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Chronique d’une liaison passagère (2022)
de Emmanuel Mouret
publié le mercredi 14 septembre 2022

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°417-418, automne 2022

Sortie le mercredi 14 septembre 2022


 


Après deux beaux succès publics, en 2018, Mademoiselle de Joncquières, suivi de Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait en 2019, Emmanuel Mouret poursuit l’étude du rapport amoureux, son sujet favori depuis Promène-toi donc tout nu ! le premier titre de sa filmographie en 1999. Dialoguiste exceptionnel, il se plaît dans l’écriture et creuse inlassablement le sujet du désir.


 

Une mère célibataire, Charlotte (Sandrine Kiberlain), et un homme marié, Simon (Vincent Macaigne), deviennent amants. Amants passagers, comme le titre l’indique, cependant tout porte à croire le contraire. Dès leur première rencontre, les deux personnages attirent la sympathie, une espèce de connivence les lie, un humour, une légèreté de l’existence, quelque chose d’élégant et d’aérien. Ils se répondent avec envie, frivoles et dégagés, jusqu’à s’étourdir de paroles. Au début, Charlotte, plus simple et plus entreprenante, bouscule Simon, qui reste sur la réserve et se sent acculé à assumer une proposition sexuelle, qui, au fond, le dépasse. Ses expressions complètement ahuries, ses gestes gauches et son élocution qui passe du balbutiement au bégaiement sont très drôles et, assez rapidement, s’installe entre eux l’idée d’une aventure sans lendemain.


 

Maintes fois il a été écrit et dit que Emmanuel Mouret travaillait dans la mouvance de François Truffaut et de Éric Rohmer. Sans toutefois la gravité du contexte chez Truffaut, et, dans une certaine mesure, sans la tension dramatique chez Rohmer. Emmanuel Mouret, à l’inverse, explore méthodiquement la légèreté du plaisir de la discussion, de l’échange, de la répartie, et du "fragment du discours amoureux" pour évoquer Roland Barthes.


 

Voir un film de Emmanuel Mouret, c’est voir de belles peintures, assister à un conte burlesque et voir les acteurs cogiter et donner un langage au plaisir, en laissant le temps aux spectateurs d’entendre et de réfléchir à leur tour. Mois après mois, semaine après semaine, jour après jour, les retrouvailles des héros sont plus présentes, plus complices, plus affectueuses. Les dialogues très bien écrits favorisent un crescendo qui intensifie la relation, au point qu’un jour ils éprouvent, l’un pour l’autre, une véritable fusion amoureuse. Charlotte s’abstient de parler, car elle sent venir la naissance du sentiment.


 

La liaison passagère devenant plus profonde, le réalisateur introduit un troisième personnage dans l’histoire. Louise (Georgia Scalliet) s’immisce habilement dans le couple et ravit Charlotte à Vincent. Pris comme une concession à l’air du temps, ce détour par une autre relation ralentit et alourdit le rythme de leur liaison jusqu’à l’éteindre. Quelques lenteurs dans le scénario détournent l’attention et la curiosité, lors de la séparation des deux protagonistes. Mais ce ne sera que de courte durée, car décidément Sandrine Kiberlain et Vincent Macaigne forment un couple formidable.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n°417-418, automne 2022


Chronique d’une liaison passagère. Réal, sc : Emmanuel Mouret ; sc : Pierre Giraud ; ph : Laurent Desmet ; mont : Martial Salomon. Int : Sandrine Kiberlain, Vincent Macaigne, Georgia Scalliet (France, 2022, 122 mn).



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