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Lobos (Los) (2019)
de Samuel Kishi Leopo
publié le mercredi 19 janvier 2022

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n° 412, décembre 2021

Sélection officielle de la Berlinale 2020

Sortie le mercredi 19 janvvier 2022


 


Ce titre est une antiphrase, car les loups (1) que nous voyons dans le film ne sont que de jeunes agneaux. Samuel Kishi Leopo, dont c’est le deuxième long métrage, a choisi de filmer en Scope l’histoire d’une mère de famille qui arrive aux États-Unis depuis le Mexique, avec ses deux petits garçons qu’elle appelle ses loups, tendrement, presque désespérément. Elle va même jusqu’à leur enregistrer des cours d’anglais et des consignes lorsqu’elle part le matin travailler et qu’elle les laisse seuls dans le minuscule appartement sordide qu’elle loue à un couple de Chinois.


 


 

Il s’agit évidemment des propres souvenirs d’enfance du réalisateur. Bien évidemment, tout le travail du scénario a été de s’éloigner le plus possible de ces souvenir, afin de ne pas livrer seulement des sentiments personnels, mais d’interroger la mémoire des réfugiés, en se basant d’abord sur l’expérience de sa cousine photographe, puis de tout transformer à l’aide de deux coscénaristes, Luis Briones et Sofia Gomez-Cordova. C’est ainsi qu’est né ce petit film qui en dit long, superbement interprété, et photographié par Octavio Arauz. Tout est d’une simplicité parfaite, qui débouche sur l’universel.


 


 

On suit les personnages dans leur vie quotidienne, sans pathos et sans recul. L’arrivée des trois en Californie, les dérives, les attentes, les déceptions qui se lisent dans les regards, puis en désespoir de cause l’acceptation de ce logement misérable que la mère va nettoyer et rendre habitable. C’est pourquoi il est important ici de nommer les acteurs : Marth Lorena Reyes, sublime dans le rôle de la jeune femme, et ses deux enfants Maximiliano & Leonardo Nájar Márquez, deux frères qui à l’écran porteront les mêmes prénoms, Max et Leo.


 

Le film tourne autour des deux enfants dans leurs longues journées de solitude dans cette sorte de petit motel. Ils n’ont pas le droit de sortir dans la cour, mais ils y viendront peu à peu pour rencontrer d’autres enfants. Ils se feront maltraiter et voler, mais ils rencontreront enfin Madame Chang, leur logeuse, qui deviendra comme une baby-sitter, puis une mamie et enfin une amie.


 


 

La vie se décline ainsi, suivant la fuite des jours, les allers et venues de la mère nourricière, l’ennui angoissant qui pourrait s’emparer des enfants, et puis l’espoir qui emporte tout vers une fin magnifique que nous ne dévoilerons pas et qui donne tout son sel à ce petit grand film qui devrait marquer les esprits, à une époque où la solidarité semble avoir pas mal de plomb dans l’aile, et pas seulement aux États-Unis.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°412, décembre 2021

1. Los lobos : les loups en espagnol.


Los lobos. Réal : Samuel Kishi Leopo ; sc : S.K.L., Sofia Gomez Cordova & Luis Briones ; ph : Octavio Arauz ; mont : Yordi Capo ; mu : Kenji Kishi. Int : Martha Reyes Arias, Maximiliano Nájar Márquez, Leonardo Nájar Márquez, Cici Lau (Mexique, 2019, 95 mn).



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