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Tout fout le camp (2022)
de Sébastien Betbeder
publié le mercredi 14 septembre 2022

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°417-418, automne 2022

Sortie le mercredi 14 septembre 2022


 


Dans une ville du nord de la France, Thomas (Thomas Scimeca), pigiste au journal local, est chargé de réaliser le portrait d’Usé, un musicien excentrique, ancien candidat du Parti sans cible à l’élection municipale.
La rencontre implicitement politique entre ces deux hommes blasés est irrésistible. Au détour d’une rue, ils découvrent Jojo (Jonathan Capdevielle), inanimé sous un tas d’ordures. Thomas le ressuscite d’un simple regard, puis arrive Marilou (Léonie Dahan-Lamort), la sœur de Jojo, qui aime les armes et sait s’en servir.


 

Tout fout le camp est le huitième long métrage de Sébastien Betbeder. C’est une comédie mêlée de fantastique et de drame. Un film décalé et délirant, plein d’histoires à dormir debout et, comme toujours dans son cinéma, la présence de la mort imminente. Le réalisateur évoque à ce propos, faire de la dramatie plutôt que de la comédie. Le quotidien libéré de tous les interdits atteint une sorte de béatitude heureuse où même la résurrection est une chose possible. Un conte merveilleux entre gravité et drôlerie qui entraîne les personnages dans une déroute insensée vers un monde irréel, espace paradisiaque ou de fin du monde.


 

Sébastien Betbeder se plaît à filmer les individus et leur capacité à s’émouvoir face à des situations surprenantes et incontrôlables à la fois. Peu à peu, ces égarés apprennent à vivre ensemble, sans plus pouvoir se quitter. Et c’est à travers cette errance déjantée et loufoque qu’ils entrevoient le sens que peut prendre leur vie.


 

L’auteur pratique un cinéma au présent, imprévisible et improvisé, à partir d’un grand travail de préparation dans lequel tout semble survenir de façon impromptue, dans une invention immédiate. De la pensée en mouvement, visible sur l’expression des visages, souvent silencieux et figés par la stupeur, ou encore ahuris par tant d’événements improbables et fascinants. Les personnages parviennent malgré tout à se comprendre et à partager des choses essentielles.


 

À noter - c’est une des constantes de Sébastien Betbeder -, les remarquables plans fixes sur les visages, filmés plein cadre, des quatre protagonistes, la durée du filmage laissant le temps nécessaire pour les dévisager dans leurs différentes expressions, désarroi, affolement, trouble, malice, détresse et tendresse. Partant de personnages désenchantés, sans grand intérêt pour la vie, il parvient avec humour et dérision à leur donner une présence forte et une beauté intérieure.
La morale de l’histoire : on peut vivre en passant à côté de quelque chose d’ahurissant, on peut aussi être ahuri sans pour autant avoir le sentiment de vivre quelque chose, le mieux, semble dire l’auteur, est d’être heureux sur le chemin du hasard ou de la fatalité.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°417-418, automne 2022


Tout fout le camp. Réal, sc : Sébastien Betbeder ; ph : Romain Le Bonniec ; mont : Céline Canard ; mu : Thomas Scimeca, Nicolas Belvalette. Int : Thomas Scimeca, Nicolas Belvalette, Jonathan Capdevielle, Léonie Dahan-Mort, Jackie Berroyer, William Lebghil. (France, 2022, 95 mn).



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