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Magdala (2022)
de Damien Manivel
publié le mercredi 20 juillet 2022

par Anita Lindskog
Jeune Cinéma n°416, été 2022

Sélection ACID au Festival de Cannes 2022

Sortie le mercredi 20 juillet 2022


 


Ce film, tourné en 16 mm, convie le spectateur à explorer la figure de Marie-Madeleine, dans un récit inspiré des peintures, des sculptures, des poèmes ainsi que des légendes du Moyen Âge (1). Après la mort du Christ, Marie Madeleine se serait isolée hors du monde dans une forêt, un désert spirituel, pour y passer le reste de sa vie avec le souvenir de son grand amour. Elle y aura passé trente ans avant de s’éteindre dans une grotte. Le film est une rêverie sur les derniers jours de cet ermitage.


 

Par delà le choix d’une sainte qui dit "non" au monde dans une forme de radicalité intemporelle, Damien Manivel, ancien danseur contemporain, dresse le portrait de la chorégraphe Elsa Wolliaston, née en 1945 en Jamaïque, pionnière de la danse africaine en Europe et complice du cinéaste depuis 12 ans. Magdala documente cette rencontre unique. La beauté de ce voyage cinématographique, véritable éloge poétique de la lenteur et du geste, réside dans la double fascination du cinéaste pour le personnage biblique et pour son actrice.


 

Le choix concret de la mise en scène épouse le rythme quotidien de son héroïne fait de contemplation et invite le spectateur à porter une attention infinie à chaque détail : le corps en fusion avec la nature (les forêts des Monts d’Arrée en Bretagne), le regard intense, l’atmosphère, les sons ainsi que le moindre des gestes. Le film propose une expérience sensorielle, en n’épargnant pas les affres de la vieillesse et de la souffrance. Au delà, il introduit une réflexion sur la solitude, la spiritualité, le deuil, l’exil et l’amour fou. Magdala mâche une mûre, boit quelques gouttes d’eau de pluie. Toute la vie bruisse au milieu des libellules, des papillons, des araignées d’eau, des poissons. Elle confectionne une petite croix avec deux brindilles et un ruban d’herbe.


 

C’est également un film presque muet fait de murmures, de souffles. Une seule fois Magdala s’exprime en araméen, la langue de Jésus. La voix se fait chant d’amour lyrique (traduit du Cantique des Cantiques) et mystérieux.
Quand un oiseau minuscule et inanimé s’envole depuis ses mains posées sur son corps massif, la résurrection devient la résultante fantastique et naïve d’un contraste.


 

Quand elle ôte sa robe près de la rivière, ressurgit la rencontre avec Jésus, dans la beauté simple de leur jeunes corps nus au soleil, ils se regardent, unissant leurs mains jointes. Est ce le souvenir ou le rêve ? Ne lui a-t-elle pas offert son cœur dans le miracle du don ? Le charnel se mêle au spirituel.


 

Le lied de Schubert, Le joueur de vielle, a annoncé le chemin vers la mort. Dans la grotte où Magdala vit ses derniers instants, la bougie se consume en même temps que son souffle s’amenuise.Toute la beauté de cette séquence filmée en lumière naturelle évoque les tableaux de Georges de la Tour. C’est une fin sereine, grande et douce. L’ange veille à l’ultime élévation dans l’écrin du ciel. Ô Solitude de Purcell vient ponctuer le voyage.

Anita Lindskog
Jeune Cinéma n°416, été 2022

1. Cf. La légende dorée de Jacques de Voragine, écrit en latin entre 1261 et 1266, qui raconte la vie d’environ 150 saints et martyrs chrétiens.


Magdala. Réal, mont : Damien Manivel ; sc : D.M. & Julien Dieudonné ; ph : Mathieu Gaudet ; cost : Élise Cribier-Delande. Int : Elsa Wolliaston, Olga Mouak, Aimie Lombard, Saphir Shraga (France, 2022, 78 mn).



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