de Lucien Logette


 

Samedi 4 mai 2019

 

20.40 : Des femmes disparaissent d’Édouard Molinaro (1959), OCS Géants
Molinaro avait bien débuté, avec trois polars de qualité, dans une tradition française renouvelée, comme ceux de Jacques Deray au même moment - la Nouvelle Vague commençait. Plus classique que Un témoin dans la ville, la même année, le film dispose de la distribution habituelle des polars du temps, Robert Hossein, Jacques Dacqmine, Estella Blain, Magali Noël. En prime, la musique des Jazz Messengers d’Art Blakey, chers aux auditeurs de "Pour ceux qui aiment le jazz", l’émission de Ténot & Filipacchi.

20.50 : L’homme est une femme comme les autres de Jean-Jacques Zilbermann (1998), Club
L’auteur a puisé dans la mémoire familiale pour ses cinq films, de Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes (1993) jusqu’à À la vie (2014). S’il n’est apparemment pas le héros du film, musicien juif homosexuel contraint d’épouser une musicienne pratiquante, Judith Magre, éblouissante, est une yiddische mamma observée sur le vif. Plutôt que de programmer à la suite Do the Right Thing de Spike Lee, qui en est à son quatrième passage en trois semaines, il eût mieux valu choisir La Folle Histoire d’amour de Simon Askenazy (2009), où Zilbermann reprend les mêmes personnages et les mêmes acteurs, onze ans après.

20.50 : Les Pirates du métro de Joseph Sargent (1974), TCM
Le remake, L’Attaque du métro (2009), dû à Tony Scott est passé plusieurs fois. On attendait l’original, bien plus tonique et inventif : les quatre détourneurs de rame (dont Martin Balsam et Robert Shaw) portent des noms de couleur, Mr. Blue, Mr. Green, etc., ce qui inspira Tarantino pour Reservoir Dogs. Et Walter Matthau est un flic d’anthologie.

00.25 : Jerico, le vol infini des jours de Catalina Mesa (2016), OCS City
Doc colombien inédit sur le câble.

 

Dimanche 5 mai 2019

 

20.40 : Black Snake Moan de Craig Brewer (2006), Paramount Channel
Pas tout à fait inédit, car passé le 2 septembre 2016, mais le film est trop rare pour ne pas être signalé une seconde fois. Le Sud profond, Samuel L. Jackson et Cristina Ricci, certes, mais aussi, pour les amateurs de blues, des archives avec Son House. Le titre est un blues de Blind Lemon Jefferson.

20.40 : El presidente de Santiago Mitre (2017), OCS City
Pourquoi les films politiques étrangers semblent-ils toujours plus crédibles que leurs homologues français ? On le verra bientôt avec Fabrice Luchini, déguisé en maire de Lyon et qui fait ce qu’il peut pour faire illusion (Alice et le maire de Nicolas Pariser, 2018, au Festival de Cannes 2019). Ici, Ricardo Darin n’a pas besoin d’en rajouter pour passer pour un président de l’Argentine aussi réel que l’original. En outre, le scénario est vraiment intelligent, gardant le manichéisme à distance. Avant sa sélection cannoise, le film s’intitulait La cordillera, qui lui convient également, tant la montagne andine tient sa place.

20.50 : La Lettre du Kremlin de John Huston (1970), Classic
Du complotisme avant l’heure ou comment les USA et l’URSS s’accordaient contre la Chine - enfin, c’est ce que la lettre du Kremlin, après laquelle courent tous les espions du film, doit révéler. Huston a réalisé ça avec le même détachement que Plus fort que le diable (1953), multipliant les morceaux de bravoure. Le générique rassemble des noms fameux, Welles, von Sydow, Andersson (Bibi), Richard Boone, Raf Vallone. Notre préféré : George Sanders, tricotant au coin de la cheminée.

