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Juste sous vos yeux (2021)
de Hong Sang-soo
publié le mercredi 21 septembre 2022

par Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma n°417-418, automne 2022

Sélection officicielle Cannes Premières au Festival de Cannes 2021

Sortie le mercredi 21 septembre 2022


 


Sangok, une ancienne actrice, est de retour en Corée du Sud où, tout en parcourant la ville de sa jeunesse, elle discute avec ses proches et certains de ses admirateurs.


 

Poursuivant son œuvre d’un pas tranquille, Hong Sang-soo délaisse l’esthétique noir & blanc poétisant son environnement qu’il avait adoptée depuis quelque temps, pour retourner à la couleur, si utile pour mettre en avant la fadeur des espaces modernes contemporains. C’est autour du parcours de son héroïne, qui lie les dits espaces, filmés en longs plans fixes, en les arpentant au gré de sa nostalgie, que l’auteur structure et rythme son récit. L’évolution du type de milieu traversé, passant d’intérieurs à des extérieurs, avant de retourner à nouveau dans des intérieurs, donne au film un aspect organique, car accompagnant l’évolution psychologique de l’héroïne, et confère ironiquement au parcours de cette dernière des allures de parenthèses enchantées au sein de sa vie désabusée.


 

De plus, en associant comme il le fait son public à un personnage devenu une étrangère dans son pays d’origine, Hong Sang-soo facilite l’identification de ce dernier à son héroïne et parvient à générer un suspense entraînant, basé sur la découverte de son passé qu’évoquent les endroits qu’elle traverse.


 

Une douce mélancolie frappe ainsi à chaque séquence et cela tient, outre la simple élégance de la mise en scène de l’auteur, à la qualité de jeu de son interprète principale, Lee Hye-yeong. Cette dernière, en miroir des personnages plus expansifs, voire expressifs, qu’elle vient à croiser, joue de façon pudique et sur la base de non-dits, dissimulant la véritable nature de sa nostalgie.


 


 

Ce qui permet à l’auteur de mettre en scène un intéressant paradoxe : en ne cachant pas sa retenue émotionnelle, son personnage en devient le plus honnête de tous, car il ne se réfugie pas derrière une hypocrite apparence de jovialité. Les plans séquences employés, comme la raréfaction de la musique (la véritable mélodie du film étant les dialogues des personnages), donnent à son actrice l’opportunité de développer et d’épanouir son jeu durant les multiples conversations, tout en faisant d’elle le centre de gravité de Juste sous vos yeux.


 


 

Le film délaisse ainsi les thèmes générationnels englobants des œuvres précédentes, pour se concentrer avant tout sur l’intimité du personnage principal, ce qui autorise le cinéaste à exprimer encore plus de tendresse et d’humanité. L’intimisme de Juste sous vos yeux est enfin accentué par le recours à divers acteurs réguliers chez l’auteur, tel Kwon Hae-hyo ou Kim Sae-byuk, donnant ainsi à toute son œuvre un air de famille. Plus acerbe avec ce qui concerne la relation homme femme qu’avec la société sud-coréenne en elle-même, l film est une pierre de plus à l’édifice de la filmographie "rohmérienne" de Hong Sang-soo, que tout bon fanatique de l’auteur devra aller voir.

Hugo Dervisoglou
Jeune Cinéma n°417-418, automne 2022


Juste sous vos yeux (Dangsin-eolgul-apeseo). Real, sc, ph, mont, mu : Hong Sang-soo. Int : Lee Hye-yeong, Cho Yunhee, Kwon Hae-hyo (Corée, 2021, 85 mn).



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