home > Films > Feu follet (2022)
Feu follet (2022)
de Joào Pedro Rodrigues
publié le mercredi 14 septembre 2022

par Sylvie L. Strobel
Jeune Cinéma n°417-4018, automne 2022

Sélection de la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2022

Sortie le mercredi 14 septembre 2022


 


Nous sommes en 2069. Le roi déchu du Portugal, Alfredo, se meurt. Pour payer ses funérailles, il est question de vendre un tableau : "Le mariage de la nègre rose", renommé "La mascarade nuptiale" (1). À ses côtés, son petit-neveu, Sancho, joue avec un camion de pompiers, ce qui rappelle à Alfredo des souvenirs heureux.


 

Retour en 2011. Dans une forêt aristocratique, une pinède royale qui lui appartient, le roi initie le jeune prince Alfredo (Mauro Costa) à l’amour des grands arbres (phalliques), sur fond de chanson composée pour la Journée de l’écologie qui traverse le film (2). Un peu plus tard, les incendies ravagent le pays.


 

Alfredo, étudiant en histoire de l’art, déclare à ses parents sa vocation de devenir pompier : pas un geste démagogique mais un engagement volontaire. "Il confond son rôle et le cinéma du réel, s’indigne la reine". "Comment osez-vous ?", lui répond-il, parodiant Greta Thunberg.


 

La superbe commandante des bombeiros (Cláudia Jardim) le teste un peu et confie son initiation à Alonso (André Cabral), étudiant en sociologie, descendant d’esclaves. Coup de foudre instantané.


 


 


 

La Compagnie prépare le calendrier annuel, avec quelques tableaux figurés à la manière de Caravage, Velasquez, Rubens… Le spectateur reconnait bien le style mais cherche le modèle. Les bombeiros bizuthent légèrement le petit prince, puis dansent avec lui leur mission.


 


 


 

Les insultes sont courtoises : "Républicain", "Castillan", ou bien "colon", "insurgé", "esclavagiste", "Antoinette"… Le roi meurt du covid. Flûte enchantée. L’héritier doit rentrer : de toutes façons, on ne le laisserait pas être un autre.


 

Feu follet, une œuvre très courte, c’est plus que la "fantaisie musicale" annoncée par Joào Pedro Rodrigues, sa première comédie : c’est un film presque parfait, et très joyeux.


 


 

Chaque scène est soignée, cadrée, chantée, rythmée, intelligente. Elle a été réalisée en 15 jours avec un très petit budget, mais elle a eu le temps d’être très bien préparée pendant l’abstinence du Covid. La fin aussi, qui ferme la porte et ouvre la fenêtre, est bien ajustée. Il faut dire que le Portugal esclavagiste n’a pas toujours été raciste, et ce fado-phallo final, chanté par Paulo Bragança, est d’une modernité toute portugaise. Un régal immédiat.

Sylvie L. Strobel
Jeune Cinéma n°417-4018, automne 2022

1. Il s’agit d’un tableau de José Conrado Roza datant de 1788, d’abord nommé "Portrait des nains de la Reine Marie du Portugal", puis renommé "La mascarade nuptiale". Il représente les noces de Dona Roza avec Don Pedro, la naine préférée de Marie I, reine de Portugal, entourés de 6 autres nains qui avaient été envoyés en cadeau à la cour par le Brésil. Le tableau est actuellement au Musée du Nouveau Monde de la Rochelle.


 

2. La bande originale comprend des chansons de Carlos Paião, "Un arbre, un ami", autrefois interprété par Joel Branco, des chansons traditionnelles telles que "Mané Chiné", interprétée par Amália Rodrigues, ou le "Fado do embuçado" chanté par Paulo Bragança.


Feu follet (Fogo-Fátuo). Réal : João Pedro Rodrigues ; sc : J.P.R., Paulo Lopes Graça & João Rui Guerra da Mata ; ph : Rui Poças ; mont : Mariana Gaivão ; mu : Paulo Bragança ; déc : João Rui Guerra da Mata ; cost : Patricia Dória. Int : Mauro Costa, Joel Branco, André Cabral, Oceano Cruz, Margarida Vila-Nova, Miguel Loureiro, Anabela Moreira, Ana Bustorff, Raquel Rocha Vieira, João Villas-Boas, Cláudia Jardim, João Reis Moreira, Joana Barrios, João Caçador, Paulo Bragança (Portugal, 2022, 67 mn).



Revue Jeune Cinéma - Mentions Légales et Contacts