22.45 : En quatrième vitesse de Robert Aldrich (1955), TCM
L’électroencéphaloprogramme étant absolument plat sur les quatorze chaînes cinéma, pourquoi ne pas se faire plaisir, en revoyant ce chef-d’œuvre, pas passé depuis le 5 mars 2017, et qui supporte, on peut l’assurer, une dizaine de visions sans s’user. Ralph Meeker y a trouvé le rôle de sa vie et Mickey Spillane une adaptation bien meilleure que tous ses romans réunis.

 

Lundi 6 mai 2019

 

20.40 : Aurore de Blandine Lenoir (2017), OCS Max
Après une série de courts métrages remarqués, et un premier long Zouzou (2014), sympathique mais un peu appliqué, la cinéaste touche juste. Il faut dire que le rôle semble avoir été cousu main pour Agnès Jaoui, qui, dans la peau d’une quinquagénaire à la ramasse, est parfaite. Et la troupe d’acteurs d’accompagnement fait plaisir : Philippe Rebbot, Marc Citti, Laure Calamy, Samir Guesmi.

20.40 : Un condé d’Yves Boisset (1970), OCS Géants
À l’époque, Boisset tournait vite (cinq films en quatre ans) et bien. Sans trop se préoccuper de fignoler ses personnages. Mais lorsque le rôle du flic aigri tombait dans les pattes de Michel Bouquet, il lui donnait une dimension inattendue. On se souvient de Rufus (un de ses premiers titres), tabassé chez lui sans raison par la police, disant à son fils terrifié : "Tu vois, c’est ça, un flic…", remarque d’une belle pérennité.

20.50 : La Saveur des ramen d’Eric Khoo (2018), Club
Le plus célèbre des réalisateurs singapouriens n’est pas très chouchouté par le câble : un seul titre projeté, le 6 juin 2018, Hotel Singapura. Ce n’est pas suffisant pour avoir un échantillon de ses talents ; à quand 12 Storeys (1997) ou My Magic (2008) ? En tout cas, celui-ci, son dernier en date, est remarquable - à regarder en commandant des nouilles au japonais du coin.

22.15 : Chala, une enfance cubaine d’Ernesto Daranas (2014), Club
Les films cubains ne se bousculant pas au portillon, on se doit d’y jeter un œil, manière de faire la différence entre les écoliers de La Havane et les lycéens français des Beaux Gosses, à la même heure sur la chaîne voisine. Le film n’est pas tout à fait dans la ligne : la mère du héros est alcoolique et toxico, la délinquance est un fléau, ce qui contredit la politique sociale de l’État. Par bonheur, l’institutrice est fidèle aux valeurs de sa jeunesse castriste, ce qui est bien plaisant.

23.35 : La Tête d’un homme de Julien Duvivier (1932), France 5
Dernier titre du cycle polar français de Brion. Pas vraiment une découverte, cette troisième adaptation de Simenon (La Nuit du carrefour de Renoir et Le Chien jaune de Jean Tarride la précédèrent de peu). Harry Baur fut une des meilleures incarnations de Maigret (comme il fut le meilleur Jean Valjean), mais c’est Valeri Inkijinoff qui crève l’écran, composant un Radek inoubliable.

23.50 : L’Homme qui en savait trop d’Alfred Hitchcock (1956), Classic
Jamais programmé ? À ne pas croire. On aurait tendance à préférer la première version, tournée par le même Hitchcock en 1934, parce qu’il y avait Peter Lorre et que, ici, Doris Day est toujours aussi pénible à regarder. Mais James Stewart a plus de présence que Leslie Banks et Daniel Gélin se fait trucider avec plus de grâce que Pierre Fresnay jadis.

00.00 : Una questione privata de Paolo & Vittorio Taviani (2017), Club
L’ultime film signé par les deux frères, sorti après la mort de Vittorio. À moins que nous n’ayons raté un précédent passage, il est assez scandaleux que la première diffusion ait lieu à une heure aussi peu sympathique. Le film ne trahit pas la filmographie des Taviani et il nous a donné fort envie de relire les romans de Beppe Fenoglio, écrivain trop oublié, ici adapté.

 

Mardi 7 mai 2019

 

Ce n’est pas le calme plat sur les chaînes, c’est le trou noir. Vivement demain.

