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Mon fils (2014)
de Eran Riklis
publié le mercredi 11 février 2015

par Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 360, été 2014

Sélection officielle du Festival de Locarno 2014

Sortie le mercredi 11 février 2015


 


Eran Riklis, auteur en 2005 de La Fiancée syrienne, en 2008 des Citronniers, en 2012 de Zaytoun, poursuit avec Mon fils un travail d’analyse de la société israélienne où cohabitent Juifs et Arabes, éclairant notamment les relations difficiles avec les populations palestiniennes vivant en Israël et dans les territoires occupés.


 

Le film est adapté d’un roman de l’écrivain arabo-israélien Sayed Kashua, Le Deuxième Fils, sur fond de la première intifada des années 1982 à 1990, au moment du déclenchement de la guerre au Liban. (1)

La ville est bruyante, pauvre, chacun est occupé à fixer antennes et paraboles sur les toits, la télévision est allumée en permanence et diffuse des images brouillées, des avions survolent la ville.
Dans la famille arabe, Lyad, le fils (Tawfeek Barhom), brillant élève, est admis au prestigieux internat juif de Jérusalem. Séparé d’avec les siens, il se retrouve seul Arabe parmi les Juifs et tombe amoureux d’une jolie jeune Juive. S’ensuit un développement étonnant, improbable et pourtant plausible.


 

Le film baigne dans une atmosphère littéraire dans laquelle les mots échangés, le poids des non-dits, les attitudes réflexives et de repli sur soi évoquent l’écriture romanesque, sans compter la lente contemplation des paysages autour de la ville.


 

Le seul ami de Lyad, Yonatan (Michael Moshonov), est atteint d’une maladie incurable et perd peu à peu la parole, ne s’exprimant plus qu’avec les yeux. Sa mère (Yaël Abecassis), très intériorisée, indique ses désirs et intentions par gestes, le regard toujours bienveillant sur son fils et sur Lyad.


 

La première partie du film semble assourdissante et chaotique parmi les épisodes calmes, amoureux et passionnés dans lesquels s’immiscent doucement souffrance et solitude. La lumière sur la ville est voilée d’un filtre blanc dû à la poussière des pierres et des sols secs et arides. Cet éclat accentue la face tragique du film, l’effet de contraste et la blancheur intense amplifiant la violence des sentiments et la démesure folle des solutions choisies - des circonstances dramatiques feront de Lyad un citoyen juif.

Mon fils rappelle de façon magistrale et sensible à la fois la question de la filiation, celle de l’identité religieuse et celle, plus puissante encore, de l’identité.

Gisèle Breteau Skira
Jeune Cinéma n° 360, été 2014

1. Le scénario de Sayed Kashua, est inspiré de ses deux livres, Les Arabes dansent aussi, traduction de Katherine Werchowski (2002) et La Deuxième Personne, traduction de Jean-Luc Allouche (2010), parus aux Éditions de l’Olivier, à Paris.


Mon fils (Dancing Arabs). Réal : Eran Riklis ; sc : Sayed Kashua ; ph : Michael Wiesweg ; mont : Richard Marizy ; mu : Yonatan Riklis. Int : Tewfeek Barhom, Yaël Abécassis, Michael Moshonov, Ali Suliman (Israël-France, 2014, 104 mn).



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