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Seule sur la plage la nuit (2017)
de Hong Sangsoo
publié le mercredi 10 janvier 2018

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sélection de la Berlinale 2017, Ours d’argent de la meilleure actrice pour Kim Min-hee

Sortie le mercredi 10 janvier 2018


 


Le nouveau film de Hong Sangsoo possède un petit air autobiographique, tant il semble proche de sa jeune et talentueuse actrice, Kim Minhee, qui a reçu le Prix d’interprétation féminine à Berlin cette année.

S’inspirant d’un poème du fameux recueil de Walt Whitman, Feuilles d’herbe (1855), Hong Sangsoo joue sur l’ambivalence entre le rêve et la réalité, tout en mettant en valeur la beauté et le naturel de son actrice principale.


 

Kim Minhee interprète ici le rôle de Younghee, partie en Europe, peut-être en Allemagne dont elle admire les parcs et la douceur des hommes, pour tenter d’oublier son travail de comédienne, ses amis, mais surtout son histoire d’amour avec un homme marié.

Seule sur la plage, elle se prend à rêver et à penser à lui. Les deux parties distinctes du film se présentent comme les deux faces d’un même rêve. Younghee à l’étranger, sur la plage, puis quelque temps plus tard, de retour en Corée, plus exactement à Gangneung, où, encore une fois, sur la plage où elle semblait s’être endormie, elle fait la connaissance d’une petite troupe de cinéma avec qui elle va partager un repas.


 


 

On mange et boit souvent dans les films de Hong et celui-ci ne déroge pas à la règle, tout en distillant une petite mélancolie aigre-douce. Mélancolie pleine d’un humour bizarre et d’une désenchantement qui laisse penser que l’histoire est vécue et que le cinéaste du film, en miroir, pourrait bien être le double de Hong.

On doute, on rêve, on regarde un film qui transporte dans un autre univers, un autre pays, dont nous manquent les clés. Il faut alors se fier à son intuition pour chercher le fil d’une intrigue pourtant envoûtante et pleine de charme. Younghee est une sorte d’Ariane qui s’emploierait à nous sortir du labyrinthe, même si sa cruauté et ses provocations envers ses proches peuvent surprendre par leur violence subite - on en comprend cependant aisément les méandres et les motivations.


 

Émouvant, tendre et retenu, Seule sur la page la nuit vient compléter la série déjà abondante et éclectique de ce réalisateur à chaque fois surprenant.
Si on peine à comprendre parfois le sens de ce puzzle étonnant, la réponse se trouve peut-être dans le poème de Whitman lorsqu’il écrit :

Nations, couleurs de peau, barbaries, civilisations, langues,
Identités déjà existantes ou bien encore à venir sur notre globe ou tout autre globe,
Vies et morts du passé, du présent, du futur,
Une seule et même symétrie les unit depuis toujours par son amplitude,
Les unit, les unira toujours par ses clés solidaires, le jeu réglé de ses serrures.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Seule sur la plage la nuit (Hangeul). Réal, sc : Hong Sangsoo ; ph : Kim Hyungkoo & Park Hong-gyeol ; mont : Hanm Sungwon. Int : Kim Minhee, Moon Sungkeun, Seo Youngwa, Kwon Haehyo (Corée-Allemagne, 2017, 101 mn).

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