22.30 : L’Île au trésor de Guillaume Brac (2018), Club
Une déception pour les amateurs de ces films très personnels que sont Un monde sans femmes (2011) et Tonnerre (2013). On ne voit pas bien ce que le réalisateur a voulu nous montrer : une après-midi dans le parc de loisirs de Cergy-Pontoise ? la fascination de deux gamins pour pénétrer ce monde interdit ? Est-ce un vrai documentaire ou une vraie fiction ? Peut-être une seconde vision nous éclairera-t-elle.

 

Mercredi 8 mai 2019

 

20.35 : Plein sud de Sébastien Lifshitz (2008), Sundance TV
Rien à voir avec le film de Luc Béraud (1980). Si on le signale, c’est parce qu’un film français sur la chaîne, c’est un événement. Sinon, les fictions de Lifshitz sont nettement moins intéressantes que ses docs, tous notables : Les Invisibles (2012) ; Les Vies de Thérèse (2016) ; Adolescentes (2019).

20.40 : Equalizer 2 d’Antoine Fuqua (2018), OCS Max
Pour tout savoir sur le film, une seule adresse : Jérôme Fabre, "Denzel Washington : le premier, le dernier", à propos de Equalizer 2, in Jeune Cinéma n° 392-393, février 2019.

20.50 : HHhH de Cédric Jimenez (2017), Premier
Curieux projet pour un cinéaste français sans grand passé, sinon La French (2014), retour sur le Marseille de la French Connection. Ici, c’est la recréation du complot (réussi) préparant l’assassinat de Heydrich en 1942 par la Résistance tchèque. Gros budget, distribution cosmopolite, etc. Ce qui semble le plus intéresser l’auteur, c’est l’action elle-même et pas tant ses conséquences politiques. Gilles Lellouche et Céline Sallette sont les seuls Français à avoir fait le voyage.

20.50 : L’Homme aux mille visages d’Alberto Rodriguez (2016), Club
Rien à voir (c’est la soirée) avec la biographie de Lon Chaney du même titre signée Joseph Pevney (1957). Là, on est en plein scandale fiscalo-politique, le chef de la Guardia civil espagnole se cachant durant près d’un an chez un ex-agent secret - histoire reposant sur des faits réels, comme il est écrit désormais sur la moitié des génériques. Rodriguez nous avait déjà charmés avec La isla minima, cette fois-ci c’est un peu moins spectaculaire, mais ça marche.

22.30 : Le Bonheur d’Agnès Varda (1965), Classic
Malgré son prix Louis-Delluc, son Ours d’argent à Berlin, nous n’avons jamais osé revoir depuis sa sortie cette tranche de vie considérée alors comme dégoulinante de sucrerie et de fausse simplicité, digne d’un calendrier des postes (là justement où travaille Marie-France Boyer, une des héroïnes). Faire jouer la famille de Jean-Claude Drouot par la vraie famille de Jean-Claude Drouot, était-ce une bonne idée ? Varda n’a pas toujours eu la main heureuse dans ses fictions, on l’a vu très vite ensuite avec Les Créatures (1966) et bien plus tard avec Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma (1995), deux catastrophes. Ce qui n’enlève rien au reste. Au contraire, peut-être, un parcours sans fausse note est inhumain.

23.50 : La Pointe courte d’Agnès Varda (1955), Classic
Comment résonne aujourd’hui ce drôle d’objet, mélange d’un dialogue théâtral émis, sans interprétation, par un couple (Philippe Noiret et Silvia Monfort) à la vraisemblance incertaine et d’un documentaire sur les habitants du quartier de Sète qui donne le titre au film ? Ce brouillon ouvrait le chemin à Resnais (son monteur), mais n’était qu’un brouillon, très souvent cité sans avoir été vu. Pour parler franc, découvert à la Cinémathèque il y a cinq décennies et demie, le film nous avait paru à la fois ridicule (les acteurs) et passionnant (les "vrais gens"). À revoir.

