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Rouquet, François & Virgili, Fabrice (livre)
Les Françaises, les Français et l’Épuration (2018)
publié le vendredi 12 août 2022

par Bernard Chardère
Jeune Cinéma n°390, septembre 2018

François Rouquet & Fabrice Virgili, Les Françaises, les Français et l’Épuration, Paris, Gallimard, 2018.


 


Je m’apprêtais à m’excuser auprès des fidèles abonnés à une "revue de cinéma", parce que mes propos ne sont guère cinématographiques, quand je vois que l’un des auteurs du livre dont je veux faire l’éloge, François Rouquet, est également un spécialiste du cinéma. Nul doute qu’il ne médite une suite, intitulée "Les Françaises, les Français et l’Épuration… à travers le cinéma". Parce que ce 7e Art, quoi qu’on en pense personnellement et quoi qu’il en soit communément admis, reflète un peu la vie, entre autres choses.

J’avais 15 ans. le slogan était : "Un pur trouve toujours un plus pur qui l’épure". (Il fait bon être jeune) Je me souviens d’efforts infructueux, quand on disait "Allemand" ou autre synonymes, pour faire dire "Nazis". L’idéologie ne faisait pas le poids face au nationalisme. En 1943, après Stalingrad, même les enfants savaient que les collabos avaient perdu. Les Allemands devaient s’en douter, mais puisqu’on leur avait donné des ordres… Nos historiens notent que les épurés relevèrent vite la tête, allèrent vivre en Espagne et en Argentine, demandant des indemnités, arguant que Vichy avait été "un gouvernement légal".

Puisque j’en suis aux souvenirs, nul doute qu’il n’y aurait pas eu de "Maquis" sans le STO - idée suicidaire, due sans doute au colonialisme.
Les bâtisseurs du mur de l’Atlantique construisaient désormais des prisons dans lesquelles on mettait les gens qui avaient dit du bien du Mur : les mots étaient plus sanctionnés que les actes. Henri Béraud, condamné à mort, bénéficia (à l’encontre de Robert Brasillach) d’une grâce présidentielle - il y en eut beaucoup, il fallait reconstruire le pays.

Avant d’écrire tout le bien que je pense de cet ouvrage - depuis 1945, je n’osais l’espérer -, un mot, quand même, pour signaler que la formidable idée du titre, Les Françaises…, n’est pas véritablement tenue. Il faudra attendre encore pour que l’on sache quoi penser, historiquement parlant, de… eh bien, de Hiroshima mon amour et autres scénarios. Le livre aborde la question par le biais : "Pouvait-on, plus ou moins, ou ne pouvait-on absolument pas, coucher avec un Allemand pendant l’Occupation ?" Quelques chiffres vers la page 500. Et de nombreuses informations sur l’Épuration, hors de France. 200 pages de notes et références.

Il me semble avoir fait le tour : lisez, faites lire ce livre. Vous n’en sortirez pas comme vous y êtes entrés. En titrant "De 1940 à nos jours", les auteurs veulent signifier que nous n’en sommes pas sortis. "L’Épuration en Europe" - et même en Indochine ou au Japon - aurait peut-être été moins réducteur ? Les derniers procès sont évoqués à la fin : Barbie, Touvier, Papon… "Les discours politiques n’ont pas valeur d’historiographie" est-il noté sobrement.

À la dernière ligne, on signale que la ville de New York vient d’enlever des plaques posées à Broadway, depuis 1931, en souvenir de Pétain et Laval. L’Histoire suit son cours. Pardon, je voulais dire, bien sûr, qu’elle a suivi et suivra toujours son court.

Bernard Chardère
Jeune Cinéma n°390, septembre 2018


François Rouquet & Fabrice Virgili, Les Françaises, les Français et l’Épuration (1940 à nos jours), Paris, Gallimard, coll. Folio Histoire n° 274, 2018, 832 p.



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