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Junk Head (2021)
de Takahide Hori
publié le mercredi 18 mai 2022

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 18 mai 2022


 


À force de manipulations génétiques, l’humanité a réussi à atteindre l’immortalité, privilège des humains supérieurs qui habitent la surface de la Terre. Mais, en contrepartie, ils ont perdu la possibilité de se reproduire, et leur race est menacée d’extinction. Ils ont cloné des mutants, des esclaves travaillant pour eux dans le monde souterrain, qui, eux, sont mortels. Afin de retrouver les secrets de la procréation, un émissaire leur est envoyé. Il leur apparaît comme un figure de dieu, mais découvre aussi un sous-sol terrifiant, peuplé de créatures rebelles et hostiles.


 


 

Junk Head est un film très attachant, malgré son caractère dystopique, car on y sent tout le travail de son artisan-réalisateur qui a su créer un monde symbolique. Il ne faut d’ailleurs pas rater le générique final qui revient sur les secrets de fabrication de ce chef-d’œuvre artistique et philosophique.


 


 

Les figurines sont géniales, les robots plus vrais que nature et les monstres particulièrement réussis dans la maladresse de leurs corps et de leurs mœurs. Les idées se succèdent dans une cascade d’événements qui font de ce film un joyau de l’imaginaire contemporain, avec sa création d’un monde souterrain, à la fois angoissant et humain, dans lequel un petit robot, matérialisation du dieu, part récolter des champignons qui poussent sur des corps accrochés comme de vieux manteaux.


 

Ce film japonais a une longue histoire. Takahide Hori est né en 1971 à Oita au Japon. Diplômé en arts plastiques, il développe des projets mêlant peinture, sculpture et fabrication de poupées et de marionnettes. En 2000, il crée sa structure de design d’intérieur et travaille pour des lieux de divertissement, parcs et restaurants. En 2009, il commence à réaliser des films en parfait autodidacte, en apprenant, dans les livres et via Internet, la technique du stop-motion (1). En 2013, après quatre ans de travail, il réalise Junk Head 1, un court métrage de 30 minutes qu’il poste sur YouTube. Ce premier essai remporte le Prix du meilleur film d’animation au Festival de Clermont-Ferrand 2014.


 

En 2017, Takahide Hori en tourne une version longue qu’il présente au Fantasia Film Festival 2017 à Montréal, où il remporte le Satoshi Kon Award. (2)
Suivent cinq années d’absence - ni projections, ni sortie en salle -, ce qui alimente le mythe - , jusqu’à ce que le film resurgisse en mars 2021, avec un nouveau montage, dans une version définitive, projeté dans seulement onze salles à Tokyo, mais avec un succès immédiat. (3)


 


 

Au total, il aura nécessité pour son réalisateur Takahide Hori plus de sept ans de travail : cent quarante mille prises de vue, un décor et des figurines créées à la main avec beaucoup de passion et un peu de folie.
La composition d’un plan est quelque chose de très important pour moi, déclare le réalisateur, elle l’était dès mes débuts dans le dessin. Quand on filme, il est important de convoquer du sens. Je me suis appliqué à transmettre les émotions du personnage, différentes d’une scène à l’autre, et à faire des compositions soignées, suffisamment puissantes pour captiver le public. C’était d’autant plus important que la gamme de couleurs exploitée était limitée, l’univers du film étant uniquement composé d’asphalte et de béton. Le rouge sang me paraissait être la seule couleur à même de représenter la vie.


 


 

C’est ainsi que ce premier long métrage d’un cinéaste solitaire, unique en son genre, empruntant autant à la culture underground qu’au manga shōnen (4) et à la science-fiction hollywoodienne, s’est propulsé premier au box-office, et, accompagné du hashtag #junkhead, a même créé une communauté de fans. Et ce n’est pas fini, car il va sans doute continuer à étonner un public international de plus en plus conquis.

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

1. Stop-motion : animation en volume.

2. Le Satoshi Kon Award est un des prix du Fantasia International Film Festival de Montréal (aka Fantasia-fest ou Fant-Asia), une récompense pour l’excellence en animation, du nom du mangaka Satoshi Kon (1963-2010).

3. Hors du Japon, le film a remporté le Audience Award au New York Asian Film Festival 2021, ainsi que la Cigogne d’or du meilleur film d’animation au Festival du film fantastique de Strasbourg 2021.

4. Le mot shōnen signifie adolescent. Le manga shōnen, c’est pour le garçons, pour les filles, c’est le hōjo manga.


Junk Head. Réal, sc, ph, mont, mu : Takahide Hori (Japon, 2021, 101 mn).



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