 

Jeudi 9 mai 2019

 

20.40 : À genoux les gars d’Antoine Desrosières (2018), OCS City
Le film n’est pas totalement réussi, peut-être à cause de l’énergie déployée par les deux protagonistes - Inas Chanti et Souad Arsane, les mêmes, devenues presque adultes, que dans Haramistes, le moyen métrage précédent (2014) -, énergie difficile à canaliser. Des tchatcheuses qui mettent leurs partenaires littéralement à terre, il n’y en a pas tant que ça, dans les films français.

20.50 : Goldstone d’Ivan Sen (2016), Frisson
Pas vu, mais un thriller inédit australien, avec enquête d’un inspecteur aborigène dans une cité corrompue, ça donne forcément envie. Depuis Le Réveil dans la terreur de Ted Kotcheff (1971), on sait que le bush est un des cercles de l’Enfer. On est heureux de retrouver David Gulpilil, l’aborigène le plus célèbre de l’écran.

20.50 : La Vie d’Adèle, chapitre 1 & 2 d’Abdellatif Kechiche (2013), Émotion
Pas inédit, mais pas programmé depuis le 24 septembre 2015. Juste un rappel pour annoncer l’arrivée proche de Mektoub My Love : Intermezzo, le dernier film d’A.K.

 

Vendredi 10 mai 2019

 

20.50 : L’Homme blessé de Patrice Chéreau (1983), Club
Le troisième film de Chéreau, l’année où il montait au théâtre des Amandiers Koltès et Genet - comment faisait-il pour être ainsi sur tous les fronts ? C’étaient les vrais débuts au cinéma de Jean-Hugues Anglade, dans un rôle pas facile de prostitué par amour pour un homme plus âgé - à cette date, le sida commençait à peine à devenir épidémique et la menace n’était pas encore bien perçue. Le film est devenu un quasi documentaire sur les pratiques du temps.

20.50 : Copie conforme de Jean Dréville (1946), Classic
Le réalisateur est bien négligé aujourd’hui et la soirée que lui consacre la chaîne est un rattrapage bienvenu. Dréville a beaucoup tourné, avant-guerre et pendant - dont Tornavara (1943) un des rares scénarios de Sartre), mais c’est à la fin des années 40 qu’il connaîtra ses plus grands succès publics, avec La Cage aux rossignols (1945), Les Casse-pieds (1948) et La Bataille de l’eau lourde (1948). Parmi eux, Copie conforme, sur un scénario de Jacques Companeez, qui permit à Jouvet un festival, interprétant deux rôles complètement opposés, un minable marchand de boutons et un escroc de haut vol. Cette histoire de sosies fut si populaire que l’année suivante, Henri Decoin, dans Entre 11 heures et minuit, la fit rejouer par le même Jouvet, avec moins de réussite. Mais le couple Suzy Delair-Jouvet fonctionna si bien que Clouzot le reforma illico dans Quai des Orfèvres (1947).

22.30 : Jean Dréville, l’aimant du cinéma d’Alexandre Hilaire (2017), Classic
Pas vu, mais les travaux précédents du réalisateur, sur Jean Aurenche et sur Boris Vian, étaient solides. Aucune raison pour que ce ne soit pas le cas de celui-ci.

23.30 : Normandie-Niémen de Jean Dréville et Damir Viatitch-Berejnikh (1960), Classic
Coproduction franco-soviétique à la gloire de l’escadrille de chasse créée en 1942 pour combattre les Allemands sur le front russe. Elsa Triolet participa au scénario, sa seule et unique intervention au cinéma, ainsi que, côté russe, Constantin Simonov. Peu d’acteurs célèbres au générique, Pierre Trabaud, Roland Ménard, Gianni Esposito ou Georges Rivière n’étant pas des V.I.P. Le film recueillit pourtant trois millions et demi de spectateurs.

00.00 : Gente de bien de Franco Lolli (2014), OCS City
Une des découvertes de la Semaine de la Critique, à Cannes 2014. Ou comment un gamin de 10 ans, qui va vivre avec son père, découvrira les beautés du confort et la réalité de la différence de classes, en Colombie comme ailleurs. Lolli n’a rien tourné depuis et c’est dommage.



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