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107 Mothers (2021)
de Peter Kerekes
publié le mercredi 14 septembre 2022

par Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°417-418, automne 2022

Sélection officielle de la section Orizzonti à la Mostra de Venise 2021

Sortie le mercredi 14 septembre 2022


 


Peter Kerekes est un réalisateur slovaque, diplômé de l’École de cinéma de Bratislava où il enseigne maintenant. Connu pour ses documentaires, il nous livre ici sa première fiction inspirée d’une histoire vraie, celle des cent-sept femmes d’une prison d’Odessa, la colonie 74. Le film est entièrement filmé en Ukraine, non pas pour des raisons politiques, mais parce qu’il leur a été plus facile d’obtenir l’autorisation de filmer dans ce pays et dans cette prison. Mais 107 Mothers conserve toutefois bien des aspects du documentaire. Toutes les actrices du film sont vraiment des prisonnières, sauf l’actrice principale, Maryna Klimov, une comédienne professionnelle qui n’avait jamais mis les pieds en prison. Les enfants ne sont pas les propres enfants des détenues mais ont été choisis par casting, justement pour les respecter.


 

Le film décrit un univers féminin puisqu’il s’agit d’une prison de femmes. On n’y croise aucun homme et le récit tourne surtout autour de deux personnages principaux.
D’abord Lesya, incarcérée lorsqu’elle était enceinte, pour avoir tué son mari par jalousie. Elle accouche en prison et n’a le droit de voir son enfant que quelques heures par jour jusqu’à ses 3 ans, où il sera placé en orphelinat. D’où sa tentative désespérée de convaincre sa mère, sa sœur ou sa belle-mère, qui refusent toutes de s’en occuper.


 

Ensuite, Iryna Kiryazeva, la vraie gardienne de la prison, qui a fasciné le réalisateur dès le départ. Elle est presque prisonnière elle aussi puisqu’elle vit dans un tout petit appartement au sein de la prison et que l’une de ses missions est de censurer le courrier que reçoivent les prisonnières.


 

À l’origine, Peter Kerekes voulait consacrer son film à la censure, mais il s’est rendu compte qu’il était plus intéressant de filmer la vie même de ces détenues. Il nous offre ainsi un beau film, à la fois grave, plein d’humanité et digne, distillant parfois de l’humour et même beaucoup de poésie dans ce pays maintenant dévasté par la guerre.


 

Pourtant ce film, sorte de témoignage noir, qui aurait pu être d’une infinie tristesse, est très lumineux. Le chef opérateur, Martin Kollár, est parvenu à donner beaucoup de lumière à ces intérieurs, en jouant avec les réflecteurs, en trouvant des murs magnifiques en pavés de verre et en filmant en été. Les visages des femmes et les enfants sont ainsi particulièrement bien mis en valeur.


 

Le film montre bien la dureté de la vie en Ukraine, même avant la guerre, dans cette ville portuaire d’Odessa qui a toujours été une ville franche, dont la criminalité était une des caractéristiques. Comme le déclare Peter Kerekes : "J’espère que mon film contribuera à porter l’attention sur Odessa, qui est bientôt assiégée, sur nos amis et amies qui sont toujours là-bas, qui n’ont pas pu partir".

Jean-Max Méjean
Jeune Cinéma n°417-418, automne 2022


107 Mothers (Cenzorka). Réal : Peter Kerekes ; sc : P.K. & Ivan Ostrochovsky ; ph : Martin Kollar ; mont : Thomas Ernst, Martin Piga ; mu : Lucia Chutkova. Int : Maryna Klimova, Iryna Kiryazeva, Lyubov Vasylyna. (Slovaquie-Tchécoslovaquie-Ukraine, 2021, 93 mn).



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