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Année du requin (l’) (2022)
de Ludovic & Zoran Boukerma
publié le mercredi 3 août 2022

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe

Sortie le mercredi 3 août 2022


 


L’Année du requin pourrait être le film familial de l’été, si la canicule pousse les récalcitrants à trouver une seconde vie dans les salles climatisées désormais désertes, quelle tristesse.


 

On doit déjà aux frères jumeaux Ludovic & Zoran Boukerma deux longs métrages, Willy 1er (2017) et Teddy (2020), dont le plus récent a été récompensé par deux prix au festival du film fantastique de Gérardmer en 2021.
Ce dernier opus est un vibrant hommage au cultissime Dents de la mer de Steven Spielberg (1975), et c’est bien sûr fièrement revendiqué par les réalisateurs : "Souvent, le film de requin, ça devient vite parodique, déclarent-ils. Là, on avait vraiment envie de revenir à l’essence du genre : c’est-à- dire filmer avant tout une menace dans un décor qui normalement ne s’y prête pas, la plage. Le requin, c’est le monstre de l’été, celui qui vient gâcher la fête. Pour nous, là, il y a "matière à cinéma", il y a quelque chose à filmer et à raconter".


 

Le film n’est pas dépourvu d’un certain charme, surtout grâce au talent de Marina Foïs, qui montre encore une fois toute l’étendue de sa palette, dans le rôle de Maja, une gendarmette des Landes obligée de prendre une retraite anticipée avec son mari dans un mobil-home du camping le plus proche. L’arrivée d’un requin bouffeur de nageurs va la sauver et lui donner l’occasion de devenir une véritable héroïne.


 

C’est sur cet écheveau assez ténu que le film s’est bâti et c’est sans doute pourquoi il manque un peu de souffle. Pourtant, on n’a pas lésiné sur les effets, assez gore il faut le dire, sur un suspense parfois bienvenu, et des moments de rire qui apportent un plus. Mais même Kad Merad a l’air de s’ennuyer un peu. Si le résultat, assez franchouillard, est quand même assez décevant, sans doute par manque de moyens et d’ambition, les vannes et astuces sont assez planplan pour donner lieu au film populaire que les réalisateurs rêvaient sans doute de faire. L’intention vaut l’action, dit-on.


 


 

En fait, il s’agit encore d’un "film de pandémie", concocté pendant le confinement, et qui, aux dires de Zoran Boukerma, possède un sens caché qui devrait aussi nous faire réfléchir sur notre monde moderne ultra-connecté. "Nous envisageons le cinéma de genre comme une façon de parler du présent. Très vite, on s’est rendu compte que ce requin qui vient gâcher l’été, cette menace venue de nulle part, qui rôde et qu’on ne voit pas pendant longtemps, faisait écho avec ce qu’on était tous en train de vivre. À travers ce requin, on pouvait surtout brosser le portrait d’une France qui râle, d’une France qui s’agace, d’une France des réseaux sociaux".


 

Nous y voilà, le cinéma français ne se contente pas de tenter de faire de bons films, il faut qu’il donne à penser. Et si c’était là son vrai problème ?

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma en ligne directe


L’Année du requin. Réal, sc : Ludovic & Zoran Boukerma ; ph : David Cailley ; mont : Béatrice Herminie & Geraldine Mangenot ; mu : Amaury Chabauty ; déc : Jérémie Duchier ; cost : Clara René. Int : Marina Foïs, Kad Merad, Jean-Pascal Zadi, Christine Gautier (France, 2022, 87 mn).



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